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Dans ma valise, un drone

La baisse des prix pratiqués par les grandes... (PHOTO MATHIEU WADDELL, LA PRESSE)

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La baisse des prix pratiqués par les grandes entreprises de drones, la chinoise DJI en tête, favorise la démocratisation de l'activité: il est possible de se procurer un modèle Phantom, avec caméra intégrée, pour moins de 700$.

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Pour un nombre grandissant de voyageurs, le drone est devenu un compagnon d'exploration essentiel : c'est grâce à lui qu'ils captent toutes ces photos et vidéos aériennes, nouvelles coqueluches des médias sociaux. Survol du phénomène, de vidéos à faire rêver et de conseils de pros, à l'heure où la réglementation des divers pays est en pleine mutation.

Des vidéos pour rêver

Sur les sites de partage de vidéos -YouTube et Vimeo en tête- les vidéos professionnelles et amateurs captées par drones pullulent. En voici sept de toute beauté.

Écosse

Laos

La Réunion

Islande

Polynésie française

Australie

Nouvelle-Écosse

Le boom des dronistes

Quand le célibat est revenu malgré lui dans sa vie, c'est au Japon que Pierre-Étienne Bordeleau a décidé d'aller digérer sa rupture. Dans sa valise, il a emporté l'essentiel : ses appareils photo, sa caméra vidéo GoPro. Et son drone flambant neuf.

Rien d'extravagant pour un directeur photo roulant sa bosse en télévision, surtout quand ce dernier souhaite rapporter un documentaire de son long voyage en solo. Sous l'oeil attentif de son drone,il a arpenté les routes japonaises pendant trois semaines à bord d'une mini caravane pour tourner le court métrage Un roadtrip à l'envers (qui a d'ailleurs remporté les honneurs au plus récent Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue). Depuis, il a fait voler sa caméra dans le ciel du Bélize et à Hawaï.

Il ne faut toutefois pas croire que les professionnels de l'image - vidéastes, réalisateurs, photographes - sont les seuls à remplir leur sac de voyage avec une caméra volante et son inévitable panoplie de câbles et de piles. Beaucoup de dronistes récréatifs en partance pour l'étranger se transforment en cinéastes des airs pour créer des carnets de voyage photo et vidéo qu'ils partageront, sitôt rentrés, sur les médias sociaux.

Les drones connaissent un boom de popularité depuis un an. Aux États-Unis seulement, on estime que 700 000 drones ont été vendus l'an dernier. Une hausse de 63 % par rapport à 2014, selon la Consumer Electronics Association. Depuis le 21 décembre, les drones achetés en sol américain doivent obligatoirement être enregistrés auprès de la Federal Aviation Association (FAA). Le registre compte déjà plus de 400 000 noms.

La baisse des prix pratiqués par les grandes entreprises de drones, la chinoise DJI en tête, favorise la démocratisation de l'activité : il est possible de se procurer un modèle Phantom, avec caméra intégrée, pour moins de 700 $.

Éric Dupin est un observateur privilégié de cette hausse de popularité. En 2013, l'homme d'affaires français a fondé Dronestagram, une communauté virtuelle rassemblant des dronistes du monde entier, désireux de partager leurs images aériennes.

« J'ai acheté mon premier drone en 2010, mais déjà avant, je faisais voler des hélicoptères téléguidés équipés de caméras. Lorsque j'ai voulu partager sur internet le contenu que je créais, j'ai cherché pour voir s'il existait un Flickr ou un Instagram consacré à la photo et la vidéo de drone. Je n'ai rien trouvé», explique Éric Dupin.

À temps perdu, il a créé Dronestagram, qui regroupe aujourd'hui près de 40 000 membres. La croissance du marché est telle qu'Éric Dupin espère pouvoir multiplier ce nombre par 10 d'ici deux ans.

« L'engouement envers les drones est semblable à celui qu'on a connu il y a 10 ans pour la photo avec les téléphones intelligents. Par contre, la croissance sera forcément moins forte que pour la caméra GoPro, par exemple. Les caméras volantes sont moins faciles à utiliser ; la sécurité est plus problématique. La GoPro peut être utilisée partout. Pas le drone. »

Les dronistes qui fréquentent Dronestagram sont tant des amateurs que des professionnels. Les hommes sont plus nombreux, à 78 %. Les images viennent de la France, des États-Unis, du Brésil, de la Thaïlande. Les visiteurs du site sont en majorité américains. Bref, le phénomène est mondial.

Accident en hausse

Cette popularité croissante ne se fait toutefois pas sans heurts. Plusieurs incidents ont été rapportés dans la dernière année.

En Italie, deux touristes israéliens ont été arrêtés fin décembre pour avoir fait voler un drone au-dessus du Vatican pendant la messe dominicale. Au Cambodge, un touriste allemand a été interrogé pendant six heures après que son appareil eut survolé la demeure royale (alors que la reine mère s'exerçait au jardin...). Depuis, les drones sont interdits dans le ciel de la capitale, Phnom Penh.

En février, un homme de 27 ans qui voulait filmer le ciel de Manhattan a envoyé valser son drone sur les murs de l'Empire State Building. Il s'est présenté à la sécurité dans l'espoir de récupérer son jouet, coincé sur une terrasse ; les gardiens ont plutôt appelé la police. Faire voler un drone au-dessus de New York est formellement interdit.

Pour les dirigeants internationaux, les drones posent un sérieux problème de sécurité, et pour cause. En avril 2015, un appareil transportant des sables radioactifs s'est posé sur le toit des bureaux du premier ministre du Japon. Le pilote voulait protester contre la politique du pays en matière d'énergie nucléaire... Le respect de la vie privée est aussi menacé dès qu'un drone est équipé d'une caméra.

Inutile de préciser qu'approcher son drone d'un bâtiment gouvernemental (la Maison-Blanche, par exemple), d'une centrale nucléaire ou d'un aéroport (même local) s'avère une très, très mauvaise idée, qui attirera fort probablement les autorités. Quand ce n'est pas un citoyen voulant se faire justice lui-même, comme cet homme de Louisville qui a tiré à la carabine sur un drone survolant sa propriété (et qui n'a exprimé, à ce jour, aucun regret...).

Pas pour rien que les fabricants de drones préfèrent les appeler « véhicules aériens sans pilote » (UAV en anglais) ou « quadrirotors » ; le terme « drone » a une connotation militaire ou d'espionnage qui n'est pas bonne pour les affaires.

Un flou à combler

Dans l'espace aérien déjà congestionné, la multiplication des drones donne aussi des maux de tête à l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI). Aux États-Unis, la FAA a recensé 650 incidents impliquant des drones et des avions, seulement entre janvier et août 2015. Une collision pourrait avoir des conséquences funestes.

Les pays tentent tant bien que mal de légiférer l'usage des drones sur leur territoire. Certains les interdisent carrément ; Cuba notamment. D'autres, comme le Pérou, la République dominicaine ou le Kenya, exigent qu'une demande de permis soit faite plusieurs jours à l'avance. Tous les autres (Canada y compris) ont leurs particularités concernant le poids des appareils, l'altitude permise, les zones autorisées...

En clair, il n'y a aucune uniformité internationale pour l'instant. Pire, des mises à jour des différentes réglementations nationales sont faites plusieurs fois par année. Résultat : un flou plane sur la législation de plusieurs pays. Dans ces conditions, même les dronistes les mieux intentionnés s'exposent à l'illégalité.

« Lorsque j'étais au Japon, ce n'était jamais clair si je pouvais faire voler mon drone ou pas, se souvient Pierre-Étienne Bilodeau. Il y avait des zones grises, mais comme j'étais à l'extérieur des grands centres, je n'ai pas eu de problème. »

La vitesse à laquelle évolue le marché n'arrange rien. La lourdeur des appareils gouvernementaux crée souvent un décalage entre la réglementation et la réalité. « La technologie avance plus vite que la législation », estime David-Étienne Durivage, pilote de drone professionnel qui a fait voler ses caméras au-dessus de nombreux pays, dont le Guatemala, les Émirats arabes unis, la Mongolie.

Dans les prochains mois, il y a fort à parier que les lois vont se resserrer dans plusieurs pays, surtout si les accidents continuent de se multiplier.

Éric Dupin estime toutefois que la démocratisation de l'activité peut jouer en faveur des dronistes. Il cite l'exemple de la France, qui avait instauré des règles très restrictives en 2012. « Seuls les professionnels étaient pris en compte ; il était même interdit de faire voler un drone au-dessus de son jardin. Tous les particuliers qui volaient pour le plaisir étaient hors-la-loi. Les règles mises à jour en 2016 se sont assouplies. »

Un fait demeure. Peu importe le pays concerné, les contrevenants s'exposent à des amendes salées (jusqu'à 250 000 $ aux États-Unis, 25 000 $ au Canada), de longs interrogatoires, des arrestations musclées.

Rien qui figure au panthéon du voyage rêvé.

Conseils de pros

Quelques conseils de dronistes aguerris, pour voyager avec un drone sans s'inquiéter.

Transporter son drone par avion

Premier écueil qui guette les dronistes touristes : peuvent-ils emporter leur drone à bord d'un avion ? La réponse est oui, en général, « mais il vaut mieux s'informer chaque fois au préalable auprès de la compagnie aérienne », explique Maxime Contour, blogueur français spécialisé en vidéos de voyage. 

Or, le principal problème posé par les caméras volantes n'est pas tant l'aéronef que ses batteries. « Les drones fonctionnent avec des batteries au lithium qui ne peuvent en aucun cas être mises en soute. Si elles prennent feu, personne n'y aura accès pour éteindre l'incendie. »

C'est pourquoi le pilote de drone professionnel et fondateur de l'agence Dizifilms, David-Étienne Durivage, recommande de transporter les batteries - déchargées au maximum - dans des sacs ignifuges séparés pour éviter les courts-circuits. « Aucune pièce de métal ne doit entrer en contact avec les batteries pour ne pas créer de surchauffe. »

Maxime Contour ajoute : « Pour éviter toute confusion aux douanes, j'ai toujours en main une copie imprimée des règles de l'IATA (International Air Transport Association) concernant le transport des batteries. » Air Canada, Air France et Air Transat se conforment à cette réglementation : les batteries doivent accompagner le passager en cabine et ne doivent pas dépasser 2 g de lithium. Si leur énergie se situe en deçà de 100 Wh, aucune permission ne doit être demandée au préalable.

Préparer son drone au voyage

La plupart des dronistes interrogés préfèrent garder leur aéronef dans leur bagage de cabine lorsqu'ils se déplacent en avion. Près des yeux, près du coeur, disent-ils.

« Les passagers doivent toutefois se conformer à notre politique en matière de poids et dimension (des bagages) », explique Debbie Cabana, directrice marketing, médias sociaux et relations publiques chez Air Transat.

Impossible d'entrer tout le matériel nécessaire dans un simple bagage de cabine ? Faux, répond Pierre-Étienne Bilodeau. La preuve : son sac de transport respecte les normes et il réussit à y mettre le drone et sa console, les piles et les hélices de rechange, les cartes photo, le câblage, les filtres polarisants, l'ordinateur portable et même les caméras photo.

Maxime Contour, lui, préfère laisser son drone en soute, dans un sac de transport placé à l'intérieur de sa valise. « Ainsi, je n'ai pas de mauvaises surprises au filtrage, avec des agents de sécurité qui poseraient des questions. » Il craint aussi de se voir contraint de mettre son sac en soute si la compagnie aérienne estime qu'il y a une surcharge de bagages à main pour la capacité de l'appareil. « Dans ce cas, n'oubliez pas de dire que vous avez des piles au lithium pour qu'elles n'aillent pas en soute ! »

S'informer sur la législation en place

On l'a dit : les lois concernant l'utilisation des drones sont en constante évolution. Comment savoir où et quand utiliser son drone une fois rendu à destination ?

Aucun site internet ne recense la réglementation existante pour tous les pays du globe. Certains sites, comme celui d'UAV Systems International, couvrent plusieurs pays, mais l'information n'est pas forcément à jour.

En fait, les autres dronistes sont peut-être les mieux placés pour nous informer. « Les forums de discussion spécialisés en vidéo de drones sont d'excellentes sources d'information », croit Pierre-Étienne Bordeleau. Les consulats peuvent aussi fournir des détails sur la réglementation en place.

Rester prudent

D'autres facteurs sont aussi à considérer. Les forts vents, la pluie, les grands froids sont autant de raisons de laisser le drone rangé.

« Il faut surveiller le niveau des batteries, conseille David-Étienne Durivage. Le drone devrait toujours revenir avec une charge minimale de 30 %. Il ne faut pas attendre que l'appareil nous envoie un signal de batterie faible. »

« Il faut toujours que le drone reste dans notre champ de vision. Et on ne vole pas si les vents dépassent 25 km/h ; si on a le vent dans le dos à l'aller, on risque de manquer de batterie au retour. Or, un drone qui tombe peut être très dangereux, avec ses quatre hélices comme des couteaux. Il faut rester sérieux : on n'investit pas 2000 $ dans un appareil pour le voir s'écraser ! »

D'où son dernier conseil : « Suivez donc un petit cours avant de commencer ! »

Où faire voler son drone?

Pendant un festival de musique?

Non

Qui dit festival dit foule et à moins de détenir un permis, vous ne pouvez faire voler un drone au-dessus du public. Au Canada, le drone ne doit pas s'approcher à moins de 150 m d'un individu, d'un animal ou d'un véhicule. Au Royaume-Uni, la distance est de 50 m. « En France, il est interdit de facto de survoler des foules et même une ville, dit Éric Dupin. Pour filmer une simple place publique, il faut faire une demande à la préfecture, les services policiers sont impliqués, un périmètre de sécurité doit être tracé... » Comme si Steven Spielberg débarquait à Brive-la-Gaillarde...

Dans un parc national?

Ça dépend

Les drones sont interdits dans tous les parcs nationaux américains ainsi que dans quelque 350 plages, aires récréatives ou monuments nationaux (le Golden Gate ou le Mont Rushmore, par exemple). Idem au Canada, où Parcs Canada interdit les drones dans tous les parcs qui sont sous sa juridiction. Chez Parcs Québec, on réfléchit encore à la question : « La SEPAQ est à évaluer le dossier des drones » notamment en ce qui concerne « leurs impacts sur la protection et l'expérience de visite de nos territoires », selon Lucie Boulianne, responsable des communications à Parcs Québec.

À la plage?

Oui

Tant qu'il n'y a pas d'autres humains dans le secteur et que la plage (ou le champ, la forêt, la chute d'eau, la montagne) ne fait pas partie d'une zone où les drones sont bannis. Les États-Unis planchent toutefois sur un projet de loi qui pourrait permettre l'utilisation de drone en public sous certaines conditions. Dans tous les cas, le drone doit toujours rester dans le champ de vision du pilote et ne peut dépasser l'altitude maximale permise. Les drones ne peuvent pas dépasser 90 m d'altitude au Canada, 122 m aux États-Unis, 150 m en France.

Lors d'un feu d'artifice?

Non

Même s'ils ne sont pas interdits dans tous les pays, les vols de nuit sont fortement découragés par la réglementation, et ce, même si l'appareil est équipé d'un système d'éclairage ou de caméra permettant la vision de nuit. Certaines villes, voire pays, peuvent imposer des heures d'interdiction de vol. À Chicago, les drones doivent rester au sol entre 20h et 8h.

Près d'un aéroport?

Jamais

Au Canada, les drones doivent rester à 9 km de tout aéroport, héliport ou aérodrome. Aux États-Unis, quiconque compte faire voler son quadrirotor à moins de 8 km d'un aéroport doit au préalable obtenir une permission spéciale. Autre situation où les drones sont une nuisance : au-dessus des lieux d'incendies ou de catastrophes naturelles. Ils peuvent nuire au travail des secouristes, au transport de matériel ou à l'évacuation de victimes par voie aérienne.

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