La semaine dernière, j’ai fait une chronique polarisante, une chronique qui divise (1). J’ai écrit que je n’avais pas peur du coronavirus COVID-19.

Patrick Lagacé Patrick Lagacé
La Presse

Pour la moyenne des ours, disais-je donc, rien ne justifie la panique. Ceux qui en meurent sont généralement les vieux, et plus précisément les vieux déjà malades.

Vous avez adoré cette chronique : « Enfin quelqu’un qui ne tombe pas dans la paranoïa ! »

Et vous avez détesté cette chronique : « Ben voyons, c’est donc bien irresponsable de dire ça ! Vous banalisez la mort des personnes âgées ! »

Une minorité de ce dernier contingent a lu ce que je n’ai pas écrit, c’est-à-dire que je souhaitais la mort de personnes âgées.

Je me suis relu, interloqué, coudonc, ai-je bousillé un choix d’adjectif qui aurait pu laisser entendre que…

J’ai vérifié : ce n’est pourtant pas ce que j’ai écrit ni insinué. Ni de près ni de loin. J’ai suggéré à ceux-là d’aller lire Richard Martineau, qui n’a pas son pareil pour grimper dans les rideaux à propos de maux et de mots imaginaires : ces lecteurs seraient pour ainsi dire en territoire familier chez Richard (2).

Mais trêve de plaisanteries, il y a quand même un bout que je voudrais réécrire dans cette chronique sur le coronavirus, si cette chronique avait un bouton « modifier » comme sur Facebook : le bout sur le lavage de mains. Vous avez cru que je ne me lavais pas trop les mains parce que j’ai écrit ceci : « … je ne me laverai pas les mains plus que d’ordinaire… »

Je ne vous en veux pas d’avoir sauté à la conclusion que je ne me lavais pas trop, trop les mains.

Je relis ce bout-là et je concède volontiers que c’était écrit avec trop de désinvolture. Ça donne l’impression d’un gars qui ne se lave pas les mains souvent.

Ce qui est totalement faux.

C’est avec un peu de coquetterie que je vous fais la confession que je suis très propre de ma personne, c’est quelque chose comme une fierté personnelle : je me lave les mains comme les joueurs de curling balaient la glace, c’est-à-dire avec une frénésie un peu ridicule. Je suggère d’ailleurs le savon à vaisselle (pour se laver les mains, pas pour jouer au curling).

***

Autre sujet d’inquiétude, une semaine plus tard : le fameux « marché » a planté, celui qui ne se lave jamais les mains parce qu’il n’en a qu’une et qu’elle est de toute façon invisible (3). Le marché boursier s’est fait une bursite, on a dû en interrompre le cours en certains endroits. C’est de mauvaise pour plein de choses. On parle d’une toux historique pour la Bourse atteinte de coronanxiété (4).

Je sais que l’idée de la décroissance est à la mode chez ceux qui nous disent que la croissance économique à tout prix tue la planète à petit feu, mais je sais aussi que ceux qui vont souffrir d’une récession seront d’abord et avant tout les plus vulnérables. C’est toujours eux qui casquent, canaris dans la mine de l’Économie.

Il y a une semaine, j’ai écrit qu’une des grandes craintes des spécialistes d’ici et d’ailleurs était un encombrement du réseau de la santé en cas de propagation du coronavirus. Si nous étions frappés comme en Italie, les soignants le seraient aussi. Et les hôpitaux seraient surchargés. Qui doit être soigné en premier, quand on manque de respirateurs artificiels (5) dans les hôpitaux ?

Les médecins italiens se posent la question, à la seconde où vous lisez ces lignes.

Cette question-là me fait plus peur qu’il y a une semaine…

Ce qui n’a pas changé depuis une semaine, dans ce pays, c’est quand même l’impression que des adultes sont responsables à Québec et à Ottawa. Notre système de santé est imparfait, mais dans la réponse à ce fléau de coronavirus, un système de santé universel qui soigne tout le monde sans égard au compte de banque est un atout, pas un défaut. Les États-Unis découvrent ce détail avec une certaine stupeur (6), eux dont le président agit par ailleurs encore plus bizarrement qu’ordinaire en ces temps de coronavirus (7).

Alors, une semaine plus tard, oui, j’avoue publiquement que j’ai un peu plus peur du coronavirus.

C’est un peu, beaucoup la faute de l’Italie, remarquez, l’Italie qui s’est mise en auto-quarantaine, l’Italie où les grands rassemblements publics sont interdits depuis ce mardi matin : pas de matchs sportifs, pas de bars, pas de spectacles, pas de mariages, pas de funérailles, pas d’école : le gouvernement demande aux gens de rester chez eux pour endiguer la progression du coronavirus.

Il y a des films de science-fiction pré-fin du monde qui commencent comme ça.

J’ai fait congeler de la viande, juste au cas.

1. Lisez la chronique « Je n'ai pas peur du coronavirus »

2. Prévision météo : 12 statuts Facebook, 4 tweets et 6 chroniques seront probablement écrits par Richard en réaction à ce paragraphe.

3. Lisez « La philosophie de la main invisible »

4. Lisez « Quand la « coronanxiété » progresse plus vite que le virus »

5. Lisez « L'Italie met un quart de ses habitants en quarantaine »

6. Lisez « Fragile safety net leaves U.S. economy vulnerable

7. Lisez « Trump tweets a meme of himself fiddling »