(Québec) En mars dernier, le gouvernement Legault s’était engagé à verser 120 millions d’ici cinq ans au réseau des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence, dont 24 millions à court terme, pour répondre aux besoins urgents. Mais les maisons n’ont toujours pas vu le moindre sou des sommes promises.

Jocelyne Richer
La Presse Canadienne

De plus, il est acquis que ces sommes serviront tout juste à garder le réseau à flot, ne permettant de créer aucune nouvelle place ni d’ouvrir aucune nouvelle maison, et laissant les listes d’attente s’allonger toujours plus.

Jeudi, en Chambre, le premier ministre François Legault a paru mal à l’aise quand il a été interpellé par la cheffe parlementaire de Québec solidaire, Manon Massé, qui cherchait à savoir pourquoi les sommes promises en mars n’avaient toujours pas été versées.

« Pour ce qui est de moi, là, ça devrait être déjà fait », a admis le premier ministre, avouant ne pas être au courant du dossier, et tout en reconnaissant que les 24 millions étaient attendus « rapidement ».

Chaque année, faute de place, les maisons d’hébergement doivent refuser entre 10 000 et 15 000 demandes de femmes violentées à la recherche d’un refuge temporaire.

En entrevue téléphonique, la présidente de la Fédération des maisons d’hébergement, Manon Monastasse, a expliqué que le processus de négociation du cadre financier arriverait bientôt à son terme, après des mois de discussions avec le gouvernement, tant pour les maisons d’urgence que celles dites de seconde étape, qui offrent de plus longs séjours d’un à deux ans.

« En janvier ou février », soit près d’un an après l’annonce du 10 mars, la fédération s’attend à recevoir enfin les chèques tant attendus et à pouvoir les distribuer aux maisons, espère Mme Monastasse.

Non seulement le gouvernement tarde à remplir ses promesses, mais il résiste à revoir à la hausse le financement récurrent du réseau de 36 maisons, une demande maintes fois formulée, en vue de mieux répondre aux besoins, sans cesse croissants, déplore-t-elle.

« Les besoins sont très criants » et avec l’argent promis en mars « on ne pourra pas développer nos services », dit-elle, en rappelant que les maisons fonctionnent toujours « à pleine capacité ».

« Ça presse, parce que c’est vraiment une crise » que le réseau vit présentement, obligé de « refuser des femmes par manque de places ». Elle ajoute : « dans un secteur comme le nôtre, c’est absolument inacceptable ».

On estime que 50 millions seraient nécessaires pour ouvrir des maisons et ainsi mieux répondre à la demande dans toutes les régions du Québec, certaines étant très mal desservies.

C’est sans compter les besoins particuliers de certaines, qu’on pense aux femmes handicapées ou immigrantes.

« On a un besoin majeur de développement », observe-t-elle.