Qui dit retour des travailleurs au centre-ville dit manque d’espaces de stationnement. Après un premier projet pilote, l’administration Plante envisage maintenant un plus vaste chantier de mise en commun des cases de stationnement privé dans la métropole.

Mis à jour le 6 juin
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« L’idée, c’est que quand les gens viennent au centre-ville, ils savent où il y a de la place. On veut donner de la prévisibilité. Quand tu sors de chez toi, tu sais que tu as une place, et à ce moment-là, tu ne cherches pas, tu ne tournes pas en rond. C’est ce qu’on veut faire », a expliqué le responsable du développement économique au comité exécutif, Luc Rabouin, lundi.

Un premier projet pilote de l’Agence de mobilité durable (AMD) avait eu lieu à la fin de 2020. La mise en commun des espaces de stationnement évite notamment de laisser des places vacantes durant la journée, lorsque des résidants partent au travail, par exemple.

Les places ne sont ainsi plus réservées à un propriétaire fixe. Elles appartiennent plutôt à tous.

La Ville dit donc vouloir cibler « des opportunités pour valoriser et optimiser ces terrains publics dédiés au stationnement », et ce, à la grandeur de l’île.

Pour Luc Rabouin, il faut « tirer des leçons » du dernier projet pilote, qui n’avait été réalisé qu’avec certains gestionnaires. Montréal veut maintenant « changer d’échelle » en regroupant autour de la même table « la majorité » des entreprises de stationnement à Montréal, dit-il.

À la Société de développement commercial (SDC) Montréal centre-ville, le directeur général Glenn Castanheira estime que 55 000 places de stationnement pourraient être « mutualisées » uniquement dans le cœur de la métropole.

Pour y arriver, il faut toutefois embarquer une masse critique de gestionnaires immobiliers. Ce qu’on a vu dans le frein, ce n’est pas le manque de volonté des propriétaires, mais bien un manque d’arrimage entre les gestionnaires et la Ville.

Glenn Castanheira, directeur général de Montréal centre-ville

« L’Agence de mobilité durable cognait à la porte, mais ensuite, ça prenait plus d’incitatifs pour les propriétaires. La solution existe. On l’a vu à Seattle, qui a retiré plus de 50 % de ses places de stationnement sur rue et mutualisé la presque totalité de ses places de stationnement. Ça prend du leadership. […] On n’a pas besoin d’un chèque », insiste M. Castanheira, qui appelle aussi à « rehausser les standards de gestion du parc de stationnement, comme on l’a fait avec l’industrie du taxi ».

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Glenn Castanheira, directeur général de Montréal centre-ville

Quelques milliers de places de stationnement ont d’ailleurs déjà été mises en commun il y a quelques mois, lors du projet d’aménagement de la rue Sainte-Catherine, ce qui démontre, selon la SDC, que tout est possible.

Taux d’inoccupation en forte hausse

Lundi, La Presse révélait que la levée des mesures sanitaires a fait le plus grand bien au centre-ville de Montréal, durement éprouvé par la pandémie.

Cinq catégories d’indicateurs sur six montrent des signes notables d’amélioration, mais « des préoccupations demeurent » quant aux bureaux, selon l’étude L’état du centre-ville, mise à jour lundi.

En effet, le taux d’inoccupation des bureaux au centre-ville de Montréal a augmenté de 46 % entre 2019 et 2021. « Quand on se compare à Toronto et Vancouver, on voit qu’elles ont des taux qui ont augmenté de plus de 200 % dans la même période.

« Il n’est pas question de sabrer le champagne, mais d’être conscient d’à quel point on résiste malgré le fait qu’on a littéralement été l’épicentre de la pandémie au Canada », a rappelé M. Castanheira.

Si le nombre de commerces fermés diminue au centre-ville, la moitié des boutiques et des restaurants qui étaient fermés dans les galeries souterraines il y a six mois ont depuis rouvert.

Sur le plan de l’habitation, les auteurs de l’étude se réjouissent que la fonction résidentielle du centre-ville ait continué de prendre de l’ampleur pendant les deux ans de la pandémie.

On comptait 26 000 résidants dans le secteur centre-ville, et 104 000 dans l’arrondissement de Ville-Marie en 2021, du jamais-vu depuis les années 1960.

Cette croissance démographique représente d’ailleurs la deuxième en importance au pays. Plus de la moitié des résidants du centre-ville sont âgés de 20 à 34 ans. Et l’an dernier, le cinquième des mises en chantier dans la région métropolitaine s’y est concentrée.

Dans les bureaux, la proportion de télétravailleurs reste toutefois élevée. À la fin du mois de mars, les bureaux disponibles à la location représentaient l’équivalent de 40 tours de la taille du 1000, De La Gauchetière.

Cette proportion continuera vraisemblablement son ascension dans les mois à venir. « Le futur du bureau, c’est que les gens veulent de la qualité », a évoqué le directeur de la SDC à ce sujet.

Avec André Dubuc, La Presse

En savoir plus

  • 62 %
    C’est la hausse de l’achalandage dans la rue Sainte-Catherine, entre le premier trimestre de 2021 et celui de 2022. Ce chiffre pourrait être encore plus élevé maintenant.
    source : sdc Montréal centre-ville