Sans tambour ni trompette, Québec a publié mardi une série de sondages effectués pendant la pandémie, afin de prendre le pouls de la population sur plusieurs mesures sanitaires. Une firme de recherche a été mandatée de produire des rapports de manière régulière.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Plus d’une soixantaine de « rapports hebdomadaires sur la pandémie du coronavirus » ont ainsi été remis au ministère du Conseil exécutif (MCE) entre les mois de mai 2020 et de juin 2021, la plupart signés et réalisés par la firme montréalaise de recherche marketing SOM, apprend-on sur le site des autorités.

On y aborde notamment l’adhésion à diverses mesures de confinement, dont la réouverture ou la fermeture des restaurants, ou encore le déroulement de la campagne de vaccination, la restriction des voyages à l’étranger et la gestion de la pandémie dans le réseau scolaire.

Au-delà de la pandémie, Québec sonde aussi la population sur son controversé projet de loi 61 en juin 2020, au moment où l’idée fait débat à l’Assemblée nationale. Les répondants doivent alors se prononcer pour ou contre le projet, mais aussi dans quelle mesure ils sont inquiets « quant aux risques [environnementaux/d’abus] liés à l’accélération » des grands projets d’infrastructures.

Deux mois plus tard, en août 2020, le gouvernement Legault avait abandonné son controversé projet de loi 61 sur la relance économique, faute d’avoir un accord avec les partis d’opposition, avant de déposer une nouvelle mouture à l’automne suivant.

À plusieurs reprises, Québec a aussi sondé la population sur la popularité des ministres provinciaux et fédéraux, dont François Legault, Justin Trudeau, Christian Dubé, Geneviève Guilbault, Chrystia Freeland ou encore Jean-François Roberge. En mai 2021, la firme d’observation conclut entre autres que « plus ils sont scolarisés, moins les gens font confiance à M. Roberge » ; d’ailleurs, la cote de popularité de ce dernier a chuté de 10 % entre le début et la fin de l’année scolaire. On note aussi que « les anglophones sont plus méfiants envers M. Legault, DArruda, M. Dubé et Mme Guilbault ».

Le cabinet de François Legault a indiqué mardi qu’il est « commun que les gouvernements réalisent des sondages visant à documenter la perception de la population ». « Les quinze derniers mois ont été marqués par une crise sans précédent, pendant laquelle il était d’autant plus important de valider l’adhésion de la population à l’égard de plusieurs aspects de la pandémie », dit l’attachée de presse, Nadia Talbot.

« Les oppositions ont, à de nombreuses reprises, demandé au gouvernement de corriger le tir lorsque certains messages paraissaient confus, ou mal compris de la population. Ces sondages visaient précisément à mesurer cette compréhension, et à s’ajuster si le besoin s’en faisait ressentir », insiste-t-elle. En mai dernier, François Legault avait soutenu que 92 % des sondages commandés par son gouvernement avaient pour but de mieux gérer la crise sanitaire et d’ajuster au besoin les mesures, au gré de l’humeur des citoyens.

« Ça ne sert pas l’intérêt public »

Pour le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, la diffusion de ces sondages un 20 juillet, en plein été et alors que plusieurs Québécois sont en vacances, est déjà très curieuse en soi.

Plusieurs questions sont d’ordre politique, par exemple la popularité des ministres. Le gouvernement veut connaître sa popularité chaque semaine, parfois même deux fois par semaine. Ça ne sert pas l’intérêt public, ça sert l’intérêt du gouvernement.

Pascal Bérubé, du Parti québécois

« Mon problème avec une gouvernance basée sur les sondages, c’est que parfois il y a des décisions à prendre qui sont nécessaires, mais impopulaires. Je crains que devant de telles données, le gouvernement soit tenté de ne pas prendre ces décisions importantes pour préserver sa popularité », insiste M. Bérubé.

L’élu, qui avait réclamé la divulgation de ces sondages lors de l’étude des crédits il y a quelques mois, presse la Vérificatrice générale de se saisir du dossier. « On devrait circonscrire de façon importante ce que le gouvernement a engagé comme dépenses. On parle d’outils politiques qui lui ont servi », ajoute-t-il, en citant l’exemple du projet de loi 61, « qui n’est pas du tout lié à l’adhésion aux mesures sanitaires ».