Un charpentier-menuisier qui a installé une caméra-espionne dans la salle de bains d’une famille saura ce jeudi s’il ira en prison. « C’était comme les films de terreur », a témoigné une de ses victimes, qui vit un véritable cauchemar depuis.

Marie-Claude Malboeuf
Marie-Claude Malboeuf La Presse

Avant d’aller dormir, Roxane* compose chaque soir le 911 sur son téléphone cellulaire, prête à appeler au secours au moindre bruit inexplicable.

La jeune mère habite dans un quartier paisible de Rimouski, avec son conjoint et sa fille de 6 ans. Mais depuis 17 mois, elle panique.

À l’automne 2019, un travailleur de la construction, Vincent-Bernard Couture, s’est illégalement introduit chez elle plusieurs fois afin d’y installer une caméra-espionne dissimulée dans un faux détecteur de fumée.

Il avait décidé de la filmer nue.

Lui-même en couple et père de deux fillettes, c’était un bon ami. Il avait accès aux clés de la maison, sa conjointe y arrosant parfois les plantes.

La première fois, le charpentier de 40 ans a fixé son dispositif secret au plafond de la salle de bains. Quelque temps plus tard, il s’est introduit de nouveau chez son amie pour récupérer ses images et déplacer l’appareil dans la chambre à coucher.

La fille de Roxane a fini par remarquer le faux détecteur au-dessus du lit.

« C’était comme les films qu’on voit sur Netflix, les films de terreur », a raconté la victime lorsqu’elle a témoigné devant la Cour du Québec, le 14 mai.

Depuis le début de son cauchemar, c’est elle qui utilise des caméras, tétanisée à l’idée d’une nouvelle intrusion.

Si son conjoint s’absente, elle vérifie chaque porte, chaque fenêtre, révèle l’enregistrement audio du procès obtenu par La Presse.

La nuit, s’il y a du bruit, je sens que je ne peux pas respirer, qu’il y a quelqu’un à la maison. Je regarde mes caméras, j’essaie de me rassurer, mais ça sort instinctivement, je suis en état de panique.

Roxane

« Moi, mon téléphone, il reste tout le temps avec le 911 déjà prêt à appeler, dit-elle. […] Et ça, c’est dans ma maison, la place où on devrait se sentir en sécurité… »

La prison ?

Vincent-Bernard Couture s’est reconnu coupable d’entrée par effraction et de voyeurisme. Il connaîtra sa peine ce jeudi 17 juin, jour de son 41e anniversaire.

Après avoir écouté son témoignage, la juge Luce Kennedy a annoncé qu’elle envisageait une peine de prison. « Je veux que [Monsieur] l’entende parce qu’il ne s’est pas préparé à ça », a-t-elle prévenu, en lui conseillant de parler à ses filles.

« Il va falloir qu’il amène ses choses lors de son prochain passage à la cour. S’il part en détention, il va en avoir besoin, parce que ça se peut que ce ne soit pas une peine d’emprisonnement discontinue. »

Depuis un an, M. Couture construit et rénove des maisons pour Construction Martin Dubé.

Son métier a fait sursauter la juge, qui a interrogé la poursuite à ce sujet. « Est-ce qu’on peut permettre à Monsieur d’entrer ni vu ni connu dans les maisons des gens [sans que son employeur soit informé] qu’il a déjà installé un détecteur de fumée avec une caméra pour regarder une dame ? »

Un « château fort »

Les vidéos analysées par la police montrent Roxane complètement nue.

Vincent-Bernard Couture a aussi laissé des traces de ses préparatifs dans son ordinateur. « Pendant quelques jours, il est allé voir différents sites avant de trouver le bon détecteur de fumée. Il a fait son petit magasinage », a rapporté l’avocate de la poursuite, Isabelle Gavioli.

« Il a décidé que Madame n’avait pas son mot à dire, que lui pouvait la voir nue quand il le voulait […] parce que c’était son fantasme. »

Pire encore, l’accusé a commis son crime chez elle, violant ainsi un « château fort » – un lieu sûr, « où l’on n’a pas à se soucier du regard des autres », a dénoncé l’avocate.

Chaque fois que Monsieur regardait les images qu’il avait prises, c’était une autre introduction par effraction. Il s’introduisait dans la vie de ces personnes, dans leur intimité, même s’il n’était pas là physiquement.

Me Isabelle Gavioli, avocate de la poursuite

Roxane et sa famille avaient pourtant confiance en leur ami, a insisté MGavioli. Au point de se tourner vers lui comme soutien, en l’appelant à la rescousse avant l’arrivée des enquêteurs.

M. Couture a profité de l’occasion pour repartir avec sa caméra et la cacher sous son cabanon.

Un fléau

Début mai, La Presse révélait que les affaires de voyeurisme se multipliaient.

Oui, il s’agit d’un fléau et d’un crime trop facilement impuni, a plaidé MGavioli, convaincue que Vincent-Bernard Couture devrait passer au moins six mois en prison.

« On doit, dit-elle, protéger la société, envoyer un message. »

Pour l’avocate de la défense, Maryse Beaulieu, une telle peine serait « disproportionnée ». Son client a tout avoué aux policiers et a plaidé coupable, a-t-elle dit à la Cour. Il doit subvenir aux besoins de sa famille. Il est suivi par une sexologue. Et éprouve des remords face à sa victime.

« Peut-être qu’elle s’imagine que je vaque [sic] ma vie comme si de rien n’était, a déclaré l’accusé au procès. Mais tous les jours, je m’imagine que je pourrais lui écrire. »

« Elle a perdu un ami et son monde s’est écroulé. »

* Nous avons changé le prénom de la victime et ne révélons pas son nom de famille pour nous conformer à l’ordonnance de la Cour interdisant de l’identifier.