Les inondations du printemps risquent de coûter des dizaines, sinon des centaines de millions au gouvernement. Québec a présenté hier aux médias les menus détails de son nouveau programme d’indemnisation pour les sinistrés — jusqu’au remboursement prévu pour un fer à repasser (40 $). En voici les grandes lignes.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Près de 300 000 $ pour déménager

Avec son nouveau programme d’indemnisation pour les sinistrés, Québec veut convaincre des propriétaires de maisons inondées à répétition de déménager. Si les dégâts subis dépassent 100 000 $ ou 50 % du coût neuf de la maison, alors le sinistré pourrait choisir de partir. Québec remboursera jusqu’à 200 000 $ pour la maison, selon sa valeur. Si le sinistré cède son terrain à la municipalité, il sera aussi dédommagé pour la valeur de celui-ci jusqu’à un total — maison comprise — de 250 000 $. À cette somme pourraient s’ajouter les frais d’hébergement, de démolition ou d’ingénieur, les travaux d’urgence et les biens meubles…

Le ministère de la Sécurité publique n’a pas établi de montant maximal pour un déménagement. Mais on peut comprendre que dans certains cas extrêmes, des sinistrés pourront recevoir des indemnités avoisinant les 300 000 $ pour déménager. « Il y a plein de facteurs qui font que pour la société, ça peut être un atout de déménager ces gens hors de la zone inondable », note Éric Drolet, porte-parole au ministère de la Sécurité publique.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Pas de nouvelles maisons dans la zone inondable

Les nouvelles constructions sont théoriquement interdites au Québec dans les zones dites « 0-20 ans ». Dans ces zones, des inondations ont au moins 5 % de risque de se produire chaque année. Mais certaines municipalités ne font pas respecter cette interdiction. Le nouveau programme du gouvernement est sans équivoque : aucune assistance financière ne sera accordée pour des maisons construites dans les zones 0-20 ans à partir du 10 avril dernier. Ces nouvelles maisons ne seront donc pas « assurées » par le gouvernement en cas d’inondation.

« Ce sont des inondations historiques »

Le gouvernement avait reçu, en date d’hier, 3145 demandes d’indemnisation en lien avec les inondations du printemps. Il s’attend à en recevoir d’autres. Il y avait eu 6172 dossiers ouverts lors des crues de 2017, pour lesquelles Québec a déjà versé 255 millions en dédommagements. « Ce sont des inondations historiques. On a eu plus de 6000 réclamations en 2017 et, pour l’instant, il est trop tôt pour savoir combien on en aura cette année. Mais on peut s’attendre sensiblement aux mêmes chiffres, et peut-être plus », dit Éric Drolet.

« On a encore des questions »

Propriétaire d’une maison inondée jusqu’au rez-de-chaussée à Sainte-Marie, en Beauce, Jean-Bernard Gilbert attend encore des réponses du gouvernement. Il dit avoir assisté à une rencontre d’information et avoir rencontré un représentant du Ministère. « Mais on a encore des questions. » L’homme se dit prêt à déménager, mais pour ça, il lui faut le chèque du gouvernement. « Moi, quelqu’un m’a dit qu’ils donneront 70 % de la somme avant la démolition, le reste après, et le prix du terrain après la transaction », lance-t-il. « J’aimerais ça, commencer à regarder d’autres maisons, la Sécurité publique est censée me revenir bientôt, dit-il. Il n’y a aucune caisse ni banque qui va accepter de nous financer tant que ce ne sera pas réglé. »

Un processus plus rapide

Le nouveau programme vise justement à accélérer les choses. Avant, les sinistrés devaient produire une série de factures pour justifier leurs dépenses. Toute cette paperasse alourdissait le processus, explique le porte-parole du ministère de la Sécurité publique. Rappelons que des sinistrés de 2017 attendent toujours leur argent. Désormais, Québec a produit une liste qui permet de réclamer une somme fixe : 1275 $ pour une porte-fenêtre, 800 $ pour une laveuse, 30 $ pour une planche à repasser… « On va demander beaucoup moins de factures, ça va aller plus vite pour traiter le dossier et l’aide financière va arriver plus vite aux citoyens », assure Éric Drolet.