Ce qui est sous-entendu depuis des mois à Laval est écrit noir sur blanc dans une déclaration sous serment que La Presse a obtenue. Dix conseillers municipaux accusent le maire Marc Demers d'avoir «truqué le résultat» d'un vote au sein du Mouvement lavallois.

Mis à jour le 24 sept. 2018
Kathleen Lévesque LA PRESSE

Les faits reprochés remontent au 24 avril dernier. Mécontent des résultats obtenus lors d'un scrutin pour établir l'éligibilité des candidats aux différents postes du comité exécutif de son parti, M. Demers a forcé la reprise du vote. Il estimait que «la majorité des élus qui [avaient] voté n'avaient pas compris ce qu'ils devaient faire», écrivent les élus.

«La contrariété qui animait notre chef s'est ensuite transformée en directive» : un deuxième scrutin a été tenu, «suite à quoi Marc Demers a lui-même pris l'enveloppe contenant les bulletins de votes exprimés et, accompagné de son attaché [politique], s'est dirigé d'un pas ferme dans une salle adjacente et fermée, où il a procédé au décompte des votes».

Tout à coup, les résultats avaient changé. Mais à la sortie de la réunion, les 10 élus signataires racontent avoir fait le décompte des voix pour constater que les résultats étaient mathématiquement impossibles. Ils en ont donc conclu «que les résultats dévoilés par Marc Demers [avaient] été faussés» et que lui ou ceux avec lui avaient «truqué le résultat» pour l'un des candidats.

Ce sont ces événements qui ont conduit à la crise du leadership de M. Demers à titre de chef du Mouvement lavallois (ML) et de maire de Laval. Les signataires de la déclaration sous serment («affidavit») sont les mêmes qui ont tourné le dos à Marc Demers en juin dernier et qui ont réduit ce dernier à un statut minoritaire durant deux mois; trois des dissidents sont toutefois retournés dans le giron du ML le mois dernier.

En entrevue avec La Presse il y a trois semaines, M. Demers a réaffirmé ne pas avoir manipulé les résultats du vote. Il a toutefois reconnu avoir «fait une crise».

Il a tenté de banaliser la valeur même du document. «Ce qui m'a été transmis est anonyme, non assermenté, non signé. [...] Le seul sceau qui apparaît est celui de l'huissier», a soutenu le maire avant de montrer le document à La Presse.

«J'ai décidé de donner une chance à M. Demers»

De fait, tous les noms des conseillers municipaux sont caviardés ainsi que les signatures. La Presse n'a pas pu lire le document à ce moment-là. Mais au cours des derniers jours, La Presse a obtenu une copie du document signé devant l'avocate Lina Simeone.

Les 10 conseillers municipaux ont tous été contactés. Quatre ont confirmé avoir signé la déclaration sous serment et maintiennent toujours les faits. Deux élus sont actuellement à l'étranger et n'ont pas rappelé La Presse. L'ancien bras droit de M. Demers, David De Cotis, avait déjà reconnu publiquement avoir signé et envoyé le document au maire par huissier.

Quant aux trois dissidents qui sont rentrés dans le rang, deux d'entre eux, Aline Dib et Aram Elagoz, ont refusé de commenter la situation par la voix de l'attaché de presse du maire.

Mais de son côté, Sandra El-Helou n'a pas hésité à prendre la parole. «J'ai décidé de donner une chance à M. Demers malgré tout ce qui s'est passé. Je suis revenue à la condition de pouvoir m'exprimer», a-t-elle d'abord expliqué avant de souligner que son retour «n'est pas coulé dans le béton». «M. Demers a fait une grosse erreur de parcours. Et je ne le défends pas, mais c'est tout à son honneur de le reconnaître», a-t-elle dit.

Mme El-Helou fait ainsi référence à une lettre que Marc Demers a remise à tous les élus dissidents au début de l'été, lors d'une rencontre avec un médiateur pour tenter de calmer la crise politique. «Je suis tout à fait désolé des circonstances fâcheuses qui ont entouré le processus d'élection pour le comité exécutif de notre parti. C'est une situation qui, je vous l'assure, ne se reproduira plus», écrit Marc Demers.

Sept des dix dissidents estiment toutefois qu'il ne s'agit pas d'excuses.