Les images aussi spectaculaires qu’inusitées de centres-villes déserts à travers le monde ont fait le tour des réseaux sociaux. Ce calme plat et l’absence de témoins sur les artères commerciales ont toutefois eu l’effet indésirable de faire sortir les brigands de leur confinement.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

En date du 24 avril, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) avait déjà mesuré une hausse de 50 % des introductions par effraction et des vols dans les commerces, par rapport à la même date l’an dernier. On rapportait 48 dossiers contre 32 en 2019.

Le président du Regroupement des sociétés de développement commercial (SDC) du Québec, Jean-Pierre Bédard, qui est aussi directeur général de la SDC Montcalm à Québec, confirme le phénomène.

« On a été informé de méfaits sur nos artères commerciales et rapidement on a fait une demande d’intervention pour augmenter la présence des patrouilles », indique-t-il en précisant que le secteur du Vieux-Québec semblait être particulièrement prisé par les cambrioleurs.

Des cafés, dépanneurs, bijouteries et autres commerces divers auraient été ciblés. Il semble toutefois que la présence policière a eu l’effet dissuasif escompté selon M. Bédard qui se réjouit d’avoir pu limiter les dégâts.

« Nos commerces sont déjà en grande difficulté à cause de la pandémie, on n’a surtout pas besoin de ça en plus », dénonce-t-il en ajoutant que des vitrines ont aussi été fracassées par des vandales.

Montréal n’y échappe pas

Si le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’était pas encore en mesure de fournir des données précises sur les crimes rapportés en avril, plusieurs SDC de la métropole témoignent que les malfaiteurs ne sont pas tous en confinement.

Dans le secteur du Vieux-Rosemont, un cambriolage au restaurant-bar Les Dés Branchés a sonné l’alerte à la SDC Promenade Masson, qui a embauché son propre service de patrouille privée.

« On a 90 commerces fermés sur un total de 140, alors on s’est dit qu’il fallait mettre en place un dispositif de sécurité pour éviter ces évènements », explique le directeur général de la SDC Kheir Djaghri.

Depuis le 3 avril, une voiture de patrouille privée circule dans les affluents de la promenade Masson, du soir au matin, avec l’accord du SPVM. Aucun autre vol n’a été recensé, mais deux tentatives d’introduction par effraction ont été rapportées.

Au moins sept méfaits sur des commerces ont aussi été commis dans le quartier Saint-Henri. On parle de cas de vitrines fracassées et de portes vandalisées.

Pour venir en aide à ses membres, la SDC Les Quartiers du Canal dispose d’un fonds de soutien qui offre une aide financière pour nettoyer et sécuriser les lieux, puis remplacer les vitres brisées.

À l’Association des SDC de Montréal, le président Billy Walsh soutient ne pas avoir été informé d’une hausse flagrante des vols, mais plutôt des méfaits. Les graffiteurs s’en donneraient à cœur joie dans plusieurs arrondissements montréalais.

« Les rues sont moins passantes, alors c’est plus propice pour que les commerces fassent l’objet de méfaits », déduit-il.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

À la SDC Destination centre-ville, qui couvre notamment le Quartier des spectacles et le Quartier international, on dit ne pas avoir été informé d’incidents sur des commerces, mais des consignes ont été transmises de « ne rien laisser de valeur à la vue et à l’intérieur du magasin, laisser les tiroirs-caisses ouverts et vides pour dissuader de potentiels voleurs ».

Nombreuses arrestations à Ottawa

Dès le début de la crise sanitaire et des mesures de confinement, le Service de police d’Ottawa (SPO) a remarqué une forte tendance à la hausse concernant les introductions par effraction et les vols dans des commerces.

Dans un communiqué publié le 9 avril, on rapportait déjà une hausse de 70 % du nombre d’introductions par effraction au cours du mois précédent, incluant résidences et commerces.

De nombreuses arrestations ont eu lieu depuis, dont une au cours du week-end dernier pour deux introductions par effraction et cambriolages remontant au 8 avril dernier dans des commerces du centre-ville de la capitale fédérale.

Des avis ont été répétés à plusieurs reprises par les autorités afin de sensibiliser les commerçants à ne pas laisser d’argent sur place. La même consigne a été faite aux citoyens de verrouiller les portes de leur véhicule et de n’y laisser aucun objet de valeur.

Selon l’agent Martin Dompierre, porte-parole du SPO, une forte population en situation d’itinérance au centre-ville est aux prises avec des problèmes de toxicomanie.

« Ce n’est pas à cause de la COVID-19 qu’ils ont arrêté de consommer, souligne-t-il. Et pour consommer, il faut de l’argent. »