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Faut-il donner en voyage?

Des friandises, des vêtements, un peu de monnaie. Au cours d'un voyage dans un... (Illustration Marie-Christine Cayer, La Presse)

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Illustration Marie-Christine Cayer, La Presse

Aimie Eliot

Collaboration spéciale

La Presse

Des friandises, des vêtements, un peu de monnaie. Au cours d'un voyage dans un pays en voie de développement, il est tentant de tendre la main à ceux qui ont moins et de donner un petit quelque chose. Mais ce geste, plein de bonnes intentions, s'avère souvent néfaste, en fait.

Pratiqué à répétition depuis des années par des touristes qui pensent bien faire, le don de petits cadeaux ou d'argent transforme la nature du lien entre les voyageurs et les habitants, explique Julien Passerini, directeur des opérations pour l'agence Explorateur Voyages. «Au Viêtnam, les premières fois, je sentais une vraie curiosité venant des gens, on pouvait échanger. Aujourd'hui, avec l'arrivée massive du tourisme, on assiste à de la mendicité organisée, les rapports sont agressifs.»

Geste devenu banal, le don est attendu et souvent même réclamé, tel un dû. Une attitude qui fait naître chez le voyageur la désagréable impression d'être considéré comme un «portefeuille sur pattes». Au-delà de la déception qu'elle suscite, cette situation risque d'avoir un impact sur l'image du pays et de nuire à l'essor de son secteur touristique, souvent moteur de croissance.

Une dépendance au don

Pour Julien Buot, coordonnateur de l'Association pour le tourisme équitable et solidaire (ATES), pas question de jeter la pierre aux populations locales. Les touristes sont les seuls responsables de cette situation. «Pour moi, c'est presque du néo-colonialisme! tempête-t-il. On veut soulager sa conscience, sauf qu'en offrant quelque chose sans connaître les gens et leur situation, à la va-vite, sous prétexte que nous avons plus d'argent qu'eux, on affiche notre soi-disant supériorité et on rend les gens dépendants.»

En Éthiopie, jeune destination touristique, les villages qui bordent la route menant vers le sud du pays voient de plus en plus de touristes bien intentionnés descendre de leur véhicule pour distribuer des présents aux habitants... et repartir aussitôt. Résultat: des enfants abandonnent l'école ou leurs troupeaux pour aller pourchasser les véhicules, dans l'espoir de récolter de l'argent ou des cadeaux.

«Certains touristes ne sortent même plus de leur voiture et se contentent d'ouvrir leur fenêtre pour lancer des objets», s'indigne Alex, guide touristique éthiopien.

Le don utile

Alors, faut-il bannir le don? Non, répond Julien Buot. «Ce n'est pas le don en lui-même qui est condamnable, mais la façon dont on donne.» Plutôt que d'opter pour cette technique du saupoudrage, l'ATES conseille aux voyageurs de faire un don à des intermédiaires, en l'occurrence des professionnels de l'humanitaire.

Et un don se prépare en amont, précise Suzanne Ouellet. L'agente de formation au sein du programme canadien de volontariat international Uniterra conseille de trouver une organisation locale vers laquelle se tourner avant le départ. «Une coopérative d'agriculture ou une organisation qui offre du microcrédit pour le démarrage de petites entreprises, par exemple. Un don, même petit, à l'organisation que vous aurez dénichée ira aux bonnes personnes et aura des effets plus grands qu'un don dans la rue.»

Vous pensez faire le bon geste en offrant des choses utiles qui dorment dans vos placards, comme des livres, des jouets ou des vêtements? Si vous n'avez pas une bonne connaissance des besoins sur place, votre don s'avérera souvent inutile. «Vendez-les plutôt à un bazar de votre quartier, suggère Julien Buot. L'argent issu de cette vente pourra ensuite être donné à une association qui oeuvre dans le pays où vous vous rendez, et qui sait exactement de quoi manquent les habitants.»

Voyager éthique

Adopter les bonnes pratiques du touriste responsable est par ailleurs une véritable solution de rechange au don matériel. «On voit parfois des voyageurs qui se promènent les poches pleines de crayons et de friandises pour "aider", alors qu'ils achètent sur les marchés touristiques des objets fabriqués en Chine et qu'ils sont logés dans des hôtels où on ne trouve pas un produit local dans les assiettes, déplore Julien Buot. Choisir des séjours qui coûtent un peu plus cher mais qui font marcher l'économie du village et acheter ses souvenirs directement auprès des artisans locaux, c'est fondamental.




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