Je m’appelle Patrick L. et je suis accro, accro à Si on s’aimait.

Patrick Lagacé
Patrick Lagacé La Presse

C’est la série de TVA sur des couples qui cherchent l’amour. Rien de neuf sous le soleil, me direz-vous, et c’est bien vrai, la téléréalité qui forme des couples étant un genre télévisuel bien exploité et dont le cousinage avec les documentaires animaliers d’antan présentés par la Mutuelle d’Omaha me semble tellement évident qu’un jour, c’est sûr, quelqu’un fera une thèse de doctorat sur ledit cousinage.

Et je ne serais pas surpris que cette thèse se fasse à l’UQTR, université de toutes les curiosités. Mais je m’égare…

Oui, cher lecteur, je t’entends d’ici t’étonner de mon intérêt pour une téléréalité sur l’amouuuuuuur. C’est d’ordinaire assez peu mon genre, j’en conviens.

Mais celle-là frise le génie !

D’abord, c’est du vrai monde. Du vrai-vrai monde. Par opposition à Occupation double, disons, dont les participants sont au vrai monde ce que le Zoo de Granby est aux savanes du Serengeti.

On suit trois couples qui font des activités qui n’ont rien d’exotique et qui se confient parallèlement à la sexologue Louise Sigouin…

Il y a Carlos qui essaie de charmer la fille chiante comme une douanière nord-coréenne de mauvaise humeur, Brigitte qui n’en revient pas que son prétendant (Carlos) porte parfois une casquette la palette à l’envers, qui n’en revient pas qu’il ose l’appeler « beauté », elle veut se faire appeler Brigitte. Bonjour l’ambiance…

Il y a un duo de gais. Même s’ils sont adorables, on sait bien que ça ne marchera pas. Le barbu est asexuel, c’est au centre de sa vie : la sexualité, ça ne l’intéresse pas. L’autre, c’est le contraire : il entre en relation intime par le sexe. Ils sont là, à tourner autour du pot, à en casser même (autre activité exotique), à se découvrir, à s’apprivoiser…

Puis, il y a Amélie et Guillaume.

Amélie, elle veut se trouver un chum ; un bon gars qui va l’aimer pour ce qu’elle est, une mère célibataire de deux p’tits gars.

Guillaume, il veut être connu.

Mais Guillaume s’est trompé de show. Il aurait été bon dans Occupation double, et d’ailleurs, selon une enquête journalistique approfondie de notre chroniqueur télé Hugo Dumas, Guillaume a essayé à plusieurs reprises d’être admis à OD…

Sans succès.

Il a été pris à Si on s’aimait, dans ce que je soupçonne être une sorte de clin d’œil cosmique au Dîner de cons. Le problème, c’est que Guillaume ne veut pas être dans ce show-là. C’est comme si Flipper s’était perdu chez les Pierrafeu. La pauvre Amélie est donc le tremplin de Gui-Gui, qui veut juste être dans le kodak. Même qu’il l’avoue à Louise Sigouin : il espère que l’émission va « faire avancer [sa] carrière », ce qui nous rappelle encore qu’il y a des gens qui croient très, très, très fort en leurs rêves. C’est une émission sur l’espoir, bien plus que sur l’amour, en fait…

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’ÉMISSION

Guillaume et Amélie, participants à l’émission Si on s’aimait

Les rencontres avec la sexologue sont le moment où la vérité sort. Bienveillante et lucide, elle devine des angles morts des participants, ce qui les retient depuis toujours, leurs façons — par exemple — de s’oublier dans le grand jeu de l’amour…

Lucide, Louise Sigouin ?

Ma mère aux trois quarts anglaise disait : « Tough love », cette expression intraduisible qui revient à dire la vérité crue aux gens qu’on aime… Ma mère s’appelait aussi Louise, mais je m’égare, n’allons pas là, pas quelques semaines après la fête des Mères.

Les participants veulent changer, ils veulent briser les « patterns » qui ont fait capoter leurs relations précédentes… Comme tous ceux qui vont en thérapie, au fond.

Les participants de Si on s’aimait écoutent donc la sexologue, on les sent studieux, ils font même « les devoirs » que Louise Sigouin leur impose, devoirs qui consistent souvent à s’imposer dans la relation…

Ne leur dites surtout pas que la thérapie ne fait pas changer, elle ouvre au mieux un peu les yeux, elle permet de voir les pièges à ours pour y mettre le pied — ou le cœur — un peu moins souvent…

À chaque écoute, je me dis que Si on s’aimait est un monument à cette réalité tout à fait étonnante : le réservoir des gens prêts à aller révéler de grands pans de leur intimité à la télévision est inépuisable.

Je ne sais vraiment pas si je dois admirer ou déplorer la sincérité de ces hordes de gens qui vivent les hauts et les bas de l’amour à la télévision, avec son lot de déceptions, de petites morts, de grands espoirs et de mises à nu émotionnelles…

Tout ça pour notre divertissement.

PHOTO TIRÉE DE L’INTERNET

Cachez ce slogan…

Parlant de ne pas savoir si je dois admirer ou déplorer, il y a des masques roses qui se vendent, pour financer la recherche sur le cancer du sein. Les masques sont roses. La boîte de masques est rose.

Sur la boîte, il y a un slogan…

« Toton masque ? »

Ce sera tout, Votre Honneur.