Pour mieux comprendre la situation entourant le seuil d’émissions de la fonderie de Rouyn-Noranda, La Presse vous propose un résumé afin de bien saisir les enjeux.

Mis à jour le 18 août
La Presse

Pourquoi on en parle ?

La Direction de santé publique (DSPu) de l’Abitibi-Témiscamingue a publié en mai 2022 des données alarmantes sur l’état de santé des habitants du quartier Notre-Dame, voisin de la Fonderie Horne.

Il y a plus de cancers du poumon, mais aussi plus de maladies pulmonaires obstructives chroniques, plus de naissances de bébés de faible poids – et une espérance de vie réduite de cinq ans par rapport à l’ensemble des Québécois.

Lisez « Espérance de vie : Rouyn-Noranda en queue de peloton »

Ces données devaient être diffusées en septembre 2019 dans l’annexe 6 d’un rapport de la DSPu sur l’imprégnation au plomb, au cadmium et à l’arsenic des jeunes enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda.

Radio-Canada a cependant révélé que l’annexe 6 avait été retirée à la dernière minute, à la demande du directeur national de santé publique de l’époque, Horacio Arruda. Cette décision aurait été prise pour distinguer les conclusions de l’étude portant sur les jeunes enfants des informations sur la santé des adultes, qui devaient être publiées ultérieurement.

Lisez la chronique d’Isabelle Hachey sur le sujet

Les normes d’émissions au cœur du problème

Les émissions d’arsenic de la Fonderie Horne ont bondi de 26 % en 2021, pour s’établir à 87 ng/m⁠3 (nanogrammes par mètre cube), rapportait La Presse, en mars 2022.

Les émissions d’arsenic dans l’air ne doivent pas dépasser 3 ng/m⁠3, selon la norme québécoise, mais la Fonderie Horne, qui appartient à la multinationale Glencore, est autorisée à la dépasser parce que cette norme est entrée en vigueur en 2011, bien après le début de ses activités, en 1927 – son attestation d’assainissement actuelle limite ainsi ses émissions à 100 ng/m⁠3, soit 33 fois plus que la norme québécoise.

En juillet 2022, une cinquantaine de professionnels de la santé et le Collège des médecins ont demandé au gouvernement du Québec d’agir pour protéger la santé des citoyens de Rouyn-Noranda. En guise de réponse, le bureau du premier ministre a déclaré que la fonderie Horne devait réduire ses émissions d’arsenic.

Les acteurs

  • Émilise Lessard-Therrien, députée de la circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue à l’Assemblée nationale du Québec sous la bannière de Québec solidaire, n’a pas la langue dans sa poche quand elle parle des émissions d’arsenic de la Fonderie Horne. « On ne comprend pas pourquoi, à Rouyn, on ne devrait pas avoir la même qualité de l’air qu’ailleurs au Québec », a-t-elle affirmé.

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    Émilise Lessard-Therrien, députée de la circonscription de Rouyn-Noranda–Témiscamingue à l’Assemblée nationale du Québec sous la bannière de Québec solidaire, n’a pas la langue dans sa poche quand elle parle des émissions d’arsenic de la Fonderie Horne. « On ne comprend pas pourquoi, à Rouyn, on ne devrait pas avoir la même qualité de l’air qu’ailleurs au Québec », a-t-elle affirmé.

  • La mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, demande un plan de réduction des émissions « plus ambitieux » et plus rapide que celui qui est en place et « un suivi plus serré ».

    PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

    La mairesse de Rouyn-Noranda, Diane Dallaire, demande un plan de réduction des émissions « plus ambitieux » et plus rapide que celui qui est en place et « un suivi plus serré ».

  • « Ce que l’on regarde actuellement, c’est d’ajouter des cibles intérimaires qui seraient contraignantes », a indiqué le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ce qui permettrait « d’exercer notre pouvoir de contrôle et notre pouvoir de sanction si par exemple, après deux ans de l’instauration de la nouvelle attestation, l’entreprise ne respectait pas les conditions et les cibles ».

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    « Ce que l’on regarde actuellement, c’est d’ajouter des cibles intérimaires qui seraient contraignantes », a indiqué le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ce qui permettrait « d’exercer notre pouvoir de contrôle et notre pouvoir de sanction si par exemple, après deux ans de l’instauration de la nouvelle attestation, l’entreprise ne respectait pas les conditions et les cibles ».

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Nouvelle concentration moyenne

La Fonderie Horne devra réduire ses émissions d’arsenic pour atteindre une concentration moyenne annuelle de 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠3) d’ici cinq ans, a annoncé Québec, le 15 août.

Le gouvernement Legault se range ainsi derrière la recommandation de la Santé publique, qui proposait le 10 août d’abaisser le seuil à 15 ng/m⁠3 d’ici cinq ans.

La fonderie sera également assujettie à des limites journalières, pour éviter les pointes d’émissions qui surviennent régulièrement.

Consultation publique

Les exigences que Québec entend imposer à la Fonderie Horne feront l’objet d’une consultation publique, qui se tiendra en ligne du 6 septembre au 20 octobre ; la population pourra répondre à un questionnaire ou soumettre un mémoire.

Plan de modernisation

La Fonderie Horne assure qu’elle pourra réduire ses émissions d’arsenic à 15 ng/m⁠⁠3 d’ici l’été 2027, comme le veut Québec, en investissant 500 millions dans un plan de modernisation.

Mais la direction l’avoue : elle ne sait pas quand ni comment la norme québécoise de 3 ng/m⁠3 pourra être atteinte.