Le transfert des 15 cerfs du parc Michel-Chartrand, à Longueuil, devra attendre. Un comité d’experts vient de s’opposer à l’opération, jugeant que celle-ci « n’offrira qu’une solution à très court terme » pour gérer la densité élevée des animaux dans le secteur.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Les cerfs de Virginie étant une espèce extrêmement prolifique, on peut penser que cette population sera de retour à sa taille d’origine en l’espace de quelques années. La prise en charge de 15 cerfs n’est donc pas une approche qui répond au mérite scientifique. Pour avoir un effet durable, il faudra répéter la prise en charge d’animaux de façon périodique », tranche le Comité d’éthique de l’utilisation des animaux, qui devait se prononcer sur le protocole établi entre Québec et l’organisme Sauvetage Animal Rescue.

Dans sa décision, le comité – qui est présidé par des professeurs de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal – dit s’inquiéter du « risque de blessures et de myopathie très élevé » lors du transport et de la capture des cerfs.

« Ce risque est jugé déraisonnable. Il existe de meilleures pratiques pour accomplir ce genre de procédures en diminuant le stress des animaux », martèlent les experts, qui soulignent aussi que les médicaments proposés par Sauvetage Animal Rescue, le Telazol et le Zuclopentixol, sont « difficilement disponibles et requièrent une commande spéciale ».

Le comité dit se questionner sur l’usage d’un enclos lors de la capture des cerfs, et suggère plutôt d’utiliser des pièges de type « Stephenson avec détecteur ». « Ceci permettrait d’intervenir rapidement et d’injecter plus facilement le tranquillisant, et aussi d’ajuster la dose selon la taille de l’animal », raisonne-t-on.

Une bureaucratie montrée du doigt

Sauvetage Animal Rescue, de son côté, n’a pas tardé à réagir jeudi. Le groupe de défense des animaux dit avoir pris conscience de ce « verdict défavorable » en début de journée, jeudi. « Lorsque nous avons appris la nouvelle, nous avons transmis les informations à Anne-France Goldwater, qui suit le dossier de près », indique l’organisme, qui se dit prêt à collaborer malgré tout.

Son directeur général, Éric Dussault, dénonce les lenteurs administratives dans toute cette affaire. « Je compare un peu ce qui se passe à un examen de conduite, comme si quelqu’un nous observe et ne dit rien, mais qu’à chaque erreur, il vient nous le dire. C’est un peu frustrant », plaide-t-il.

On aurait sauvé plusieurs mois dès le départ si ces experts nous avaient aiguillé un minimum. Là, on a déjà dépensé au-dessus de 2000 $ en médicaments, puis on vient nous dire qu’il faudra en acheter d’autres.

Éric Dussault, directeur général de Sauvetage Animal Rescue

Les membres du regroupement disent avoir cumulé plus de 150 heures de bénévolat. « Nous trouvons que ce processus bureaucratique est excessivement lourd », déplorent-ils, en parlant du refus du comité d’éthique d’émettre un certificat, qui est essentiel à la délivrance d’un permis par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Une deuxième demande sera envoyée au Comité de l’Université de Montréal, après avoir apporté certaines modifications demandées, promet l’organisme, qui précise néanmoins qu’il aurait été « beaucoup plus productif » d’asseoir toutes les instances « dès le début pour trouver une alternative ».

La mairesse reste prudente

De son côté, la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, est restée prudente lorsqu’appelée à réagir jeudi. « Je ne prendrai jamais la place des experts ou des scientifiques. Ce n’est pas notre rôle à titre d’élu et je ne prétendrai jamais le contraire », a-t-elle expliqué dans une déclaration. « Ce dossier est piloté par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs et Sauvetage Animal Rescue. La Ville offre son soutien à titre de propriétaire du parc et elle s’en remet aux directives du ministère », a rajouté l’élue.