Les caméras miniatures ont transformé le voyeurisme en « fléau », affirme la Cour du Québec. Notre enquête le confirme. Plusieurs sites web – dont Amazon.ca – vendent allègrement des caméras-espionnes conçues pour les… salles de bains. Et les Québécois filmés à leur insu – tandis qu’ils étaient nus, ou presque – se comptent maintenant par centaines. Une enquête de Marie-Claude Malbœuf

Marie-Claude Malboeuf Marie-Claude Malboeuf
La Presse

Des espions dans la salle de bains

L’éclairage est cru et la scène l’est tout autant. L’entrecuisse d’un homme – pantalon aux chevilles – est filmé de près, par-dessous une cloison métallique.

Dans une vidéo semblable, une femme imposante urine au-dessus d’une cuvette, l’arrière-train au premier plan.

« Caméra espionne visant un collègue » et « Café Starbucks 2 ».

Ainsi ont été baptisées ces vidéos amateurs, qui ont abouti – comme un tsunami de films semblables – sur des sites de pornographie grand public visités des milliards de fois par an.

  • Les images qui suivent sont crues 
et pourraient vous choquer. Nous préférons vous en avertir.

    INFOGRAPHIE LA PRESSE

    Les images qui suivent sont crues 
et pourraient vous choquer. Nous préférons vous en avertir.

  • Plusieurs sites web gratuits proposent des vidéos comme celle-ci et disent qu’elles mettent en scène des gens consentants. Néanmoins, des dizaines de Québécoises ont été filmées de façon similaire à leur insu.

    IMAGE TIRÉE D’UN SITE DE PORNOGRAPHIE

    Plusieurs sites web gratuits proposent des vidéos comme celle-ci et disent qu’elles mettent en scène des gens consentants. Néanmoins, des dizaines de Québécoises ont été filmées de façon similaire à leur insu.

  • Le thème des cabines d’essayage est omniprésent sur les sites de voyeurisme. La police a retrouvé des images semblables dans les téléphones de plusieurs voyeurs.

    IMAGE TIRÉE D’UN SITE DE PORNOGRAPHIE

    Le thème des cabines d’essayage est omniprésent sur les sites de voyeurisme. La police a retrouvé des images semblables dans les téléphones de plusieurs voyeurs.

  • Autre exemple de vidéo tournée, si on en croit le titre affiché, dans les toilettes d’un café.

    IMAGE TIRÉE D’UN SITE DE PORNOGRAPHIE

    Autre exemple de vidéo tournée, si on en croit le titre affiché, dans les toilettes d’un café.

  • Les vidéos de voyeurisme sont parfois numérotées, comme en témoignent les vidéos sur cette page. On y trouve « hidden restroom cam coffee shop #3, #4, #5 et #9.

    IMAGE TIRÉE D’UN SITE DE PORNOGRAPHIE

    Les vidéos de voyeurisme sont parfois numérotées, comme en témoignent les vidéos sur cette page. On y trouve « hidden restroom cam coffee shop #3, #4, #5 et #9.

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Ces sites affirment qu’il s’agit de simulations, qui trahissent le fort intérêt des utilisateurs pour le voyeurisme.

Cet intérêt est tel qu’un nombre sans cesse croissant de Québécois ne se contentent plus de fantasmer en regardant des sites web. Ils commettent un crime en produisant des images du même acabit dans la « vraie vie », à l’insu de leurs victimes. Qu’ils épient, photographient ou filment, avec leur téléphone ou avec des caméras-espionnes, pendant qu’elles se déshabillent, se douchent ou utilisent les toilettes ou leur lit.

Les derniers jugements québécois publiés sur le voyeurisme 2,0 font frémir.

Les coupables – tous des hommes – étaient médecin, avocat, actuaire, comptable, entraîneur sportif, massothérapeute, électricien, concierge, étudiant, conseiller d’orientation, pompier et même… policier.

Ils avaient caché leur caméra dans une plinthe électrique, des ventilateurs, un sac, etc. Et ils avaient ciblé leur voisine, leur femme, leur belle-fille, leur cliente, leurs locataires, des enfants ou de pures inconnues (récits demain, dans la suite de notre enquête).

Il y a quelques mois, la Cour du Québec1 a qualifié ce crime de « fléau social dont l’ampleur est directement proportionnelle à l’évolution de la technologie ».2

Il est « en recrudescence » et « on veut que ce soit dénoncé », confirme en entrevue la procureure de la Couronne Joanny St-Pierre.

Les données de Statistique Canada extraites par La Presse sont sans équivoque. Un nombre inégalé de cas a été dénoncé aux policiers québécois l’année qui a précédé la pandémie – soit 191, autrement dit, un cas tous les deux jours, en moyenne.

C’est presque trois fois plus qu’en 2010.

Jamais arrêtés

Le psychiatre Benoît Dassylva, qui traite les délinquants sexuels à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal, croit que les chiffres officiels sous-estiment l’étendue du problème. « Nos patients font fréquemment du voyeurisme, mais la majorité d’entre eux ne se font jamais prendre et ils n’ont pas été arrêtés pour ça. »

« Ça arrive beaucoup dans des toilettes de bureau et dans les vestiaires de piscine, du moins, chez ceux suivis à notre clinique. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le DBenoît Dassylva, psychiatre qui traite les délinquants sexuels à l’Institut Philippe-Pinel de Montréal

Certains voyeurs partagent leurs images avec d’autres ou sur le web, précise le psychiatre. « Ils le font pour en obtenir d’autres en échange ou être « one of the gang ». »

« Avant, ils devaient trouer les murs, maintenant, ils utilisent un téléphone ou peuvent acheter des caméras miniatures à bas prix. »

Des caméras cachées… dans des vis

La Presse a découvert qu’au moins 10 sites web, dont Amazon.ca, vont jusqu’à vendre ou promouvoir des caméras-espionnes ouvertement destinées aux douches et toilettes.

Elles doivent résister à l’eau, puisqu’« il est évident qu’elles seront éclaboussées », précise le site américain NorcoAlarms.com, qui se dit spécialiste de la sécurité à domicile et s’en remet à ses clients pour respecter la loi.

Un des modèles louangés capterait « la scène avec des détails ahurissants ». Un autre est déguisé en vis. « Vous pouvez, écrit NorcoAlarms, la cacher dans le mur de votre salle de bains sans le moindre risque. »

IMAGE TIRÉE DU WEB

Des vendeurs proposent des vis dont la tête cache une caméra.

Quantité d’autres objets vendus quelques dizaines de dollars abritent une lentille format tête d’épingle. Des brosses à dents. Des porte-savons muraux. Des brosses pour la cuvette. … « Là réside le charme de ce petit gadget, car qui voudrait toucher la brosse de toilette sale d’un inconnu ? », ironise un site d’information sur le monde numérique, Komando.com, qui veut mettre les gens en garde.

IMAGE TIRÉE DU SITE DE SPYCAMERASMALL

SpyCamerasMall ne vend pas un, mais plusieurs modèles de brosses de toilette.

Autre astuce : des bouteilles à moitié remplies de shampoing et affichant la mention « pour homme » : « Aucune femme n’y prêtera attention. Vous pourrez l’utiliser pour prendre beaucoup de vidéos excitantes », prédit le vendeur onlinespycamerabathroom, qui expédie ses produits à partir de la Chine.

  • Onlinespycamerabathroom vend des caméras cachées dans des bouteilles de shampoing pour homme qui contiennent vraiment du shampoing et qui affichent – probablement sans droit – le nom de marques connues.

    IMAGE TIRÉE DU SITE DE ONLINESPYCAMERABATHROOM

    Onlinespycamerabathroom vend des caméras cachées dans des bouteilles de shampoing pour homme qui contiennent vraiment du shampoing et qui affichent – probablement sans droit – le nom de marques connues.

  • Certains modèles de caméras-espionnes destinées aux toilettes sont assortis de télécommandes.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Certains modèles de caméras-espionnes destinées aux toilettes sont assortis de télécommandes.

  • Une page du site NorcoAlarms.com permet de cliquer sur un palmarès de caméras-espionnes en format vidéo, qu’on retrouve dans le compte d’un tiers sur YouTube.

    IMAGE TIRÉE DU SITE DE NORCOALARMS

    Une page du site NorcoAlarms.com permet de cliquer sur un palmarès de caméras-espionnes en format vidéo, qu’on retrouve dans le compte d’un tiers sur YouTube.

  • On trouve sur YouTube plusieurs palmarès 
de caméras-espionnes.

    IMAGE TIRÉE DE YOUTUBE

    On trouve sur YouTube plusieurs palmarès 
de caméras-espionnes.

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Un site américain vante plutôt un crochet-espion en plastique. « Idéal dans la salle de bains, dit-il, les gens penseront qu’il est destiné aux serviettes. »

La Presse a trouvé cet objet sur deux sites canadiens – Amazon.ca et Best Buy.ca (dans sa section « Place du marché » ouverte à d’autres vendeurs). Sur les deux plateformes, les vendeurs le disaient conçu pour les chambres et salles de bains.

IMAGE TIRÉE DU SITE DE BEST BUY CANADA

On trouvait un crochet-espion destiné aux chambres et salles de bains dans la section « Place du marché » du site de Best Buy, ouverte à d’autres vendeurs.

« On a agi immédiatement après votre courriel, nous a indiqué un porte-parole de Best Buy, Thierry Lopez. Ce produit n’est plus en vente chez nous, ni un autre qui était similaire. On procède aussi à un audit total de notre sélection de caméras, car on ne veut pas que ça se reproduise. On est désolés par rapport à ce que ça aura pu faire pour notre clientèle. »

Deux jours après avoir été interpellée par La Presse, Amazon continuait d’offrir des crochets-espions, mais leur description ne comprenait plus les mots « chambres » et « salle de bain ».

IMAGE TIRÉE D’AMAZON. CA

Amazon.ca vend aussi plusieurs crochets-espions.

Sa « Politique sur l’équipement de surveillance » interdit la vente d’appareils « conçus pour faciliter l’enregistrement discret de personnes à des fins sexuelles ». Un porte-parole de l’entreprise nous a écrit que les vendeurs pris en défaut s’exposent à des sanctions et qu’Amazon « surveille continuellement son magasin ».

Ni NorcoAlarms, ni onlinespycamerabathroom, ni les autres vendeurs ou auteurs de palmarès contactés par La Presse n’ont répondu à nos messages électroniques.

Promouvoir et acheter des caméras pour toilettes n’est apparemment pas illégal, contrairement à leur utilisation.

Une femme contre-attaque

Le criminologue Francis Fortin, ancien analyste en cybercriminalité de la Sûreté du Québec, s’inquiète.

« Maintenant, le voyeurisme peut arriver partout, à n’importe qui, et ça me fait peur, affirme le professeur, qui enseigne à l’Université de Montréal. Les gens devraient savoir tout ça. Il faudrait peut-être faire plus de prévention. »

À Toronto, Sydney Eatz sonne l’alarme depuis qu’un homme a filmé sous sa jupe grâce à une caméra déposée à la sortie d’un ascenseur, il y a quatre ans, et mis le tout en ligne. Elle a déjà dénoncé d’autres dérives du web à la Chambre des communes, devant le Comité permanent de l’accès à l’information, de la protection des renseignements personnels et de l’éthique.

Elle a beaucoup de mal à croire que toutes les vidéos offertes sur les sites de pornographie grand public aient été filmées et diffusées de façon consensuelle. (Lisez ce que disent ces sites dans l’encadré final.)

Quand quelqu’un met en ligne des tas de vidéos montrant des tas de personnes filmées du même angle, sur la même cuvette, c’est difficile de prétendre qu’il s’agit toujours d’acteurs.

Sydney Eatz, victime de voyeurisme

Avec un de ses amis programmeurs, Richard Trus, la jeune femme est venue à La Presse un mois avant le début de la pandémie pour nous faire profiter de leurs connaissances en informatique sur le sujet.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le programmeur torontois Richard Trus lors de son passage à La Presse

Elle a entre autres créé des programmes qui lui permettent de recouper d’innombrables informations pour découvrir où certaines images ont été tournées et par qui, dit-elle.

En 2018, sa méthode lui a permis de démasquer et de faire congédier un garde de sécurité de Toronto, qui se cachait derrière le pseudonyme Jake4 porn. Il avait diffusé sur l’un des sites les plus populaires, Pornhub, une vidéo intitulée « Chick peas/Toronto Girl Peeing », montrant une femme en train d’uriner dans un couloir, telle qu’elle était apparue sur les écrans de surveillance du centre commercial First Canadian Place.3

IMAGE TIRÉE DE PORNHUB PAR SYDNEY EATZ

En cherchant une recette, Sydney Eatz a entré « pois chiches » [Chickpeas] dans Google. Une série de résultats lui proposaient plutôt « Chick pees » [traduction : une fille urine].

Plusieurs créateurs de contenu pornographique sont québécois et alimentent les principaux sites web en vidéos tournées ici. Un de leurs films amateurs débute par exemple dans une cabine d’essayage située dans un centre commercial où l’on reconnaît plusieurs enseignes québécoises.

Le profil de l’un de ces vidéastes indique qu’il a 2300 amis.

Comme sur Facebook, explique Sydney Eatz, les utilisateurs se font des demandes d’amitié et tissent des liens – cette fois, en fonction de leurs fantasmes.

Au sein de ces réseaux parallèles, dit-elle, « il est facile de s’encourager et de s’échanger plein de matériel voyeuriste en privé ».

1 Consultez le jugement

2 Adopté en 2005, l’article 162 (1) du Code criminel canadien interdit d’observer ou de produire subrepticement un enregistrement visuel d’une personne lorsque celle-ci se trouve dans une situation supposant la protection de la vie privée. C’est le cas dans les lieux où l’on peut s’attendre à ce qu’une personne soit nue, expose ses parties intimes ou se livre à une activité sexuelle. C’est aussi le cas lorsqu’une personne est partiellement ou entièrement nue ou en pleins ébats sexuels, peu importe le lieu. Ce l’est finalement si l’enregistrement est fait « dans un but sexuel ».

3 Consultez un article du Toronto Sun sur cette affaire (en anglais)

Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse

Des vidéos qui disparaissent

Depuis des années, des femmes disent se battre pour faire éliminer des vidéos d’elles tournées ou diffusées à leur insu. Leurs expériences traumatisantes sont relatées dans des rapports de police et de comités parlementaires, dans des reportages et dans des poursuites en dommages et intérêts totalisant des millions de dollars.

La Presse a interrogé trois des plus grands sites de pornographie au sujet de ces allégations et de leur contenu voyeuriste. XVideos n’a jamais répondu à notre demande, tandis que xHamster et MindGeek, propriétaire de Pornhub, ont chacun répondu qu’ils interdisaient les images obtenues sans consentement.

Ciblée en novembre par le New York Times (NYT), l’entreprise MindGeek a déclaré qu’elle éradiquait et dénonçait ce genre de contenu grâce à des outils de détection et à des modérateurs.

Les autorités et des victimes canadiennes ont dû intervenir au moins 55 fois en 2020 (et les autres pays, environ 1000 fois) pour sommer Pornhub de retirer des vidéos jugées illégales – d’après le « rapport sur la transparence » publié par l’entreprise après l’enquête du NYT.

On y apprend aussi qu’elle a enlevé l’an dernier plus de 650 000 vidéos « potentiellement offensantes », qui « violaient possiblement » ses normes. Et qu’elle en a éliminé 10 millions d’autres mises en ligne par des utilisateurs non vérifiés.

Au moins deux des vidéos voyeuristes découvertes par La Presse sur des sites de pornographie en 2020 ont disparu depuis. Sans qu’on nous réponde précisément pourquoi.

Comment se protéger

Ouvrons-nous les yeux au sujet des caméras-espionnes, plaide Sydney Eatz, qui sonne l’alarme depuis qu’elle en a été victime lors d’une soirée.

« Dans les bureaux et les endroits publics, un employé devrait avoir la mission d’inspecter les toilettes et les vestiaires chaque jour, dit-elle. On n’a plus le choix. »

En Corée du Sud, Séoul a créé en 2018 des escouades de femmes pour qu’elles débusquent les caméras cachées dans les 20 000 toilettes publiques de la ville. Le nombre de cas explosait alors. Des voyeurs avaient installé des caméras dans les prises électriques, les décodeurs de télévision et les supports de sèche-cheveux de 30 hôtels. Les vidéos de 1600 clients ont ainsi abouti sur un site pornographique.

PHOTO FOURNIE PAR LA POLICE NATIONALE DE CORÉE DU SUD

Caméras découvertes par la police sud-coréenne dans le mur d’un hôtel (à gauche) et dans un support pour sèche-cheveux du même établissement.

Au Canada, des caméras ont entre autres été trouvées dans le réveil d’un Airbnb de Toronto. Dans la cabine de bronzage d’un gym de la Colombie-Britannique. Et dans les toilettes de tous les lieux imaginables : garage, base militaire, vignoble…

Difficile de savoir à qui faire confiance. Un ouvrier de Calgary, embauché pour changer des tuiles d’une salle de bains, en a profité pour y installer des caméras.

À Québec, le policier Denis Gaudreau a admis avoir filmé une femme et ses enfants majeurs dans leur propre salle de bains. Par jalousie, par crainte d’infidélité, a-t-il dit en plaidant coupable le 20 avril dernier.

Tous ces objets peuvent abriter une caméra

  • Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

  • Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

  • Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

  • Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

  • Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

  • Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

  • Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

    IMAGE TIRÉE DU WEB

    Exemples de caméras déguisées en objets banals qu’on peut aisément trouver sur le web.

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> Produits jetables : boîte de papiers mouchoirs, bonbonne de crème à raser, bouteille de shampoing ou de gel douche, bouteille d’eau, briquet, couvercle de tasse de café, stylo

> Accessoires : boîte électrique, crochet mural, jukebox, lampe, pèse-personne, pot de fleurs, poubelle, savonnier

> Vêtements : bouton de chemise, casquette, chaussure, cravate, gants, lunettes, montre.

> Appareils électriques et électroniques : aspirateur, cadre numérique, chargeur de téléphone, clé USB, clés de voiture, détecteur de fumée, écouteurs, gicleur, haut-parleur, horloge murale, prise électrique, purificateur d’air, radio-réveil, rasoir

Protégez-vous !

Comment se protéger ? « Ce type d’infraction criminelle peut être commis de manière sournoise et par un geste rapide. Il peut donc être difficile à déceler », nous a répondu par courriel le Service de police de la Ville de Montréal. Ce dernier conseille de rester « conscient de son environnement » et d’appeler le 911 ou de se rendre au poste si l’on découvre un dispositif permettant de capter des images dans « un lieu inapproprié ».

Sydney Eatz se montre plus radicale. Évitez les toilettes et cabines d’essayage dont la cloison ne rejoint pas le sol, recommande-t-elle. « Des gens cachent des caméras dans des sacs qu’ils déposent par terre. »

La résidante de Toronto se méfie aussi des toilettes unisexes. Dans sa ville, des voyeurs ont notamment frappé dans des cafés de grandes chaînes et dans un restaurant de sushis, en 2018 et en 2020.

Les systèmes vidéo peuvent être aimantés, scotchés au tuyau du lavabo, insérés dans une fente du mur, intégrés dans une vis, etc.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

À Montréal, Spytronic vend des détecteurs de caméras-espionnes, que nous avons testés. Plusieurs caméras ont été découvertes par des clients dans des gîtes Airbnb et des hôtels.

Inspecter les objets « stratégiquement » placés permet de vérifier s’ils sont munis d’un petit trou inhabituel pour y introduire une lentille, mais certaines caméras-espions n’en ont pas. D’ailleurs, l’inspection ne s’avère pas toujours facile. Aux États-Unis, des délinquants particulièrement tordus ont carrément installé leur caméra à l’intérieur de la cuvette…

Des vidéos qui peuvent mener au suicide

Même si les voyeurs n’agressent pas physiquement leurs victimes, ils peuvent les démolir. Surtout s’ils diffusent leurs images. « Diffuser des enregistrements sexuels sans consentement mène à des tragédies indicibles », a écrit l’an dernier la Cour du Québec.

Consultez le jugement

Trois jugements de la même année illustrent à quel point les victimes sont anéanties. « Sa confiance envers autrui en sera affectée à jamais », a par exemple observé un juge au sujet d’une cégépienne filmée à son insu par son copain lors d’une relation sexuelle.

Une femme de carrière a quant à elle arrêté de travailler pendant un an et demi tellement elle craignait d’être vue et reconnue sur les photos diffusées par son conjoint. Il l’avait aussi filmée dans la douche sans qu’elle le sache et avait envoyé un aperçu de la scène à un ami.

Un homme de Thetford Mines s’est donné la mort lorsqu’une femme a transmis – à une seule autre personne – des images intimes de lui, par vengeance. « On sous-estime l’impact de ce crime, qui est énorme », prévient la procureure de la Couronne Joanny St-Pierre, qui a fait condamner cette femme à 10 mois de prison.

Consultez le jugement

> À lire demain : Qui sont les voyeurs québécois et dans quels lieux ont-ils frappé