Près de trois mois après la mort de Joyce Echaquan à Joliette, qui a suscité une onde de choc partout au pays, son mari signe ce samedi un vibrant témoignage dans lequel il remercie la population pour la vague de solidarité que sa famille a reçue dans les dernières semaines. Il appelle la société à bâtir davantage de ponts entre les communautés culturelles.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Nous devons apprendre à vivre côte à côte et à accueillir les différences comme une richesse collective. Notre famille est atikamekw et fière de l’être. Notre histoire, notre culture et notre langue sont des joyaux qui devraient être embrassés par nous tous qui vivons ensemble au Québec. Au-delà de la politique et des paroles, c’est à chacun d’entre nous de mettre de côté nos divergences », écrit Carol Dubé, dans sa lettre publiée dans la section Débats de La Presse.

Mère de sept enfants, Joyce Echaquan est morte le 28 septembre dans des circonstances troublantes à l’hôpital de Joliette. Avant son décès, elle s’était filmée de sa civière. Vers la fin de la vidéo d’environ sept minutes, on peut entendre des membres du personnel hospitalier proférer des injures racistes à son endroit.

Si les traumatismes du passé « sont nombreux et ont laissé des traces indélébiles dans nos communautés », M. Dubé soutient que le dialogue est encore possible. « Nous avons en nous la capacité d’aimer, de pardonner, d’être généreux, accueillants et surtout résilients », avance-t-il.

Nous ne devons jamais céder à la colère. Mon épouse Joyce était une femme avec beaucoup d’amour à donner. […] Son cœur de maman n’aurait jamais voulu que je me laisse envahir par la colère ou par la haine.

Carol Dubé, mari de Joyce Echaquan

Dans son texte, M. Dubé exprime sa gratitude envers ceux et celles qui ont soutenu sa famille. « Je ne compte plus les témoignages que nous avons reçus, non seulement des gens de Manawan, mais également en provenance de partout au Québec et au Canada », lance-t-il, se disant « touché » par les initiatives d’artistes et d’artisans de toutes les origines, ainsi que par les lettres et les dessins faits par des enfants.

« Je me console en me disant qu’elle a laissé un peu d’elle dans chacun de vos cœurs et que peut-être, grâce à elle, des gens vont prendre conscience de certains problèmes et que son décès fera vivre quelque chose de plus grand qu’elle », conclut M. Dubé, en parlant de sa défunte épouse.

Quel avenir pour le « Principe de Joyce » ?

Le 16 novembre, le Conseil de la nation atikamekw de Manawan et le Conseil de la nation atikamekw ont remis un mémoire intitulé le « Principe de Joyce » au gouvernement Legault. On y recommande la création d’un « bureau d’ombudsman à la santé des Autochtones » ainsi qu’une phase de formation obligatoire « à tous les niveaux » pour assurer aux Premières Nations un accès équitable et « sans discrimination » aux services de santé.

Les auteurs pressent Québec de reconnaître le racisme systémique envers les peuples autochtones, ce que le gouvernement a refusé de faire. Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a déclaré que le gouvernement était prêt à adopter les mesures proposées dans le mémoire, mais que l’opposition du gouvernement au racisme systémique n’était pas une surprise.

« Nous sommes d’accord pour ne pas être d’accord sur l’approche systémique, nous et les Premières Nations, a dit M. Lafrenière. Ils peuvent être déçus, mais ils ne peuvent pas être surpris. »

> Lisez la lettre de Carol Dubé publiée dans nos pages