Allonde Junior Georges, Québécois d’origine haïtienne, a eu une bien mauvaise surprise à la fin de son quart de travail en juin dernier : un nœud coulant suspendu bien en évidence à son poste de travail. Un acte haineux qu’il souhaite dénoncer, « car il ne faut pas souffrir du racisme en silence », a-t-il confié à La Presse.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

En descendant de son camion le 12 juin dernier, le conducteur pour l’entreprise de béton Lafarge a remarqué la corde après une journée de travail bien remplie dans le secteur de Saint-Laurent, à Montréal. L’objet, noué à la façon d’un outil de pendaison, était posé exactement à l’endroit où il gare son véhicule chaque jour.

« C’est pas une corde à danser, là », lâche M. Georges en montrant les photos du nœud prises avec son téléphone portable.

PHOTO FOURNIE PAR ALLONDE JUNIOR GEORGES

En juin dernier, Allonde Junior Georges a trouvé un nœud coulant suspendu à son poste de travail.

« Je me suis senti comme un enfant, humilié », relate cet homme qui mesure près de 1,90 m (6 pi 3 po). « Que quelqu’un prenne le temps sur ses heures de travail pour faire ce genre de chose, même en blague… Je me dis, c’est quoi la prochaine étape ? »

Le 29 juin, il en a avisé ses employeurs. Il affirme que l’évènement a été banalisé et traité comme une mauvaise blague. Selon M. Georges, ses patrons affirment que l’employé en question a été identifié.

« On m’a dit de ne pas m’en faire et même de garder ça pour moi. Je n’ai jamais eu de suivi là-dessus. Moi, je ne veux même pas que le collègue responsable soit renvoyé », insiste le père de famille, qui attend un quatrième enfant.

Sa mère est venue d’Haïti, sans rien. Elle a bâti une vie pour ses frères et lui, mais est restée silencieuse face au racisme subi au quotidien. « Je dois dénoncer pour briser ce cycle et permettre à mes enfants de ne pas subir ces agressions », explique-t-il, ému.

Joint au téléphone par La Presse, Nicolas Paradis, directeur général division béton pour le Québec et l’est de l’Ontario chez Lafarge, a refusé de parler en détail de l’évènement.

« Lafarge Canada ne tolère aucune forme de discrimination sur ses lieux de travail. Ce geste, qui va contre nos valeurs, est complètement inadmissible et n’a pas sa place au sein de notre entreprise. Nous prenons très au sérieux la situation et [l’abordons] de front. Nous avons pris des mesures pour réprimander l’auteur des faits et travaillons de concert avec le syndicat pour enquêter [sur] les évènements et leur chronologie, et pour éviter que de tels événements se reproduisent » a-t-il ensuite déclaré par communiqué.

Symbole violent

Les nœuds coulants sont un violent symbole du racisme anti-noir. Ils étaient jadis utilisés dans des actes de lynchage commis par des suprémacistes blancs originaires du sud des États-Unis. Ainsi, la corde rappelle les milliers d’Afro-Américains pendus à des arbres à partir de la fin du XIXe siècle.

Souvent, on minimise les attaques haineuses envers les Noirs sous prétexte que le Québec n’a pas la même histoire que les États-Unis, pense M. Georges. « Mais les idéologies n’ont pas de frontières. Qu’on soit au Québec ou ailleurs, cette soi-disant blague ne me fait pas rire », poursuit-il d’un ton grave.

Il y a quelques semaines, des évènements similaires ont été signalés en Ontario, où quatre nœuds coulants accrochés au plafond ont été découverts dans différents chantiers de construction torontois, à la mi-juin.