Aujourd’hui est une journée spéciale. On dit souvent ça, mais c’est rarement aussi vrai que le 29 février. Une journée qui n’arrive que tous les quatre ans.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

L’espérance de vie, pour un homme, au Québec, est de 80 ans. Ça veut dire que l’homme québécois ne connaît qu’une vingtaine de 29 février au cours de son existence. La femme québécoise, elle, peut espérer vivre jusqu’à 84 ans. Elle connaît donc un 29 février de plus que lui. Une journée sans homme, ça doit lui faire du bien.

Pourquoi le 29 février ? Parce qu’une année correspond à la durée que prend la Terre pour compléter sa rotation autour du Soleil. Soit exactement 365,25 jours. C’est embêtant, une fraction. Imaginez si chaque année comportait le nombre de jours précis. Le décompte du Bye Bye n’aurait pas lieu à minuit, mais à 6 h du matin. Et l’année suivante, comme l’année précédente aurait commencé à 6 h du matin, se terminerait à 16 h. Vous me suivez ? Non. C’est pour ça qu’on a inventé l’année bissextile. On se fout de la fraction. Une année comporte 365 jours. Et tous les quatre ans, on additionne les 0,25 pour créer une journée de plus : le 29 février.

On peut, bien sûr, discuter du choix de cette journée. 

Tant qu’à ajouter une journée de plus à l’année, pourquoi avoir ajouté une journée d’hiver ? Une journée de neige, de glace, de verglas et de sloche. Pourquoi pas le 32 juillet ? Une journée de plus de soleil, de chaleur et de piscine.

La logique, cependant, aurait été de créer un 32 décembre. On reçoit son bonus à la fin de l’année, pas au début. C’est un peu ce que Jules César a fait. Quand il s’est rendu compte que son calendrier prenait du retard, il a décidé d’ajouter une journée, tous les quatre ans, en février. Parce que justement, à l’époque, février était le dernier mois de l’année. Mais comme le grand Jules était superstitieux, il n’a pas voulu ajouter une journée à la fin de février. Les dieux devant déjà avoir réservé leurs vacances. Il a préféré instituer deux 24 février. Oui, dans le temps de César, vous viviez un 24 février et le lendemain, c’était encore le 24 février. C’est comme l’Halloween au Québec.

Le mot bissextile est issu de cette pratique. Bissextile est formé de deux termes latins, bis et sextus. Bis signifie deux fois. Sextus signifie sixième. Donc deux fois le sixième jour. Le 24 février correspondait au sixième jour avant les calendes de mars. Bissextile égale deux fois le 24 février. Sauf que maintenant, c’est une fois le 29 février. Je sais, ce n’est pas évident. Les gens responsables des calendriers sont les mêmes qui ont inventé le système de paye Phénix.

Bien qu’il existe un 29 février tous les quatre ans, il demeure quand même un certain décalage entre l’année civile et l’année astronomique. La rotation de la Terre autour du Soleil n’est pas exactement de 365,25 jours comme je l’ai écrit plus haut. Il ne faut pas croire tout ce qu’on lit. Elle est précisément de 365,2422 jours. Ce qui engendre une erreur de 112 minutes. Voilà pourquoi, sur une période de 100 ans, il n’y a pas 25 années bissextiles, mais 24. Pour compenser l’erreur de 112 minutes que l’on fait tous les quatre ans. Je sais, on vit 80 ans, alors ce qui se passe tous les 100 ans, ça ne nous perturbe pas beaucoup.

Ce qu’il y a de bien avec les humains, c’est qu’on n’a pas besoin de comprendre tout ça pour accepter la convention. Si, sur notre téléphone, c’est écrit qu’on est le 29 février, on est le 29 février. Point.

Que ce soit la faute de Jules César ou de Justin Trudeau, on s’en balance. On est dociles. Les seuls à rouspéter un peu sont ceux qui font le défi du mois de février sans vin. Une journée de plus avant de déboucher un grand cru.

Si le 29 février est une journée exceptionnelle, c’est seulement parce qu’il revient tous les quatre ans, parce que dans la grande histoire, il ne s’est rien passé d’exceptionnel. L’homme n’a pas marché sur la Lune un 29 février. Christophe Colomb n’a pas découvert l’Amérique un 29 février. Victor Mete n’a pas compté un but le 29 février. Il y a bien eu quelques remises d’Oscars, le début de la campagne de Birmanie en 1944, un énorme tremblement de terre au Maroc, en 1960, et la retraite de Trudeau, le père, pas le fils, en 1984. C’est tout. Comme si l’humanité s’était dit : « Tant qu’à devoir subir une journée de plus, on va en faire le moins possible. Une année de 365 jours, c’est déjà assez long, on ne se fatiguera pas avec la 366e. »

En plus, cette année, le 29 février tombe un samedi, la journée idéale pour ne rien faire. C’est ce que je vous encourage à faire. Rien. Et tant qu’à ne rien faire, restez donc chez vous. Tout le monde. Ne sortez surtout pas. Une quarantaine de 24 heures, ça ne peut pas nuire, avec le coronavirus aux alentours.

Bon 29 février !