Quelques centaines d’agriculteurs ont manifesté devant les bureaux montréalais du premier ministre Justin Trudeau, lundi, pour dénoncer le rationnement de propane qu’ils subissent en raison de la grève des chefs de train et agents de triage du CN.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

« Sans propane, l’agriculture est en panne », « sans agriculture, pas de nourriture », a scandé la foule, précédée d’un cortège d’une quinzaine de tracteurs.

Le propane est un outil indispensable pour les producteurs de maïs-grain et, dans une moindre mesure, de soya. Une fois récoltés, les grains doivent être séchés afin d’en réduire l’humidité, sans quoi ils ne peuvent être vendus sur le marché.

Afin de démontrer au premier ministre Justin Trudeau ce qu’il adviendra au maïs qui n’est pas séché après quelques jours, le président de l’Union des Producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, à déverser des sacs de maïs « humide » sur les marches devant l’édifice qui abrite les bureaux de circonscription de Justin Trudeau, situés sur le boulevard Crémazie.

« On ne peut pas laisser nos récoltes pourrir dans le champ », a-t-il déclaré au micro avant ce geste d’éclat.

Avec le déclenchement de la grève de 3200 employés du CN il y a une semaine, les distributeurs de propane ont décidé de privilégier la livraison aux secteurs essentiels comme les hôpitaux et les CHSLD, au détriment des livraisons destinées au séchage des grains.

Année difficile

La suspension des livraisons de propane aux producteurs de grains est une tuile de plus qui s’ajoute à une année catastrophique.

« Les producteurs sont en état de résignation et d’indignation », a expliqué Marcel Groleau, lors d’une entrevue avec La Presse. « On veut envoyer le message à Trudeau qu’on est déçus. Le gouvernement n’a pas mis de pression sur le CN depuis le début de la crise. On aurait pu s’assurer que le propane soit une priorité. »

Il reproche au CN de ne pas avoir averti ses clients pour qu’ils se préparent à la pénurie à venir. « Deux jours après le déclenchement de la grève, on apprend qu’il y a une pénurie de propane. Est-ce qu’on a été utilisés ? Plusieurs se posent la question. »

Plusieurs agriculteurs doivent composer avec des plants cassés à la suite des forts vents survenus à l’Halloween. Un insecte, la chrysomèle, a affaibli le système racinaire des plants, les rendant plus vulnérables aux vents. Une fois couché par terre, le maïs est beaucoup plus difficile à récolter.  

La tempête hivernale précoce est venue compliquer le portrait davantage. Les cultivateurs de maïs-grain, qui n’avaient toujours pas récolté la majorité de leurs champs, ont été pris de court. Déjà, le printemps froid et pluvieux avait plongé les agriculteurs dans l’incertitude en retardant la mise en terre des semis d’environ trois semaines.  

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

La tempête hivernale précoce a pris de court les cultivateurs de maïs-grain.

En raison du printemps tardif et de l’hiver hâtif, le maïs n’est pas encore venu à maturité. Il affiche un taux d’humidité beaucoup plus élevé ce qui nécessite donc de plus grandes quantités de propane pour procéder au séchage.

« Il y a des champs qui vont être abandonnés », a déploré Christian Overbeek, président des Producteurs de grains du Québec, un syndicat affilié à l’UPA.

Selon l’Association québécoise du propane, environ 80 % du propane arrive au Québec par train. Bon an, mal an, environ 50 % du propane utilisé au Québec en novembre est destiné au séchage des grains, estime M. Overbeek.

La semaine dernière, ce dernier a envoyé une lettre à Justin Trudeau pour lui demander de renouer l’impasse. Il a aussi pris la plume pour écrire à plusieurs ministères, tant au fédéral, qu’au provincial. « Ils n’ont même pas daigné accuser réception », dit-il. « La cerise sur le sundae, c’est quand l’équipe de François Legault est venue dire la semaine passée qu’on n’avait pas besoin d’une aide d’urgence. »

La culture du maïs-grain – c’est-à-dire le type de maïs destiné à l’alimentation animale ou à la production d’éthanol – est la production végétale la plus importante au Québec en termes de superficie, après celle du foin.

Le Québec compte environ 5000 producteurs de maïs et 5500 producteurs de soya (ce sont souvent les mêmes).