Une ex-employée du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) aurait fraudé son employeur pour 1,2 million de dollars sur une période de 14 ans. Outre d’avoir usé d’un stratagème pour recevoir deux salaires, Sylvie Dagenais aurait versé beaucoup d’argent de l’établissement hospitalier à son conjoint et à ses deux fils.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

« Le ministère public a l’intention de prouver les différentes façons que Sylvie Dagenais, avec la participation des membres de sa famille, a fraudé un fonds de recherche dédié à la lutte contre le cancer sur une période de plus d’une décennie », a fait savoir le procureur de la Couronne, MNicolas Ammerlaan, lundi au palais de justice de Montréal.

Sylvie Dagenais, qui fait face à sept chefs d’accusation, est devenue l’adjointe du DFred Saad au département d’urologie du CHUM en 1997. Puisque cette femme était « compétente », le médecin lui aurait, au fil des ans, confié des tâches additionnelles au Centre de recherche du CHUM, où il était chercheur.

Petit à petit, le nombre de tâches à ce centre de recherche a augmenté, puisque Mme Dagenais était une adjointe « devenue indispensable pour le DSaad ». Le médecin lui aurait versé des sommes forfaitaires, qui pouvaient atteindre 26 000 $ par année, pour cette charge de travail supplémentaire.

Sauf que le ministère public affirme qu’à partir de 2000, Mme Dagenais ne touchait pas que son salaire à temps plein du CHUM et ces sommes forfaitaires. « À l’insu de son patron, elle touchait simultanément un deuxième salaire à temps plein, 45 heures par semaine, au Centre de recherche », a allégué le procureur de la Couronne.

Au cours des prochains jours, une experte juricomptable sera appelée à la barre des témoins pour exposer comment Sylvie Dagenais a comptabilisé ses heures de travail en double, parfois même en triple. Elle n’aurait également jamais déclaré de jours de congé. Toutefois, toujours selon la Couronne, l’ex-employée du CHUM se serait absentée du bureau, entre autres pour des vacances. Elle aurait notamment voyagé à Cuba pendant une semaine, tout en étant payée entre 14 et 16 heures par jour par son employeur.

La théorie de la poursuite est que l’accusée a abusé de cette confiance pour frauder le CHUM et le Centre de recherche.

MNicolas Ammerlaan, procureur de la Couronne

À partir de janvier 2006, Sylvie Dagenais reçoit encore plus de responsabilités de la part du DSaad. Selon la Couronne, elle avait alors le « pouvoir d’engager et d’approuver le salaire et les relevés de présence » de tous les employés du Centre de recherche.

Elle aurait alors engagé son conjoint, Danny Edisbury, et ses deux fils, Francis et Carl Edisbury, qui sont aussi accusés dans ce dossier.

Danny Edisbury et ses enfants auraient reçu des sommes forfaitaires et les deux jeunes auraient commencé à recevoir un salaire à raison de 50 heures par semaine « supposément pour travail accompli à la maison », a affirmé MAmmerlaan. Les horaires, salaires et paiements auraient été « établis et approuvés » par Mme Dagenais.

De plus, Danny Edisbury aurait créé une société qui recevait « régulièrement » 20 000 $ par mois du CHUM, a affirmé le ministère public. Uniquement pour l’année 2013, cette entreprise aurait reçu 142 675 $.

Du côté de la défense, MGilles Pariseau a indiqué que le DSaad « ne semblait pas du tout s’occuper de la comptabilité comme on doit le faire quand on a un fonds de recherche ».

« Mme Dagenais a des explications pour tout un chacun des comptes qu’elle a envoyés et les demandes d’argent qu’elle a faites », a affirmé MPariseau à la juge Mylène Grégoire.

Le procès se poursuit mardi au palais de justice de Montréal.