(Québec) La désorganisation des services d’aide de l’État nuit à l’intégration de jeunes handicapés au marché du travail, dénonce le Commissaire au développement durable, Paul Lanoie.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Dans un rapport déposé à l’Assemblée nationale mercredi, il jette le blâme sur les ministères de la Santé, de l’Éducation, de l’Emploi et sur l’Office des personnes handicapées. Leur « leadership […] est insuffisant pour assurer la coordination des services nécessaires à l’intégration en emploi des jeunes personnes handicapées, ce qui compromet la progression de certains jeunes vers le marché de l’emploi », soutient-il.

Selon lui, « le continuum des services présente des lacunes importantes », alors que « la transition entre l’école et la vie active est peu planifiée ». Les ministères ne font pas de suivi à la fin des études.

L’accessibilité des services d’aide varie beaucoup d’une région à l’autre, ce qui soulève un problème d’équité. Des services ne sont pas même accessibles dans certaines régions.

« Les services ne sont pas clairement définis et rarement évalués ou révisés pour s’assurer qu’ils répondent aux besoins », ajoute M. Lanoie.

Les trois ministères « n’ont pas le portrait de ce qui se passe sur le terrain, ce qui les empêche d’organiser leurs services adéquatement ». Leurs stratégies pour intégrer et maintenir en emploi les jeunes handicapés « ne s’accompagnent pas de la mise en œuvre de mesures efficaces et efficientes ». Des mesures sont « trop timides pour obtenir de réelles améliorations » et il y a peu d’indicateurs pour évaluer leur efficacité. Les activités de sensibilisation et d’information réalisées auprès des employeurs sur le potentiel de ces jeunes ont une efficacité « limitée » selon lui.

Non seulement il y a peu d’incitatifs financiers pour les jeunes handicapés à effectuer un travail rémunéré, le programme d’aide sociale et certains avantages fiscaux peuvent les « décourager d’intégrer le marché de l’emploi ». Le chèque d’aide sociale est réduit dès qu’une personne gagne plus de 200 $ par mois. « En conséquence, le revenu additionnel dont profite une personne handicapée qui travaille au salaire minimum est peu significatif lorsqu’elle travaille entre 4 et 25 heures par semaine », explique le commissaire. Il précise que les incitatifs à l’emploi sont plus intéressants dans d’autres provinces.

« Les budgets sont limités pour des mesures d’intégration en emploi alors que leur coût est moins élevé que le versement de la prestation » d’aide sociale, ajoute-t-il.

En juillet 2019, 1149 jeunes étaient sur une liste pour obtenir un service du ministère de la Santé ou d’organismes communautaires. Pour certains services, le délai est de 17 mois en moyenne (26 mois à Montréal).

En 2018-2019, il y avait près de 50 000 élèves handicapés dans les écoles du Québec, dont 20 000 au secondaire. La transition vers le marché de l’emploi à la fin de leurs études est un enjeu important, rappelle le commissaire.

Selon une enquête canadienne réalisée en 2017, plus des trois quarts des Canadiens âgés de 15 à 24 ans ayant déclaré une incapacité, qui ne fréquentaient pas l’école et n’avaient pas d’emploi, étaient pourtant des travailleurs potentiels, relève Paul Lanoie.