Une véritable bombe vient de tomber sur le monde municipal québécois. Le maire de Laval, Gilles Vaillancourt, aurait offert 10 000$ en argent comptant à Serge Ménard alors qu'il était candidat péquiste en 1993. M. Ménard a fait cette déclaration fracassante sur les ondes de Radio-Canada lundi soir.

Mis à jour le 16 nov. 2010
Daphné Cameron et Denis Lessard LA PRESSE

Le député du Bloc québécois a révélé sur les ondes de la télévision d'État que le maire Vaillancourt lui avait offert une enveloppe d'argent lors de l'élection partielle dans Laval-des-Rapides en 1993. Ce dernier aurait fait ce geste à son bureau à l'hôtel de ville.



«C'était une enveloppe. Elle n'était pas brune, elle était blanche. Elle était à moitié ouverte quand il l'a présentée sur le bureau. Il y avait vraiment une liasse de billets de différentes couleurs. Je voyais des billets roses. J'ai l'impression qu'il y avait des billets de mille», a raconté M. Ménard au reporter Christian Latreille.

M. Ménard affirme qu'à l'époque, il n'a pas pris contact avec la police, mais il aurait refusé l'argent sur-le-champ. «J'ai fait tout de suite: "Écoutez, monsieur le maire, vous connaissez la loi électorale. Les dons sont limités à 3000$ et doivent être faits par chèque. Si vous voulez contribuer à ma caisse, faites-moi un chèque et votre nom sera publié."»

Une gêne s'est ensuite installée, selon Serge Ménard. «Il est devenu très rouge. La sueur perlait sur son front. Il était très mal à l'aise.»

Le maire nie tout

Le maire Vaillancourt n'a pas répondu aux appels de La Presse lundi. Nous avons laissé un message à sa femme, qui était à son domicile, ainsi qu'à son nouvel attaché de presse, Jean-Maurice Duddin.

Dans un communiqué de presse publié vers 21h30, le maire a «catégoriquement» nié les informations données par M. Ménard. «C'est totalement faux!» peut-on y lire.

«M. Vaillancourt tient à préciser que c'est M. Ménard qui lui a demandé de l'appuyer lors de sa première campagne électorale dans une circonscription de Laval et qu'il lui a plutôt suggéré de se tourner vers des sympathisants du Parti québécois, affirme le communiqué. Le maire de Laval se questionne sur les motivations véritables qui pourraient amener un ex-ministre de la Sécurité publique et de la Justice, 17 ans après une prétendue illégalité, à faire de telles déclarations.»

Un autre cas

Le reportage de Radio-Canada a également avancé qu'en 2002, le maire Vaillancourt aurait offert «plusieurs milliers de dollars» au député libéral de Vimont, Vincent Auclair.

Joint lundi, ce dernier a d'abord nié avec véhémence avoir «reçu ou accepté quoi que ce soit de près ou de loin». «Pour moi, c'est un non-sens total», a-t-il lancé dans un premier temps. Il a toutefois refusé de faire des commentaires lorsqu'on lui a demandé si le maire lui avait «offert» de l'argent liquide. «Je voudrais d'abord voir le reportage», a-t-il dit en reconnaissant avoir rencontré le journaliste de Radio-Canada.

Le communiqué publié par le cabinet du maire ne faisait toutefois pas référence au cas de M. Auclair.

Retrait du maire

Le Mouvement lavallois, groupe d'opposition politique qui n'a pas d'élu au conseil municipal, a vivement réagi aux révélations divulguées lundi. Le Mouvement exige que le maire Vaillancourt se retire de ses fonctions en attendant qu'une enquête soit menée.

«Si c'est vrai, c'est sûr que c'est scandaleux, a déclaré David De Cotis, président du Mouvement lavallois. Je salue le courage de M. Ménard d'avoir dénoncé ce qu'il s'est produit.»

Estomaqué par l'ampleur de ces allégations, le directeur général des élections, Marcel Blanchet, entend soumettre dès ce matin ces révélations à ses juristes. «S'ils sont avérés, ces faits sont extrêmement étonnants. Pensez qu'il s'agit du maire d'une des plus importantes villes du Québec», a affirmé Me Blanchet, joint chez lui lundi soir. «Qu'un tel geste puisse être commis par quelqu'un qui, par définition, doit connaître la loi est surprenant», a-t-il souligné.

Il faut noter que des gestes faits en 1993 ou en 2005 ne pourraient susciter de recours. «Encore une fois, on se retrouve au-delà du délai de prescription de cinq ans», a indiqué Me Blanchet.

Du côté du gouvernement Charest, le porte-parole du premier ministre, Hugo D'Amours, a indiqué qu'il y aurait aujourd'hui, à coup sûr, une réaction du gouvernement à ce sujet.