Le ministre des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports du Québec, André Fortin, a qualifié d'«inacceptables» les situations vécues depuis le début de 2018 par des milliers d'usagers des trains de banlieue de la métropole, et exige d'ici deux semaines le dépôt d'un plan d'action d'urgence pour corriger les ratés du réseau.

Bruno Bisson LA PRESSE

En parlant du mécontentement manifesté par un nombre croissant d'usagers depuis le début de 2018, le ministre a assuré à La Presse, hier, «que ce ras-le-bol est partagé».

«Je trouve honnêtement qu'au Québec, en 2018, il est inacceptable d'avoir des citoyens qui vivent des situations comme celles-là, a dit le ministre. Avec les années, on se serait attendu à ce que la situation s'améliore, que les trains soient plus fiables, plus ponctuels et plus confortables, mais ce qu'on lit aujourd'hui [hier], ça nous indique que c'est pas le cas dans les trains de banlieue.»

Le ministre Fortin a joint, hier, le président de l'Autorité régionale de transport métropolitain  (ARTM), Pierre Shedleur, pour lui fournir les paramètres du plan attendu. C'est l'ARTM qui doit transmettre l'ordre du ministre au Réseau de transport métropolitain (RTM), responsable des opérations des trains de banlieue.

M. Fortin a affirmé à La Presse que le plan d'action du RTM devra viser à «rétablir la fiabilité du service afin de s'assurer que des incidents comme ceux [qui ont été rapportés] ne se reproduisent pas à court terme. Il faut aussi s'assurer, à plus long terme, que le RTM a en main les outils dont il a besoin pour répondre aux attentes de la clientèle, que ce soit sur la ligne de Deux-Montagnes ou sur les autres lignes de trains de banlieue.»

Dix retards par jour

Le ministre réagissait ainsi à un dossier publié hier dans La Presse + faisant état des ratés du réseau de trains de banlieue de la métropole, dont la ponctualité a dégringolé depuis l'été dernier, et du mécontentement grandissant d'une clientèle qui se sent «prise en otage» par un opérateur insensible aux impacts de ses ratés sur leur vie quotidienne.

Selon des données obtenues par La Presse, le RTM avait déjà colligé un peu plus de 900 trains arrivés en retard sur l'horaire prévu en seulement 46 jours d'exploitation depuis le début de 2018. C'est la moitié du nombre de retards enregistrés dans toute l'année 2017.

Sur la seule ligne de train de Deux-Montagnes, la plus achalandée de tout le réseau et la plus touchée par ces ratés, on a signalé près de 450 retards de service entre le 1er janvier et le 15 février derniers. Une moyenne de presque 10 retards par jour.

Une pétition en ligne a été lancée, hier matin, par le groupe de défense des usagers du transport collectif Trajectoire Québec, qui réclame du RTM un engagement à rétablir le taux de ponctualité du train de Deux-Montagnes à son niveau «historique» de 95%. Au moment d'écrire ce texte, vers 19 h 30, la pétition avait déjà été signée par 359 personnes.

En entrevue à La Presse, la porte-parole du RTM, Caroline Julie Fortin, a expliqué que le début de 2018 a été marqué par des conditions météo difficiles, notamment les variations de température importantes, et par de nombreux épisodes «d'effet domino» provoqués par une panne anodine qui paralyse soudainement toute la circulation d'une ligne.

«Quand il arrive une panne, à cause de problèmes mécaniques ou de la signalisation, le train doit s'immobiliser. Ce qui fait que les autres trains qui le suivent - ou qui le rencontrent, si c'est sur une voie simple - doivent s'arrêter aussi.»

Elle assure toutefois que «chaque situation, chaque problème est analysé, et que nos équipes sont tout de suite à la tâche avec nos fournisseurs, notre opérateur Bombardier ou les compagnies propriétaires des voies ferrées, le CN et le CP, pour trouver des solutions à ces problèmes dès qu'ils surviennent. On ne voudrait pas que les gens croient qu'on voit ce qui se passe et que ça ne nous affecte pas.»

Pénalités à bombardier

C'est Bombardier qui opère les trains du réseau du RTM, depuis le 1er juillet 2017, et qui est aussi responsable de l'entretien de ses infrastructures et de son matériel roulant. En vertu du contrat avec le RTM, des pénalités pouvant aller jusqu'à 1500 $ pour un retard de 15 à 25 minutes, ou de 5000 $ pour un train annulé, peuvent être imposées à Bombardier. Et selon Mme Fortin, «tous nos leviers contractuels sont appliqués».

«Les pénalités prévues au contrat ont toutes été chargées», affirme-t-elle. La porte-parole indique toutefois qu'en vertu du secret commercial, ni le montant total des pénalités imposées ni le nombre de ces pénalités ne peuvent être rendus publics.

Le total des pénalités imposées à Bombardier pourrait donc facilement dépasser les 200 000 $  seulement pour les 46 premiers jours d'exploitation depuis le début de 2018. Entre le 1er janvier et le 15 février, le réseau de trains de banlieue a accumulé pas moins de 460 retards de 10 minutes ou plus, dont 141 se sont étirés au-delà d'une demi-heure.

Pour le ministre André Fortin, cette «situation est inacceptable». Il demande au RTM de prévoir des correctifs à court terme «parce que demain matin, il y a des usagers qui vont vouloir prendre le train à Deux-Montagnes et ils ont le droit de s'attendre à un bon service. À moyen terme, il y a peut-être des actions correctrices qui peuvent être prises à même les budgets actuels du RTM».

«Peut-être que dans ce plan d'action, il y aura des demandes pour un apport financier du gouvernement. Si oui, on s'engage au Ministère à les analyser rapidement pour bien répondre aux besoins du citoyen qui, lui, veut juste prendre un train de banlieue qui est fiable et confortable.»

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Garantie exigée


Le groupe de défense des usagers du transport collectif Trajectoire Québec demande au Réseau de transport métropolitain (RTM) d'adopter une «garantie de service» accompagnée d'une possibilité de dédommagement, en cas de retard ou d'annulation, afin de redonner confiance aux usagers et de responsabiliser l'organisme qui gère les trains de banlieue de la région de Montréal.

L'organisme a lancé hier une pétition en ligne pour exiger un rétablissement rapide de la qualité du service offert aux usagers, de même qu'un mécanisme rapide qui permettrait aux utilisateurs d'obtenir une compensation, un crédit ou un remboursement en cas de défaillance de service. Une «garantie de service ferroviaire» semblable existe déjà sur le réseau de GO Transit à Toronto qui, incidemment, est lui aussi exploité par Bombardier.

«C'est aussi une manière de forcer le RTM à être un peu plus imputable, dit Philippe Cousineau-Morin, de Trajectoire Québec. Il ne réagit pas aux problèmes et il ne semble pas se soucier des inconvénients réels qu'il cause à sa clientèle.»

Le RTM «est ouvert à évaluer la faisabilité d'un tel système, mais [...] à court terme, notre objectif, c'est de rétablir la ponctualité du réseau», a affirmé à La Presse la porte-parole Caroline Julie Fortin.