Des médecins de l’hôpital de Saint-Eustache sont venus témoigner d’un « cas complexe » lors des audiences publiques du coroner sur le suicide de Dave Murray, qui se sont poursuivies mardi à Laval. Ce dernier s’est donné la mort en novembre 2019 après avoir reçu son congé du centre hospitalier.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Atteint d’un trouble de personnalité limite, d’un trouble schizoaffectif et d’un trouble psychotique, Dave Murray s’est retrouvé à l’hôpital le 3 novembre 2019, en raison d’une psychose. Lors de son témoignage, la Dre Malika Mekke a raconté qu’elle avait recommandé qu’il soit gardé à l’hôpital, malgré son désir de partir. Le jeune homme tenait alors « des propos délirants » et avait possiblement « des hallucinations auditives », a-t-elle relaté.

Toutefois, l’évaluation d’un deuxième médecin a conclu que le patient ne devait pas être gardé contre son gré. La Dre Mekke dit avoir essayé de convaincre M. Murray de rester à l’hôpital, sans succès. Dave Murray est parti le 4 novembre et a mis fin à ses jours le lendemain matin.

Cas complexe

Quelques semaines plus tôt, soit du 19 au 21 octobre 2019, Dave Murray avait déjà été hospitalisé à Saint-Eustache. Le DGabriel Suhani lui avait donné son congé puisqu’il ne représentait pas un « risque aigu » pour lui-même et les autres. Le médecin a toutefois incité M. Murray à recommencer à prendre sa médication – qu’il avait arrêtée depuis quelques mois –, en plus de lui offrir différents services, que ce dernier a déclinés.

« J’aurais aimé en faire plus, mais il ne m’a pas donné la chance », a soutenu le DSuhani lors de son témoignage. « Je suis persuadé qu’il avait la volonté d’aller mieux, mais tout ce que j’avais mis en place cette journée-là, il l’a refusé », a ajouté le médecin.

Le cas de M. Murray est complexe en partie à cause de sa consommation de drogue et d’alcool, fait valoir la Dre Gianina Rosca Stredie, qui l’a suivi de 2013 à 2019. « Il venait [aux rendez-vous], mais parfois, il venait avant ou quelques jours après, raconte-t-elle. Ce n’était pas toujours à cause de la psychose ou de l’intoxication, il disait souvent qu’il oubliait. » Ces oublis sont des symptômes du déficit de l’attention dont souffrait M. Murray, a-t-elle souligné.

Ordonnance légale de traitement

À l’été 2019, Dave Murray a demandé un changement de psychiatre, en raison de discussions autour d’une ordonnance légale de traitement, que ce dernier percevait comme une « menace », a raconté la Dre Rosca Stredie. Elle avait pourtant écarté cette possibilité, puisque le patient n’était pas jugé inapte et n’avait pas refusé catégoriquement les traitements.

Dans une entrevue avec La Presse en 2019, Kathy Murray, sœur du défunt, a raconté avoir fait plusieurs appels dans les semaines qui ont précédé le suicide de son frère afin que ce dernier soit placé sous une ordonnance légale de traitement. Ses démarches n’avaient pas porté leurs fruits, puisque le risque n’avait pas été jugé immédiat. Dans les six mois précédant sa mort, M. Murray s’est retrouvé sept fois aux urgences et a fait plusieurs appels au 911 en disant être en détresse.

Le cas de M. Murray s’inscrit dans le cadre d’une enquête publique élargie sur le suicide, qui se penche sur cinq autres décès. Les audiences de la coroner Julie-Kim Godin se poursuivent toute la semaine, au palais de justice de Laval.