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Le blues de la métropole

L'année dernière, au Salon du livre de Montréal, j'ai rencontré Alexandra. Elle avait peu voyagé et elle partait, gonflée à bloc, toute seule pour l'Australie. Son périple s'est déroulé sans anicroche et elle était heureuse, jusqu'à ce qu'elle rentre à la maison et attrape le blues de la métropole...

Alexandra avant la dépression post-voyage...... (Photo: Bruno Blanchet, collaboration spéciale) - image 1.0

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Alexandra avant la dépression post-voyage...

Photo: Bruno Blanchet, collaboration spéciale

J'ai donc demandé à Alexandra de m'en parler parce que la dépression post-voyage est un sujet avec lequel je ne suis pas très familier. Elle m'a alors écrit ce très beau courriel, que j'ai très eu envie de partager avec vous. Avec son accord, le voici.

Moi, je reviendrai dans ces pages la semaine prochaine avec un bout de Tunisie et un sujet qui me tient à coeur : les retrouvailles.

Merci, Alexandra.

***

Partir et revenir

Malgré tous les obstacles qu'on rencontre en voyage, le plus difficile, c'est souvent le retour à la maison.

Les premiers signes du «blues», on les ressent quand il nous reste environ une semaine à voyager: on commence à penser que le lundi suivant, on sera malheureuse dans son appartement, à faire du ménage, à payer les comptes, à se replonger dans la routine... Puis, on se met aussitôt en mode «j'essaye de me convaincre du contraire»:

«OK, je vais revenir, mais ça va bien aller, je suis heureuse dans la vie et je ne me laisserai pas gagner par la déprime !»

Dans l'avion, on continue à essayer de se réjouir du retour, en se disant des phrases du genre: «Ah, ça va être le fun de voir ma famille !» ou «J'ai hâte de mettre des belles robes et des talons hauts, et de manger le bon spaghetti de papa !»

Et là, ça va vite: tu sors de l'avion, tu mets la clé dans la serrure, et c'est fini: tu viens de déposer ton sac à dos par terre, chez toi, sur ton plancher de bois franc.

Dans l'heure qui suit, tu déprimes, tu pleures (pour les filles surtout !), tu relis ton journal intime, tu redécouvres tes photos, tu pleures encore et tu te demandes pourquoi tu étais si heureuse à l'autre bout du monde, seule et dépaysée, alors que maintenant...

La vérité, c'est qu'il y aura toujours une dépression post-voyage: le changement de rythme de vie trop brutal vient secouer tes convictions les plus profondes et remettre en question tes choix de vie.

J'avoue que, les premiers jours, c'est quand même un peu l'fun: tu redécouvres les choses qui t'ont manquées, comme les longues douches chaudes, un grand lit confortable avec l'oreiller qui sent bon, les sorties entres amis et la famille. Mais cette fébrilité s'estompe rapidement, pour laisser place au manque d'imprévu, d'aventure... On s'ennuie de se doucher dans les puits, de dormir à même le sol, sans couverture, de discuter avec des inconnus dans sa langue seconde et de manger des pâtes à longueur de semaine.

Finalement, ici, tout est de trop, et on étouffe...

J'aurais tellement voulu savoir que...

L'intérêt pour mon voyage ne durerait que le temps d'une soirée... Et que même nos meilleurs amis à la maison ne pourront jamais nous comprendre!

Que la solitude allait me rendre malade. Finies les chambres à coucher avec 20 personnes, et les partys, et le bruit toute la nuit...

Que le voyage allait changer ma vie! Ailleurs, on se permet de faire des folies et de vivre des passions qu'on s'interdit à la maison. On laisse beaucoup plus de place à l'instinct et au moment présent. On se laisse aller, et on embrasse un inconnu. Et ce sentiment de liberté, une fois qu'on y a goûté...

Alors, des solutions ?

Revenir de voyage, c'est un peu comme la fin d'une histoire d'amour. Alors, j'accepte ma solitude. Je n'essaye pas de m'étourdir avec des plaisirs artificiels. Et je me laisse du temps, beaucoup de temps.

Je lis davantage les journaux, et je continue de m'intéresser aux régions que je viens de visiter. Je me découvre une passion pour la littérature de voyage et, toutes les semaines, j'ai l'impression d'être ailleurs.

Je me mets davantage à explorer ma ville, comme si elle était un pays étranger. J'essaye des restos exotiques (congolais une semaine, sri-lankais une autre), et je visite des quartiers que je ne connais pas.

Je m'achète une carte du monde.

Je fais du «scrapbooking»: je trie tous les trucs que j'ai ramassés, j'imprime des photos, etc. Et ça me permet de rester un peu plus longtemps dans l'esprit du voyage, tout en créant une agréable transition.

Je me joins à des groupes de voyageurs, sur l'internet: les forums de Lonely Planet, par exemple, où j'offre des conseils aux voyageurs qui partent visiter le pays d'où j'arrive.

Et je garde toujours espoir, car je sais qu'un jour prochain, je pourrai redire la phrase qui m'est si chère :

«Bonjour, je suis Alexandra, je viens du Canada et je suis ici pour trois mois... Toi, tu viens d'où ?»

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