Québec n’entend pas approuver la demande des élus du Haut-Richelieu qui souhaitent depuis plusieurs mois obtenir un décret pour dézoner 187 hectares de terre agricole, à Saint-Jean-sur-Richelieu dans le secteur Saint-Luc, afin d’y installer des entreprises et créer un parc industriel.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Il n’est pas dans les intentions du gouvernement de procéder avec un décret pour permettre la réalisation de ce projet-là », a confirmé le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, en marge d’une séance de l’étude des crédits budgétaires à l’Assemblée nationale jeudi.

L’élu répondait ainsi à une question de la députée indépendante de Marie-Victorin, Catherine Fournier, qui s’est dite « extrêmement inquiète » par cette affaire. « Les gens là-bas sont préoccupés. Ils veulent préserver nos terres agricoles pour les générations futures », a-t-elle laissé entendre, appelant le ministre à clarifier sa position jugée « floue ».

« Non seulement mes commentaires étaient flous, mais ils étaient inexistants », lui a ensuite rétorqué M. Lamontagne, soutenant que le nombre de demandes qui sont faites au gouvernement à chaque semaine par différentes instances pour dézoner des terrains sont très nombreuses. « C’est tout à fait courant », a dit le ministre.

Sur Facebook, Mme Fournier a vivement applaudi la nouvelle, affirmant qu’il s’agit « d’un gain pour tous les projets futurs en ce genre au Québec ». « La porte du dézonage par décret est manifestement fermée et c’est tant mieux. Restons vigilants », a-t-elle écrit.

Nos terres agricoles ne doivent plus être sacrifiées au nom du développement. Elles constituent un trésor national. […] Il en va de notre autonomie alimentaire.

Catherine Fournier, députée de Marie-Victorin

Cinq ans d’historique

D’une superficie équivalant à quelque 260 terrains de soccer, le champ en question suscite la convoitise des autorités municipales depuis 2015. La Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) avait rejeté pour une première fois la demande de dézonage en 2017. Peu après, la Ville avait contesté la décision devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ), mais elle avait été déboutée en 2019.

Convaincus de la nécessité d’aller de l’avant, les élus de la municipalité régionale de comté (MRC) ont ensuite adopté, le 30 juin, une résolution sollicitant l’aide du gouvernement, afin d’adopter « par décret » l’exclusion du lot 3 641 582 de la « zone agricole permanente ».

Plusieurs personnes, dont Anaïs Bruno du Regroupement citoyen pour la protection des terres agricoles du secteur Saint-Luc, avaient alors appelé à la prudence. « C’est un projet qui est illogique. On ne comprend pas l’acharnement sur ce projet alors que le besoin n’est pas là », avait-elle expliqué à La Presse.

Le préfet de la MRC du Haut-Richelieu, Réal Ryan, lui n’est pas du tout de cet avis. Selon lui, le dézonage de la terre agricole est nécessaire à « la survie de la ville de Saint-Jean ». « S’il n’y a pas une entrée d’argent de quelque façon, la Ville de Saint-Jean, dans peu de temps, va être au pied du gouffre », a-t-il déclaré. Devant un refus de Québec d’aller de l’avant, la Ville n’aurait pas le choix que d’augmenter les taxes des citoyens, avait insisté le préfet, en assurant qu’il ne s’agit pas de chantage.

– avec Jean-Thomas Léveillé, La Presse