La décision de maintenir l’Halloween est pour moi la goutte qui fait déborder le vase. On a beau me répéter qu’il y aura des règles à respecter, que les activités extérieures sont moins dangereuses et qu’il faudra faire preuve d’ingéniosité pour catapulter les bonbons aux enfants, je n’en reviens pas que nous en soyons là.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Le Québec continue d’avoir des résultats humiliants et insondables par rapport au reste du pays, et on donne le feu vert à cette fête qui favorise les contacts et les rapprochements.

Le Québec est maintenant à 90 000 cas et 6000 morts. Cela représente 62 % des décès et 46 % des cas de l’ensemble du pays. Quand Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, a annoncé le nombre de nouveaux cas vendredi, il a dit qu’on « restait dans nos moyennes ».

Nos moyennes…

Je ne dis pas que ces mauvais résultats sont uniquement imputables à l’insouciance d’une part de la population. Je dis que ces chiffres ne nous permettent pas de nous offrir le luxe de l’Halloween.

Peut-être qu’il n’y aura pas de séquelles à la fête du 31 octobre. Mais il y aura des effets sournois, ceux que l’on connaît depuis le début de la pandémie. Cette liberté, comme toutes les autres que nous nous sommes offertes ces derniers mois, va devenir un alibi pour autre chose.

Je peux bien aller visiter ma mère, on passe l’Halloween ! Je peux bien me faire un bon souper avec ma chum de fille, on passe l’Halloween ! Je peux bien recevoir un couple d’amis en cachette au chalet, on passe l’Halloween !

C’est malheureux, mais après sept mois de pandémie, je ne nous fais plus confiance.

Le gouvernement demande que l’Halloween soit vécue en cellule familiale cette année. Avant que le fantôme n’ait chanté trois fois, on verra des amis et des voisins se rassembler pour cette tradition purement commerciale.

Qu’on cesse de chercher les causes de nos mauvais chiffres. L’une des raisons se trouve dans la mollesse et la confusion des règles sanitaires que tout un chacun gère et étire à sa façon.

Oui, après sept mois, j’en ai ras la citrouille !

***

Pendant qu’Horacio Arruda se tape le dos de la main pour aplatir la courbe, le premier ministre y va de mesures bonbon dans le but de gagner un concours de popularité auprès de ses concitoyens.

Que craint-on avec l’annulation de l’Halloween ? Un choc traumatique chez les enfants du Québec ? La peur qu’ils soient marqués à tout jamais comme les adolescents que des pédiatres ont qualifiés de « génération sacrifiée » il y a quelques jours ?

Ben voyons donc !

En passant, si les adolescents ne peuvent pas se dégourdir les jambes à l’école, qu’ils aillent courir ou faire des redressements assis dans le parc à côté de chez eux, ce que les personnes vivant dans les CHSLD ne peuvent pas faire.

Nous vivons une pandémie. Peut-on se ressaisir et marcher tout le monde ensemble dans la même direction ?

Le premier ministre annonce que l’Halloween pourra être célébrée, mais dit dans la foulée que les règles sanitaires générales risquent d’être prolongées après le 28 octobre.

Simonac ! On fait du sur place pas à peu près.

Le relâchement des derniers mois n’a pas marché. On le voit bien. J’ai fait partie de ceux qui y ont cru. J’ai même fait une chronique pour défendre l’ouverture des bars. Je le regrette.

Je ne suis pas irréprochable. J’ai rapidement réalisé que la règle des deux mètres de distance lors de réunions avec des amis ou des parents est parfois difficile à respecter. Je ne cours plus après ces réunions.

Je fais maintenant partie de ceux qui pensent qu’on doit créer des règles archi strictes et que l’on doit mettre en place des mécanismes pour les faire respecter. On nous a dit vendredi que le resserrement des dernières semaines portait ses fruits. Je ne suis pas encore convaincu.

***

Plusieurs municipalités québécoises ont pris la décision d’annuler l’Halloween. Saint-Charles-Borromée, Amos et Rouyn-Noranda en font partie. Bravo !

Ailleurs au pays, l’Agence de la santé publique du Canada a donné le feu vert au porte-à-porte, à condition de respecter les mesures sanitaires. Les villes d’Ottawa et Casselman ont toutefois décidé de ne pas permettre cette pratique. Bravo !

La mairesse Valérie Plante s’est rendue très impopulaire l’an dernier en déplaçant d’une journée la cueillette de bonbons. Osera-t-elle interdire cette fête cette année ?

Noël s’en vient à grands pas. On peut déjà prévoir le scénario que dévoilera François Legault : de petites réunions avec des groupes restreints. Les familles vont devoir se diviser et se retrouver la veille, le matin, le midi ou le soir de Noël.

Mais je vous parie une bacaisse dans l’fond d’la boîte à bois qu’il va y avoir des parentés tout entières pour le réveillon.

Tout le monde en place pour un set carré ! Ça va nous permettre de tourner en rond !