Tristesse, empathie, douleur : les émotions sont « fortes » au sein de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe depuis la découverte cette semaine de 751 tombes anonymes sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Marieval, en Saskatchewan. Quatre religieuses de la congrégation y ont œuvré jusqu’en 1979.

Publié le 26 juin 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« C’est pénible pour nous, mais surtout, c’est profondément triste pour les peuples autochtones. On est très conscientes de la douleur qu’ils peuvent ressentir. On va soutenir les recherches, on veut que toute la vérité soit faite, en souhaitant que les communautés comprennent qu’on est avec elles, que l’on comprend leur peine », affirme sœur Pauline Vertefeuille, porte-parole des Sœurs de Saint-Joseph, en entrevue avec La Presse.

Mais la congrégation dit ne pas éprouver de sentiment de culpabilité. Pour Mme Vertefeuille, les religieuses n’étaient pas « parties prenantes de ce qui a pu se passer à Marieval ou ailleurs ». « Quand ces femmes dévouées ont été envoyées dans l’Ouest canadien, elles ne savaient pas vraiment ce qui les attendait. C’était des femmes qui travaillaient avec cœur pour accomplir une œuvre, pas pour un salaire », dit-elle.

« À quelque part, les religieuses ont peut-être été une main-d’œuvre bon marché pour les personnes qui ont pensé à ce système [de pensionnats]. C’était peut-être facile de leur dire qu’elles feraient du bien à ces enfants-là, en leur permettant de s’instruire, de leur donner une langue commune pour l’université. Elles ne savaient rien de ce qu'il y avait derrière », affirme Mme Vertefeuille.

C’est une période difficile pour ces femmes qui ont donné le meilleur d’elles-mêmes. Les enfants en pensionnat, elles les ont aimés. Le but était toujours de leur donner la meilleure instruction possible pour leur permettre un avenir prometteur.

Pauline Vertefeuille, des Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe

« Quand on parle des pensionnats, il y a une impression globale que les enfants étaient battus ou maltraités, mais ce n’est pas ce qu’on sent quand on entend les religieuses en parler. Il y a une espèce de non-reconnaissance de leur dévouement », soutient-elle.

Mais le temps permet de « découvrir bien des choses », affirme la femme de 75 ans, qui a notamment été enseignante pendant plus de 50 ans. « C’est d’une grande tristesse pour nous de voir ces tombes anonymes. On ne comprend pas comment ça a pu se produire. On se pose des questions, on se demande comment ces enfants sont morts, et à quelle époque. J’espère que tout ça va être élucidé », insiste-t-elle.

La congrégation avait reconnu vendredi, dans un communiqué, que ses religieuses avaient, « sans le savoir et sans le vouloir, participé au mouvement de colonialisme instauré à l’époque et ainsi contribué à la perte d’identité que dénoncent, avec raison, les Premières Nations ».

« L’histoire fera la lumière »

Au moins quatre sœurs de Saint-Joseph ont été envoyées sur les lieux du pensionnat de Marieval dès 1901. Sur son site web, on peut lire que la congrégation a « cédé aux instances » des évêques de Saint-Boniface et de Saint-Hyacinthe, à l’époque, en acceptant d’y envoyer des religieuses.

Leur « départ définitif » s’est ensuite fait en juin 1979, apprend-on également dans des archives. Depuis 2011, toutes les sœurs de la congrégation qui travaillaient au Manitoba ont quitté la province.

Plus tôt cette semaine, jeudi, les yeux du monde se sont tournés vers le chef de la Première Nation de Cowessess, Cadmus Delorme, dont ceux de nombreux médias européens. « Le pensionnat catholique nous a intensément [atteints] », a déclaré le chef de cette Première Nation où ont été retrouvées les 751 tombes. « Aujourd’hui, nous avons des générations qui n’ont peut-être pas été au pensionnat. [Elles] ressentent [cependant] la première et la deuxième génération de cet impact », a-t-il ajouté.

Le chef Delorme souhaite qu’un monument commémoratif soit érigé au cimetière, à la mémoire des personnes qui ont péri dans les pensionnats. Pour l’instant, impossible de déterminer s’il s’agit uniquement de dépouilles d’enfants qui ont été découvertes. Actuellement, le site est fermé au public. « Enlever une pierre tombale est un crime dans ce pays, et nous traitons cela comme une scène de crime », a dit le chef.

Pauline Vertefeuille, elle, espère que l’enquête permettra de fournir plus de réponses aux communautés autochtones. Et dans sa congrégation, ces découvertes amènent aussi une réflexion importante. « Les choses avancent. Les gens vont se parler. C’est gros, et c’est beaucoup de personnes, mais je pense qu’une certaine sensibilisation va faire son chemin. L’histoire fera la lumière sur tout ça. C’est du moins ce qu’on espère le plus sincèrement », conclut la religieuse.