Il y a des limites à jouer au strip poker tout habillé.

YVES BOISVERT YVES BOISVERT
La Presse

Depuis quelques années déjà, Stephen Bronfman est à la tête du « Groupe de Montréal », qui entend ramener les Expos en ville.

Va-t-il acheter une équipe ? Douteux, c’est trop cher, a-t-il déclaré au Journal de Montréal. Le coût estimé d’une équipe varie entre 1 et 2 milliards de dollars.

US.

Combien coûtera le stade « modeste » de 30 000 places qu’il veut faire construire ? Quel est le montage financier ?

Si le groupe entendait le financer entièrement, j’imagine qu’il l’aurait déjà déclaré haut et fort. Ce serait une rare exception dans le monde du sport professionnel nord-américain, largement financé par les fonds publics en subventions, congés de taxes, cessions de terrains, taxe hôtelière spéciale de toutes sortes.

Une exception dont fait partie le Canadien de Montréal, qui a payé le Centre Bell lui-même.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Stephen Bronfman

Rien ne serait plus populaire que de déclarer un financement privé, non ?

Ça n’a pas été fait. Il faut donc présumer qu’on demandera au public une contribution.

Laquelle ? Une subvention touristique ? Un escompte sur le prix du terrain fédéral ? Un congé de taxes ? Ou un financement direct ?

Je comprends qu’il y a beaucoup de stratégie dans ce projet. Je vois bien que la partie n’est pas simple. Mais on est rendu là. On est rendu au moment de mettre cartes sur table et de cesser le bluff.

C’est quoi, le plan, au juste ?

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Le terrain est fédéral, mais la Ville de Montréal peut bloquer la vente. Autrement dit, la mairesse Valérie Plante ne choisit peut-être pas l’acheteur, mais elle peut dire un « non » retentissant. Enfin, pas la mairesse, mais l’administration.

Et justement, lundi, Mme Plante, sans dire « non », a demandé à M. Bronfman, son groupe et le promoteur Devimco d’être « créatifs ».

« Il faut qu’ils nous montrent quelque chose absolument, sinon on jase, mais on jase de quoi ? », a-t-elle dit en point de presse.

Effectivement, on parle dans le vide actuellement.

N’oublions pas que ce secteur est un superbe emplacement à deux pas du centre-ville, où le REM arrêtera.

Avant de donner les clés, faudrait savoir un peu où on s’en va.

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Valérie Plante a toutes les raisons d’être dubitative.

D’un groupe qui disait il y a un an à peine que « l’argent ne sera pas un problème », on est rendu à un groupe qui déclare officiellement ne pas avoir les moyens d’acheter une équipe.

D’où cette idée d’une équipe en garde partagée, Tampa-Montréal. Une équipe dont on ne sait pas trop si le Groupe de Montréal sera l’actionnaire, ni quand.

L’appétit public pour le financement des équipes professionnelles n’est pas très élevé au Québec, et encore moins depuis l’aventure décevante du Centre Vidéotron.

Mais au moins, à Québec, il fallait remplacer l’ancien Colisée, totalement désuet. La capitale pouvait espérer un amphithéâtre neuf, qu’on critique ou non le montage financier et l’ampleur de l’édifice.

Dans le cas de Montréal, même si le Baseball majeur n’exige rien pour l’instant, un stade n’aurait aucune utilité sans équipe de baseball.

Pour une équipe à temps partiel, le stade ne coûtera pas moins cher. Mais l’amortissement sera évidemment moindre et la pertinence de le faire financer publiquement, encore plus difficile à démontrer.

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J’ai l’air terriblement opposé au projet du retour des Expos. Je ne le suis pas. J’accepterais même une forme d’aide publique, si elle pouvait être justifiée, comme pour tout autre secteur économique « porteur ».

Si cette aide apportait quelque chose de tangible, et pas cette supposée notoriété et publicité de la ville, qui est de la foutaise, comme en témoigne notre désintérêt total pour la sympathique ville de Milwaukee. L’injection de fonds publics dans le sport professionnel n’apporte généralement que peu ou pas de retombées économiques véritables, quand elle n’est pas carrément ruineuse.

Le fardeau de la preuve est donc sur les épaules des promoteurs, et ce qui ressort de la consultation publique, c’est qu’elle n’a même pas été commencée. 

La consultation, justement, sera… recommencée.

Peut-être M. Bronfman peut-il enfin élaborer, expliquer son plan, plutôt que de se contenter d’entrevues vagues et générales dans les médias sportifs – je dis ça en tout respect, mais l’enjeu ici n’est pas sportif, il est social, politique, urbain.

Peut-être le groupe de M. Bronfman attend-il un éventuel retour de Denis Coderre, promoteur politique fanatique du retour des Expos ?

Le signal en tout cas est clair à la mairie aujourd’hui : la fin de match approche pour Stephen Bronfman et ses associés. On comprend qu’il est soumis à des contraintes de son éventuel partenaire de Tampa. Mais ça, c’est son problème.

Jusqu’à preuve du contraire, on peut très bien développer ces terrains sans stade et sans demi-Expos.