(Québec) À l’issue de discussions secrètes, le gouvernement de la CAQ a renié une entente de principe avec le maire de Québec, puis lui a ensuite proposé de réduire de moitié son réseau de tramway pour desservir les banlieues, a accusé lundi Régis Labeaume.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Cette proposition nous amenait vers un retard de deux ans sur le projet, parce qu’on charcutait à peu près la moitié du tracé du tramway », a lancé le maire de Québec lors d’une conférence de presse.

Régis Labeaume a finalement choisi de répondre aux critiques du gouvernement. François Legault l’accusait la semaine dernière de n’être « ouvert à aucun changement » dans le dossier du tramway. Québec a même décidé de reprendre le projet et promet de soumettre un nouveau tracé prochainement.

Mais le maire de Québec jure que c’est faux. Régis Labeaume a choisi de lever le voile sur des réunions confidentielles qui ont lieu depuis des mois entre la Ville, le gouvernement et le ministère des Transports.

« J’ai rencontré cinq fois le ministre des Transports d’octobre à maintenant pour trouver une solution acceptable et logique », a expliqué le maire. La Ville a même soumis deux propositions de tracé modifié à Québec, qui ont été refusées, toujours selon son premier magistrat.

Puis le gouvernement, aux dires du maire, a ensuite lui-même proposé une voie de sortie : il s’agissait de réduire la ligne du tramway vers Charlesbourg, qui s’arrêterait plutôt à la 41e Rue. Les économies de 220 millions ainsi réalisées auraient été injectées dans des voies réservées ou des circuits d’autobus pour les banlieues.

La proposition est venue avant les Fêtes. Régis Labeaume a accepté. Il y aurait eu entente de principe. « On est partis le cœur léger en pensant qu’on allait avoir un décret du gouvernement », de dire le maire, qui affirme que le gouvernement a ensuite tourné le dos à cette entente.

Le 11 février, le ministre des Transports, François Bonnardel, a plutôt soumis quatre nouveaux scénarios. Le favori du gouvernement amputait le tramway de moitié. La ligne ne passait plus dans Limoilou et Lairet au nord, et s’arrêtait maintenant au pôle Sainte-Foy, à l’ouest.

C’est donc dire que le terminus Le Gendre n’était plus dans les plans, ce qui représente un immense défi logistique. En effet, c’est là que la Ville envisageait d’installer son garage pour l’entretien du tramway, sur un terrain grand comme six terrains de football. Trouver le même terrain à Sainte-Foy, plus près du centre-ville, s’avérerait extrêmement difficile, selon M. Labeaume.

Le maire affirme qu’aucun document ne lui a été remis. « Autant dire qu’il n’était pas question d’accepter cette proposition sur-le-champ. »

« On ne peut pas accepter de se faire dire qu’on est inflexible et qu’on n’accepte aucun changement. On avait une entente sur un changement », soutient le maire.

Il s’explique mal le changement de cap du gouvernement, mais il pense que « c’est politique ».

« Moi, mon interlocuteur, il s’appelle François Bonnardel et j’ai senti tout le long qu’il était de bonne foi. […] On n’a pas à faire des hypothèses sur ce qui s’est passé entre François Bonnardel et le reste du gouvernement », a avancé M. Labeaume.

Au cabinet du ministre des Transports, on se contentait de répéter lundi vouloir « déposer une proposition à la Ville de Québec pour revoir le tracé du tramway et améliorer le réseau structurant pour les banlieues ».

Régis Labeaume affirme que la proposition gouvernementale du 11 février n’est déjà plus sur la table. « On m’a dit […] qu’il y en aurait une nouvelle. Je ne sais plus quoi vous dire », lâche-t-il.