(Québec) La députée libérale Paule Robitaille s’envole samedi à destination de l’Ukraine, à la recherche d’éléments de preuve des crimes de guerre commis dans ce pays par l’armée russe au cours des derniers mois.

Publié le 13 mai
Jocelyne Richer La Presse Canadienne

Son but : traduire devant la Cour pénale internationale les officiers et hauts gradés militaires russes ayant commis des atrocités en Ukraine.

« Ça va être très émotif ce voyage-là, parce que quand j’y suis allée c’était juste la joie partout et l’espoir » qui régnaient alors dans ce pays qu’elle affectionne, a confié la députée de Bourassa-Sauvé, en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne vendredi.

Dans son ancienne vie de journaliste, Paule Robitaille a séjourné plusieurs années en Russie et s’est rendue à maintes reprises en Ukraine. Elle était sur place, à Kyiv, quand le pays a conquis son indépendance du « joug soviétique » en 1991, dans l’euphorie et l’allégresse. Elle en garde de précieux souvenirs.

Photo Edouard Plante-Fréchette, archives LA PRESSE

La députée de Bourassa-Sauvé, Paule Robitaille

En Ukraine, elle se joindra pendant une dizaine de jours à une mission parrainée par l’organisme non gouvernemental International Partnership for Human Rights (IPHR), basé à Bruxelles. La présidente de l’organisme de défense des droits de la personne est une avocate québécoise, Brigitte Dufour.

Sur place, l’ex-journaliste, avocate de formation, se rendra dans quelques villes du nord du pays, rencontrer les victimes de l’invasion, pour tenter grâce à leurs témoignages d’identifier les auteurs des crimes de guerre commis et de recueillir le maximum d’éléments de preuve contre eux.

Mme Robitaille effectue cette mission bénévolement, en tant que citoyenne, et non de députée.

Cela ne l’empêchera pas de tenter, en parallèle, de rencontrer des élus ukrainiens à Kyiv, espérant s’entretenir avec le président de la Chambre pour lui remettre en mains propres la motion adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en février, en soutien et solidarité au peuple ukrainien.

Cette mission ne sera pas exactement une partie de plaisir, car la députée devra circuler dans des villes en grande partie détruites, sans infrastructures, sans eau potable, ni hôtel cinq étoiles. Elle se fait à l’idée qu’elle part faire « du camping », littéralement, transportant dans sa valise sa tente, sa boussole et sa nourriture sèche.

« J’imagine pas dans quoi je m’embarque ! », dit-elle, sourire en coin, à la veille de partir à l’aventure.

Le conflit armé entre la Russie et l’Ukraine l’a bouleversée profondément, au point de l’amener à remettre en question son engagement politique. Elle a annoncé dernièrement qu’elle ne serait pas candidate pour un second mandat lors du prochain scrutin. Elle souhaite notamment se consacrer à l’aide internationale.

La journaliste s’était installée à Moscou au début des années 90. En tant que pigiste, elle a pu assister pendant six ans à l’écroulement de l’Union soviétique et a été amenée à couvrir plusieurs conflits armés, notamment ceux survenus en Géorgie et en Tchétchénie, pour divers médias, dont Radio-Canada et plusieurs quotidiens.

Mme Robitaille dit avoir été surprise par « l’ampleur » de l’invasion russe en Ukraine, orchestrée par une armée qu’elle juge pourtant « mal formée, mal équipée », et des militaires au profil d’une autre époque, qui utilisent « les mêmes tactiques et les mêmes stratégies qu’ils utilisaient en Tchétchénie », n’hésitant pas à semer la terreur sur leur passage et à tuer les civils.

Dans ce contexte, selon elle, la victoire des Russes en Ukraine est loin d’être acquise. « Je ne les vois pas gagner ce conflit-là », dit-elle, persuadée que l’armée russe « en ce moment, est épuisée ».

Elle se dit par ailleurs impressionnée par la résistance des Ukrainiens depuis le début du conflit.

Questionnée à savoir si son choix de mettre un terme à sa carrière politique à la fin de son mandat aurait été le même si la Russie n’avait pas envahi l’Ukraine, elle hésite et répond que « probablement » elle aurait été candidate pour le scrutin du 3 octobre.

La députée élue en 2018, qui aura bientôt 60 ans, soutient que sa décision, déchirante, n’a rien à voir avec la baisse continue de popularité de son parti, faisant valoir qu’il s’agissait plutôt d’un choix de vie. Elle dit s’être posé la question suivante : « Quel sera le prochain chapitre de ma vie ? »

Sans savoir précisément de quoi sera fait ce chapitre, elle sait désormais qu’il s’écrira ailleurs qu’à l’Assemblée nationale.