Des équipes de sauvetage appellent à la prudence après avoir secouru trois personnes parties en mer en bateau gonflable.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

La plage paradisiaque de Coin-du-Banc, en Gaspésie, a failli être le théâtre d’une tragédie mardi lorsqu’un bateau gonflable avec deux enfants et un adulte à bord s’est mis à dériver vers le large. Ce cas de figure n’est pas unique ni même rare. À l’orée des vacances de la construction – et de l’afflux de touristes inconscients des dangers de la mer –, les services de sauvetage du secteur lancent un appel à la prudence.

« Il faut qu’on se parle parce que le golfe du Saint-Laurent, c’est pas le lac Massawippi, pis encore moins le lac à Ti-Jos ou à Ti-Luc ousque tu mouilles ton objet flottant habituellement », a écrit Jean-François Tapp, copropriétaire de l’auberge du Camp de base de Coin-du-Banc, sur Facebook. À la fois bien senti et humoristique, son message avait été relayé plus de 5000 fois en date du 14 juillet.

PHOTO TIRÉE DE LA PUBLICATION FACEBOOK DE JEAN-FRANÇOIS TAPP

La publication Facebook de Jean-François Tapp a été relayée par quelque 5000 usagers depuis mardi.

Coin-du-Banc, à moins de 9 km de Percé, est un endroit à faire rêver. Sa plage de sable doré longeant une baie ourlée de reflets turquoise est encadrée de falaises qui plongent directement dans les flots. Pourtant, l’eau y est dangereuse, comme partout ailleurs dans le golfe du Saint-Laurent. « Il y a de la marée, du vent, des courants. Quand les gens ne font pas attention, ils mettent la vie de nos sauveteurs en danger », prévient Dominique Giroux, responsable aquatique à la Ville de Chandler, située à 50 km.

Pourquoi Chandler ? Parce que l’opération de sauvetage menée mardi a mobilisé les services d’urgence dans un rayon de 75 km, de Chandler à Saint-Georges-de-la-Malbaie, et un grand nombre de personnes, dont les services de la Garde côtière, les pompiers et des sauveteurs.

Prendre la mer sans s’en faire

Il faisait beau et chaud en Gaspésie, mardi, mais le vent venait de la terre, ce qui signifie qu’il pouvait pousser les embarcations vers le large. L’équipe du Camp de base avait même décidé d’annuler les sorties en kayak à cause de la météo.

À 14 h 40, le directeur des services de sécurité incendie de Percé et de Grande-Rivière, Luc Lebreux, a reçu un appel du 911. N’étant pas sur les lieux, il a guidé l’opération de sauvetage à distance. Vers 15 h, un appel avec le code nautique pan-pan – qui indique qu’une embarcation est menacée – a aussi été envoyé au directeur du Club nautique de Percé, Steven Melanson. Avec son équipe, ils sont les premiers répondants maritimes pour la Ville de Percé.

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-FRANÇOIS TAPP

L’auberge du Camp de base organise des sorties en mer dans la région de Coin-du-Banc.

Puisque le Zodiac du Club nautique devait attendre la remontée de ses plongeurs, M. Lebreux a envoyé un autre bateau. C’est finalement la conjointe de Jean-François Tapp, une kayakiste de l’équipe du Camp de base, qui s’est portée au secours des personnes en détresse. L’embarcation était « une espèce de tube gonflé, qu’on tire en général derrière un bateau, avec une rame », selon Steven Melanson.

À bord se trouvaient une personne adulte et deux fillettes. À leur retour sur la terre ferme, toutes trois ont été prises en charge par les services d’urgence. « Elles ont eu une bonne frousse », résume M. Tapp.

Une situation trop fréquente

« Tous les jours, on fait un sauvetage de gens qui, bien souvent, ne sont même pas nos clients », déplore le directeur du Camp de base. Comme pour lui donner raison, un autre membre de son équipe, alors en vacances à Sainte-Anne-des-Monts, a aussi aidé une personne en détresse mardi. L’intervention s’est faite « auprès d’une jeune fille qui avait loué une embarcation, qui s’était retrouvée sur le fleuve sans expérience, qui était tombée à l’eau et qui s’était retrouvée en hypothermie », décrit M. Tapp.

Depuis le début de l’année, le Québec a recensé 39 noyades. À la même date l’an passé, on en comptait 46. Les données sont plus troublantes si on s’attarde au Saint-Laurent.

« Cette année, on a déjà eu six noyades dans le fleuve », constate Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage du Québec. Or, la moyenne pour toute la saison estivale, entre 2017 et 2020, était de six noyades dans le Saint-Laurent, explique M. Hawkins. De plus, le Québec n’a pas encore traversé la première semaine des vacances de la construction, qui est celle où on recense le plus de noyades au Québec chaque année, indique le directeur.

Embarcations gonflables

L’engouement pour de nouvelles formes d’embarcations nautiques est peut-être en cause. Déjà, cette année, une personne faisant du kitesurf et une autre en planche à pagaie se sont noyées au Québec, selon la Société de sauvetage du Québec. « On voit beaucoup de kayaks gonflables Canadian Tire. Les gens n’ont aucune connaissance de la façon de remonter sur leur kayak s’ils chavirent », s’étonne Steven Melanson, qui fait des rondes de prévention sur l’eau avec son équipe dans le secteur de Percé.

Ce sont des gens mal informés qui s’aventurent en mer comme si c’était le lac devant chez eux.

Steven Melanson

Jean-François Tapp apprécie l’enthousiasme renouvelé pour le plein air depuis la pandémie, mais souhaite que les gens soient équipés, prudents et formés. « Le message qu’il faut passer, c’est d’aller chercher les qualifications nécessaires pour pouvoir pratiquer l’activité en toute sécurité […] et sinon, bien, faites affaire avec des entreprises certifiées ! », rappelle-t-il.

Rectificatif
Dans le texte intitulé « Touristes à la dérive en Gaspésie » paru dans notre édition du 14 juillet dernier, nous avons écrit que le code nautique pan-pan signifiait qu’une embarcation était en détresse. Il signifie plutôt qu’une embarcation est menacée. Nos excuses.