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Récit de voyage: 6000 km à vélo

Manuel Caballero s'appliquait «à prendre tous les jours... (Photo fournie par Manuel Caballero)

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Manuel Caballero s'appliquait «à prendre tous les jours à midi une photo dans la direction 56 degrés». Voici celle qui a été prise le 16 juillet, dans le Nevada.

Photo fournie par Manuel Caballero

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Charles-Édouard Carrier

Collaboration spéciale

La Presse

Le Bordelais Manuel Caballero avait envie de venir voir ses amis à Montréal. Il a décidé de transformer ce voyage en une épopée cycliste de plus de 6000 km dont les plus belles histoires et photos se retrouveront dans son premier livre. San Diego a été choisi comme point de départ et Montréal, comme fil d'arrivée, trois mois plus tard. Nous avons rencontré le cycliste au moment où il venait de franchir le pont Jacques-Cartier. Voici ce qu'il avait à raconter.

«J'ai quitté mon travail en octobre dernier, plus de six mois avant mon départ. J'y voyais le potentiel d'une reconversion professionnelle. Je n'étais pas du tout photographe, même si la photo a toujours été une passion pour moi. Ce voyage se sert de la photo comme ligne directrice, en se concentrant sur les gens, ce qu'ils vivent, qui ils sont, leur histoire et, comme c'est tout à propos, je parle de politique américaine avec eux.»

La route

«Je suis paresseux le matin, je ne commence jamais mes journées très tôt. Je prends mon temps, je déjeune au restaurant. Puis je roule, 60 km ou 190 km. Je quitte mon pédalier en fin de journée, même si certains trajets me poussent à rouler jusqu'à tard en soirée. Une fois sur trois, je plante ma tente dans un champ, près d'un bosquet près de la route, toujours un peu en retrait. Les nuits sous la tente ne me font pas peur. Sauf la première nuit... J'ai gardé mon petit Opinel, au cas, parce que je n'étais pas habitué. Mais la peur s'est dissipée. Dormir en bordure de route est vite entré dans mes habitudes. Il y a aussi les nuits de motel, d'Airbnb ou, encore mieux, celles où je dors chez des gens que je viens tout juste de rencontrer, en personne ou par l'entremise du site Warmshowers.

«Chaque journée se solde par de nouveaux liens que je crée. D'une simple discussion de 5 ou 10 minutes où je raconte mon projet à quelqu'un qui va m'offrir à manger, m'amener faire un tour quelque part, jusqu'aux invitations à dormir, pour une ou deux nuits.»

Les rencontres

«Si tout le monde est différent par son histoire, ses origines ou ses valeurs, il y a quand même ce dénominateur commun qui unit ces gens que je rencontre: leur générosité. Dans ce monde où on nous envoie plein de signaux tristes et négatifs, de violence et de conflits, être placé devant la générosité des gens tous les jours de façon aussi intense et régulière, je trouve ça beau.

«Je suis parti en tant qu'Européen vers l'Amérique du Nord, je connais Montréal et un tout petit peu du Québec et des Maritimes. Ma vision des États-Unis est celle que les médias me suggèrent, celle de tout ce qui se passe d'assez triste, entre Donald Trump et les tueries, le genre de choses qui nous rendent tous inquiets. Pourtant, je rencontre des Américains extrêmement généreux, qui font attention aux gens autour d'eux.

«À mesure que je pédale, sur une bande sonore construite de musique, de livres audio et de podcasts scientifiques, je comprends que le véritable roadtrip, c'est celui où tu es en contact avec la route, où tu peux la sentir physiquement, tu vois la progression, l'avancement.»

Et puis Bordeaux

«Est-ce que je connais mieux les États-Unis? J'ai mieux compris les Américains, leur point de vue sur différents enjeux. Dans cette immensité, je suis allé à la rencontre de gens qui ne pensent pas comme moi. Et aujourd'hui, j'ai envie de transformer cet essai en quelque chose de plus durable. Le voyage est une occasion qui permet de gagner en maturité. C'est en se déplaçant que l'on arrive à prendre du recul par rapport au quotidien.

«Des histoires, je peux en raconter beaucoup grâce à des dizaines et des dizaines de personnes qui ont fait en sorte de construire ma conviction: le monde, il n'est pas si moche que ça, il y a encore de belles choses à faire. Chaque personne est une brique de cette conviction-là. Chacune a laissé une trace en moi, j'espère que c'est la même chose de leur côté. Certains ont qualifié ma démarche d'inspirante. C'est un échange, c'est un peu ce qui reste de tout ça.»

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Le livre de Manuel Caballero doit être publié aux éditions Bijoux de famille en 2017. C'est le financement participatif qui rend possibles ce voyage et ce projet. On peut revivre les aventures du cycliste et faire connaissance avec les gens qu'il a rencontrés sur la route en visitant son site Cinquante-six degrés.

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