(Québec) Le bilan routier s’améliore pour tous les usagers de la route, sauf pour les piétons. Une situation que déplore Piétons Québec, qui demande une « réflexion collective » pour mieux protéger les plus vulnérables des usagers de la route.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

« Il faut se poser des questions, il faut trouver des solutions. On ne peut pas se satisfaire d’un bilan routier qui est bon pour tout le monde, sauf pour les piétons », dénonce Jeanne Robin, porte-parole de Piétons Québec.

Le bilan routier 2019 au Québec, dévoilé vendredi, confirme la tendance : les routes sont de plus en plus sécuritaires. Les 333 morts enregistrés représentent une deuxième baisse consécutive.

Mais contrairement aux autres usagers de la route — automobilistes, motocyclistes et cyclistes —, la situation des piétons ne s’améliore pas. Avec 71 morts, soit un décès de plus qu’en 2018, elle stagne.

Résultat, les piétons représentent une proportion de plus en plus importante des morts sur les routes : 13,7 % du total des décès routiers en 2009, contre 21 % en 2019.

Les experts cherchent à comprendre ce phénomène. Le Québec n’est d’ailleurs pas unique. Des constats similaires sont faits ailleurs en Amérique du Nord.

Plus gros, plus dangereux

Trois facteurs principaux sont en cause, selon Marie-Soleil Cloutier, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Le parc automobile est en progression, la taille et le poids des véhicules augmentent et la population vieillit.

« On sait que le parc automobile augmente. Plus le nombre de voitures augmente, plus le risque augmente qu’elles entrent en collision avec une autre voiture, un piéton ou un cycliste », explique-t-elle.

« L’exposition, c’est la base de la sécurité routière. On le voit d’ailleurs en ce moment avec le confinement, dit-elle. Dans le dernier mois, les collisions, tous usagers confondus, ont diminué d’environ 75 %. »

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Quant au vieillissement de la population, il se constate dans les statistiques. Au Québec, les aînés de plus de 65 ans représentent seulement 18 % de la population, mais la moitié des piétons tués chaque année.

La question de la taille des véhicules intéresse de plus en plus les chercheurs, note Marie-Soleil Cloutier.

« Aux États-Unis, depuis un an, on parle beaucoup du rôle des VUS. Ce n’est pas seulement que le parc automobile augmente, c’est aussi que la taille et le poids des véhicules augmentent, indique-t-elle. Ça fait une différence entre les blessés légers, graves et mortels. »

Pour de meilleures données

Mais le rôle exact que jouent les VUS dans la mort de piétons est encore très flou. La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) ne donne aucun détail sur la question dans son bilan routier d’à peine 14 pages dévoilé vendredi. Une version complète n’est pas encore offerte, a précisé lundi un porte-parole.

« Ça nous prend des études plus pointues [sur] l’exposition des piétons, les VUS et le vieillissement de la population », croit Mme Cloutier.

Les piétons ont toutefois droit à au moins une bonne nouvelle dans ce bilan routier : le nombre d’entre eux qui sont blessés gravement a fondu de 18 % en 2019. Mais il ne s’agit pas pour l’instant d’une tendance. Ce nombre avait augmenté faiblement en 2017 et en 2018.