(QUÉBEC) Le Québec est une « plaque tournante » du commerce sexuel des mineurs, a dénoncé un groupe d’élus de toutes les formations politiques, lundi, au premier jour d’une commission parlementaire spéciale.

Martin Croteau Martin Croteau
La Presse

Un groupe de 13 députés a commencé à entendre des victimes, des policiers, des groupes communautaires et des membres des Premières Nations. Son objectif sera de dresser un portrait de l’exploitation sexuelle des mineurs au Québec, et de proposer des pistes de solution au gouvernement Legault.

En lever de rideau, le député caquiste Ian Lafrenière, ancien policier, a tracé un portait sombre de la situation.

« Le Québec est une plaque tournante, a-t-il lancé sans détour. Il y a plusieurs de nos jeunes filles qui sont exploitées, qui sont envoyées dans d’autres villes canadiennes. »

Les chiffres sont très difficiles à établir avec certitude. En général, les victimes sont enrôlées par des proxénètes qui les contactent en situation de vulnérabilité. De fil en aiguille, ils parviennent gagnent leur confiance, voire leur amour, et les amènent à se livrer à toutes sortes de services sexuels qu’elles exécutent de manière consentante. C’est pourquoi peu de victimes portent plainte à la police.

Une jeune fille peut rapporter jusqu’à 300 000 $ par année à un proxénète. Le fait qu’elles soient québécoises les rend à la fois vulnérables et attrayantes pour les réseaux criminels.

« On va prendre des jeunes filles qui parlent français, on va les amener dans une autre province, on va les sortir de leur cadre, les réseaux d’amis, la famille, on va les amener travailler dans une autre province, a illustré Ian Lafrenière. Et vous allez comprendre que la langue devient exotique pour nos collègues du Canada anglais, mais devient un enjeu pour ces victimes qui sont sorties du réseau. »

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le député caquiste Ian Lafrenière

La Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs a débuté ses audiences avec le témoignage du Service de police de la Ville de Laval et recevra des témoins à Québec toute la semaine. Ses travaux se déplaceront plus tard à Montréal et à Val-d’Or.

Les parlementaires ont dit constater que la répression policière à elle seule n’a pas été en mesure de contenir le problème de la traite des mineurs. Ils souhaitent donc se pencher aussi sur les « clients-abuseurs » qui alimentent ce commerce.

« Il y a les victimes, il y a les proxénètes, mais il ne faut pas oublier les clients, a souligné la députée libérale Christine St-Pierre. Ces clients sont des abuseurs, des pédophiles, des vicieux, des violeurs. Il n’y a pas de mots pour les définir. »

« On aura beau attraper tous les proxénètes, mais s’il y a toujours des gens en arrière qui veulent acheter des adolescentes, il y en aura d’autres proxénètes qui vont sortir du lot », a renchéri le député solidaire Alexandre Leduc.

La députée du Parti québécois, Méganne Perry-Melançon, a souligné que, selon le Service de police de la Ville de Montréal, il y a environ 300 établissements où il est possible d’obtenir des services sexuels dans la métropole seulement. Autant de bars, salons de massage et agences d’escorte qui servent de porte d’entrée au commerce sexuel des mineurs.