Maladie de Crohn: un nouveau traitement approuvé par Santé Canada

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Les taux d'efficacité dans les essais cliniques du Stelara publiés dans le New England Journal of Medicine tournaient autour de 56 %, ce qui est une très bonne nouvelle, selon plusieurs spécialistes.

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Bonne nouvelle pour ceux qui souffrent de la maladie de Crohn. Santé Canada vient d'approuver un nouveau médicament, Stelara, qui s'ajoute aux agents biologiques existants pour traiter des inflammations intestinales chroniques sévères.

Richard David vit avec la maladie de Crohn depuis plus de 34 ans. Malgré trois résections intestinales, l'inflammation de son petit intestin réapparaît systématiquement.

Au fil des ans, il a essayé à peu près tous les anti-inflammatoires. Corticostéroïdes et immunosuppresseurs (Purinethol) dans un premier temps, puis les agents biologiques comme le Remicade, utilisé depuis une quinzaine d'années dans les cas sévères d'inflammation intestinale. Malheureusement pour lui, l'efficacité du Remicade s'est avérée de courte durée.

L'homme de 66 ans, aujourd'hui à la retraite, a dû composer avec les effets indésirables de la maladie: fatigue, maux de ventre, diarrhées.

«J'ai été chanceux malgré tout, nous dit cet ancien courtier d'assurances de Québec. J'ai toujours travaillé, mais il y a toute une dimension psychologique au Crohn. Ce n'est pas une maladie facile à accepter. On ressent un mal de vivre en société qui fait qu'on se referme sur soi-même. À l'âge de 58 ans, j'étais tout le temps fatigué... Comme j'avais un bon fonds de pension, j'ai décidé de prendre ma retraite.»

En 2014, son gastroentérologue, le Dr Marc Bradette de l'Hôtel-Dieu de Québec, lui a proposé d'essayer le Stelara, sous forme d'injections.

«Ce nouvel agent biologique va se lier à deux médiateurs inflammatoires, l'interleukine 12 et 23, qui jouent un rôle important dans la communication entre les cellules du système immunitaire dans la maladie de Crohn, explique le Dr Bradette. Le Stelara va se lier à ces deux facteurs sanguins [interleukine] pour inhiber la cascade d'inflammation.»

Après avoir reçu une première dose aux huit semaines, le Dr Bradette lui a prescrit une dose qu'il peut s'administrer lui-même toutes les quatre semaines. «Depuis ce temps-là, je vais beaucoup mieux, nous a-t-il dit, ce qui est appréciable, parce que ma maladie de Crohn touche maintenant toutes les parties de mon système digestif et qu'en plus, je dois soigner une cirrhose du foie et des problèmes d'arthrose.»

Taux d'efficacité de 56 %

Stelara est le troisième agent biologique approuvé par Santé Canada après Remicade et Humira, deux anti-TNF (Tumor Necrosis Factor) efficaces auprès d'environ 50 % des patients aux prises avec une maladie de Crohn sévère. Les taux d'efficacité dans les essais cliniques du Stelara publiés dans le New England Journal of Medicine tournaient autour de 56 %, ce qui est une très bonne nouvelle, selon plusieurs spécialistes.

«Chaque année, il y a environ 5 % de nos patients qui ne répondent plus à la médication qu'on leur prescrit, même avec les agents biologiques de première génération comme le Remicade, explique le Dr Bradette. M. David est un patient qui ne répondait plus à rien.»

«Le Stelara nous offre maintenant un outil de plus. C'est une nouvelle très importante parce qu'on a maintenant trois mécanismes d'action différents.»

Le Dr Bradette ne peut toutefois comparer l'efficacité des trois agents biologiques maintenant offerts. «Il y a des patients qui répondront à l'un de ces traitements et pas à l'autre. On ne peut pas dire qu'il y en a un meilleur que l'autre. On va pouvoir l'utiliser auprès des patients qui n'ont pas répondu aux autres traitements et même dans certains cas sévères, commencer par ce traitement-là.»

L'avantage du Stelera, croit le Dr Bradette, est qu'après avoir reçu une première dose par intraveineuse, le patient peut s'injecter lui-même le médicament, de chez lui, contrairement au Remicade, par exemple, où le patient doit se rendre dans une clinique de perfusion tous les deux mois pour recevoir sa dose. «Ça donne une plus grande indépendance aux patients, ce qui n'est pas négligeable», estime-t-il.

Le coût du médicament est élevé. Richard David paye 4750 $ par mois pour recevoir ses doses de Stelara, soit 57 000 $ par année! Heureusement pour lui, l'approbation de Santé Canada fait en sorte que le coût sera désormais couvert par la Régie d'assurance-maladie du Québec (qui devrait pouvoir baisser le prix à environ 20 000 $ par année, comme elle l'a fait pour les deux autres agents biologiques).

Depuis quelques années, une cinquantaine de patients se sont fait offrir ces traitements par la compagnie pharmaceutique (Janssen) sur une base «compassionnelle».

Malheureusement, il n'existe pas encore de tests pour savoir exactement quels sont les facteurs qui déclenchent les réponses inflammatoires du système immunitaire. Le Stelara est utilisé uniquement pour la maladie de Crohn, qui touche environ 130 000 Canadiens. Le médicament n'a pas encore été testé pour les cas de colite ulcéreuse, une autre maladie inflammatoire de l'intestin.




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