(Ottawa) La question de la destitution de Donald Trump se réglera grâce aux grands principes démocratiques aux États-Unis et l’Ukraine suivra ce dossier de près sans toutefois s’en mêler directement, souligne un haut responsable ukrainien.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

« Nous souhaitons vivement entretenir de bonnes relations avec Washington […] C’est une nécessité vitale pour notre sécurité, déclarait jeudi Vasyl Bodnar, vice-ministre ukrainien des Affaires étrangères. “Nous sommes pour une coopération renforcée, mais pas pour une ingérence plus grande. »

M. Bodnar a accordé une entrevue après son arrivée à Ottawa pour une conférence organisée en fin de semaine par les principaux groupes ukrainiens canadiens de la diaspora. « Je suppose que la démocratie américaine fera son œuvre correctement pour régler ce problème sans interférence de l’Ukraine. »

Le vice-ministre ukrainien a voulu être très clair là-dessus : l’Ukraine ne veut surtout pas s’en mêler, mais Kiev sait bien que les États-Unis sont un allié essentiel dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie, et que les relations bilatérales doivent être préservées à tout prix.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a ouvert la conférence vendredi matin en critiquant de façon à peine voilée le fait que les États-Unis de Donald Trump — sans les nommer — minent « l’ordre mondial fondé sur des règles ». Elle a déclaré aux délégués que l’Ukraine est aux premières lignes du combat mondial entre démocratie et autoritarisme, « à un moment où — c’est inquiétant et troublant d’avoir à le dire — à un moment où l’ordre mondial fondé sur des règles, et plus généralement la démocratie libérale, sont menacés ».

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La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland

La ministre Freeland a ajouté que la menace venait aussi de « notre propre alliance occidentale, parmi les démocraties libérales du monde » — elle a même ajouté que le Canada est à présent la « démocratie libérale la plus forte au monde ».

Kiev entraînée dans une saga

M. Bodnar a rappelé en entrevue comment le nouveau gouvernement à Kiev avait été entraîné dans cette affaire de destitution à Washington, fondée sur un appel téléphonique entre M. Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Toute cette saga s’est avérée délicate pour le président Zelensky, un ancien acteur de télévision élu par une écrasante majorité, au printemps dernier, avec un programme axé sur la lutte contre la corruption.

M. Bodnar assure que les circonstances actuelles n’ont pas entamé la détermination de l’Ukraine dans son combat contre la Russie, qui a annexé la Crimée en 2014.

« Les États-Unis soutiennent l’Ukraine. C’est vital », a-t-il déclaré. « Nous sommes toujours forts et ne sommes pas touchés par la procédure de destitution. »

Les affaires intérieures de l’Ukraine ont toujours eu des implications politiques nationales au Canada : les 1,3 million de Canadiens d’origine ukrainienne représentent l’une des plus influentes diasporas au pays.

M. Bodnar a d’ailleurs salué le soutien important que l’Ukraine a reçu de la part du Canada, notamment un accord de libre-échange, une formation militaire et policière et la création d’institutions démocratiques solides pour lutter contre la corruption.