Une petite foule est sortie tôt mercredi matin de l’Hôtel Place Dupuis au centre-ville de Montréal, où un nouveau refuge pour sans-abri a accueilli presque 200 usagers au cours de sa première soirée.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

« Ça fait deux semaines que je dors dehors. C’était deux semaines d’enfer », raconte Steve. Hier, c’était son anniversaire. Pour cadeau, il a dormi dans un lit. « Ça fait tellement du bien, je suis tombé comme une roche dans mon lit ! », rigole Steve derrière son masque.

L’homme au rire contagieux s’est retrouvé sans logement pour la première fois cet été. C’est un monde nouveau pour lui. « Je suis impressionné, pareil. C’est un vrai hôtel, pas juste un refuge », ajoute-t-il.

Juste à côté, Marie est une habituée des refuges. Lors de la première vague de la pandémie, elle était hébergée au YMCA Centre-ville. La nuit dernière, elle s’est tournée vers l’Hôtel Place Dupuis.

« C’est très propre. On a une salle de bain, tout le monde porte un masque », décrit Marie, entre deux gorgées de café. Elle raconte que chaque chambre est occupée par deux usagers et que la distanciation sociale est respectée. Les femmes et les hommes sont séparés, sauf les couples.

« On a vraiment misé sur la santé et la sécurité de tout le monde », affirme Sam Watts, président-directeur général de Mission Bon Accueil, qui chapeaute le projet. À l’entrée, les usagers doivent se laver les mains et prendre leur température. Des agents de sécurité patrouillent à chaque étage pendant toute la nuit.

« C’est tranquille et on se sent en sécurité », poursuit Marie.

Trouver un plan B

À quelques mètres de l’entrée de l’hôtel, Raymond sort de sa tente pour fumer une cigarette. « J’aurais aimé dormir au refuge, mais la file était beaucoup trop longue. Je savais que j’allais pas pouvoir rentrer », explique-t-il.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LAPRESSE

Raymond trouvait que la file d’attente pour rentrer dans le refuge était trop longue. Il a préféré rester à son campement derrière l’ancien terminus d’autobus.

Pour sa première soirée, le refuge a accueilli 180 personnes. D’ici les prochains jours, il devrait atteindre sa pleine capacité de 380 personnes.

« Pour l’instant, je pense que ce qu’on a mis en place est suffisant. Mais où est-ce qu’on va être rendu en janvier ? On ne sait pas, alors il faut avoir un plan B et un plan C », soutient Sam Watts, qui se dit toutefois très satisfait de l’ouverture du refuge.

Du côté du Centre intégré universitaire de santé de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, on qualifie cette première soirée de belle réussite. « Plus de 180 personnes, c’est un beau succès. On est très content », indique Jean Nicolas Aubé, conseiller-cadre aux relations médias du CIUSSS.

À l’approche de l’hiver, l’ouverture d’un refuge pour sans-abri à l’Hôtel Place Dupuis fait partie d’une série de mesures annoncées par le gouvernement provincial jeudi dernier pour lutter contre l’itinérance. « L’hôtel à lui seul ne va pas combler toute la demande, mais il fait partie de toute une stratégie », explique M. Aubé.

Au total, 700 nouvelles places pour les personnes en situation d’itinérance seront créées cet hiver à Montréal.

En septembre dernier, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait estimé le nombre de sans-abri dans la métropole à 6000 personnes, soit le double depuis le début de la pandémie.