(Montréal) Les enfants se perdent dans les méandres de la DPJ alors que leurs intervenants changent sans cesse avant même d’avoir un portrait global de leur situation, ont déploré deux psychiatres qui ont témoigné mercredi devant la Commission spéciale sur la protection de la jeunesse.

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

Les médecins psychiatres Louis Morissette et Martin Gignac, qui œuvrent notamment à l’Institut de psychiatrie légale Philippe-Pinel, et qui sont aussi appelés à réaliser des expertises pour la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), ont relevé des lacunes du système de protection des enfants — et offert quelques suggestions à la commission présidée par Régine Laurent, qui tenait ses audiences à Montréal mercredi.

Leur premier constat portait sur ce qu’ils ont appelé « la rupture dans la prise en charge ». Le dossier d’un « enfant signalé » change trop souvent de mains, ont-ils déploré. Il est donc exposé à divers intervenants, tout comme sa famille. Et l’information ne circule pas toujours de façon fluide entre ces différentes personnes, a déploré M. Morissette.

Si deux signalements sont effectués à deux ans d’intervalle, ce ne sont pas les mêmes évaluateurs qui se pencheront sur son cas, et l’enfant ne sera pas suivi par le même travailleur social. Des évaluations sont inutilement faites, jugent-ils, car il y en a parfois déjà une au dossier — celle faite lors du précédent signalement, dans un dossier probablement déjà fermé à la DPJ.

De plus, si une intervention est en cours pour un enfant, pas moyen d’avoir de l’information sur ses frères et sœurs, alors que des problèmes pourraient être détectés. Et il y a plus : dans certains cas, il y a deux intervenants différents pour deux enfants de la même famille, a rapporté le Dr Morissette. « Des fois, ils ne se parlent pas entre eux. C’est assez particulier ».

C’est pourquoi les deux psychiatres légistes recommandent un dossier unique pour tous les enfants d’une même famille, ainsi qu’un même intervenant et un même juge. Ainsi, la compréhension des besoins de l’enfant ou de l’adolescent sera facilitée, ont-ils maintenu mercredi.

Et si un travailleur social a déjà été affecté à un enfant dans le passé, c’est le même qui devrait prendre le dossier en main si un autre signalement est effectué, ont-ils ajouté, parmi d’autres recommandations. « Ce serait assez simple à gérer », estime le Dr Morissette.

On voit toutefois un roulement de personnel plus important que par le passé, a souligné le Dr Gignac. Ce qui est dommage, selon lui, car les enfants peuvent développer une relation avec leur intervenant.

En matinée, une professeure au département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais, Mélanie Bourque, avait fait état de la détresse « importante » des travailleuses sociales. Elles sentent que leur voix et leur jugement ne sont pas écoutés, et que leurs décisions cliniques sont écartées pour respecter les processus administratifs en place.

Les audiences de la commission sont suspendues pour cette année ; elles reprendront en janvier.

L’élément déclencheur de cette commission a été la mort d’une fillette de sept ans de Granby, retrouvée dans un état lamentable en avril et décédée peu après, même si elle avait fait l’objet d’un signalement auprès de la DPJ.