Complexé par ses seins

Il y a des hommes qui ont des seins. Pas des pectoraux musculeux, mais des... (ILLUSTRATION LA PRESSE)

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Il y a des hommes qui ont des seins. Pas des pectoraux musculeux, mais des glandes mammaires développées parfois arrondies par des masses graisseuses qui leur font une poitrine à l'aspect féminin. Pause s'est intéressée à ce tabou qu'est la gynécomastie.

Il n'y a pas que les femmes qui se soucient de la forme, de la taille, bref, de l'apparence de leurs seins. Après le nez et les paupières, la poitrine était la troisième zone d'intervention en importance pour la clientèle masculine des chirurgiens plasticiens nord-américains en 2015, selon l'American Society of Plastic Surgeons. Que veulent ces hommes? Corriger un problème gênant: ils ont des seins.

Le développement exagéré des seins chez l'homme, appelé gynécomastie, n'est pas rare : elle toucherait de 40 % à 60 % des hommes de manière passagère ou permanente et à des degrés divers. Parfois, seule la glande mammaire grossit sous l'aréole et crée un bourgeon de sein d'un diamètre variable. «Ça peut être gros comme un 5 ou un 25 sous», illustre la Dre Stéphanie Olivier, de la clinique Médispa de Bromont. D'autres cas sont autrement plus sérieux...

«Je vois souvent des hommes qui me disent mettre plusieurs chandails pour compresser leurs seins. Ils ne sont presque jamais allés à la piscine ou à la plage et n'enlèvent jamais leur chandail pour ne pas montrer leurs seins», affirme Mario F. Bernier, chirurgien plasticien à Laval.

Il se rappelle aussi le cas d'un papa fort ébranlé qui a consulté après que sa propre fillette se soit moquée de lui en disant qu'il avait «des seins de femmes».

Les deux médecins le confirment: le développement anormal des seins cause beaucoup de souffrance psychologique chez les hommes et les adolescents aux prises avec une gynécomastie. «Ces hommes-là se cachent», insiste le Dr Bernier. En effet. Un patient de la Dre Olivier a accepté que ses photos soient publiées dans La Presse, mais il a refusé de témoigner. Même de manière anonyme.

Le yo-yo des hormones

En théorie, le terme gynécomastie réfère au développement excessif des seins (parfois un seul) chez l'homme et la pseudo-gynécomastie correspond à une surcharge graisseuse au niveau des seins. En pratique, tissus graisseux et mammaires sont souvent associés. Le développement des seins découle d'un débalancement hormonal qui peut être congénital, associé à une autre maladie ou à la consommation de diverses substances (dont des drogues, les stéroïdes et des médicaments). Dans tous les cas, la production d'oestrogène (hormone féminine) dépasse celle de la testostérone (hormone masculine).

Un tel déséquilibre n'est pas rare à l'adolescence.

«Les bourgeons mammaires, c'est surtout les adolescents. Ils vont se baigner et se font dire qu'ils ont un sein qui pousse. Eux, on les voit assez tôt», précise la Dre Stéphanie Olivier.

Le problème se voit très vite chez ceux qui sont très minces. La situation est parfois passagère: le Dr Bernier assure que, lorsque la production de testostérone dépasse celle de l'oestrogène, elle peut «faire disparaître» le bourgeon mammaire. Sinon, une extraction de la glande est possible.

Ainsi, il recommande aux ados et à leurs parents d'attendre jusqu'à deux ou trois ans avant d'enclencher un processus qui mènerait à une intervention chirurgicale. La Dre Olivier, elle, juge qu'il est possible d'intervenir plus tôt: «On ne va pas attendre un an que le garçon ne fasse plus de sport ou de conditionnement physique parce qu'il est complexé.» Les deux chirurgiens plasticiens insistent toutefois sur un point: il est important que le patient aux prises avec une gynécomastie soit vu par son médecin de famille, qui fera les investigations nécessaires (tests sanguins et endocrinologiques, notamment).

Cela est d'autant plus vrai chez les hommes plus âgés qui présentent des signes de gynécomastie. Des tumeurs - testiculaires, entre autres - peuvent en effet causer des débalancements hormonaux et la croissance des seins. «Quand on constate une augmentation de la glande mammaire vers l'âge de 50 ans, il est important d'éliminer la possibilité d'un cancer du sein chez l'homme», ajoute la Dre Olivier. Le risque est faible, mais il existe. Il peut aussi s'agir simplement d'un déséquilibre hormonal associé à l'andropause.

Les seins uniquement constitués de graisse se résorbent parfois d'eux-mêmes. Des adolescents plus grassouillets finissent parfois par grandir et perdre leurs rondeurs au niveau des seins. Des hommes adultes corpulents arrivent parfois à perdre suffisamment de poids pour régler le problème. La liposuccion (et un redrapage de la peau) peut aussi aider. Or, l'intervention ne règle pas tout: des changements dans les habitudes de vie (exercice, alimentation) s'imposent également au risque de voir les seins graisseux «repousser».

Des substances à avoir à l'oeil

La raison pour laquelle les glandes mammaires se développent ou recommencent à se développer demeure parfois non identifiée. En revanche, plusieurs substances sont reconnues pour jouer un rôle dans ce processus. Le lien entre l'utilisation de stéroïdes et la gynécomastie glandulaire est établi et la Dre Olivier dit avoir vu beaucoup d'adeptes de musculation aux prises avec ce problème. Une consommation excessive d'alcool ou de marijuana peut également être à la source du problème. Dr Bernier souligne que plusieurs autres drogues (amphétamines, méthadone, héroïne) et de nombreux médicaments peuvent être associés à la gynécomastie.

Des questions?

Hypersensibilité

Les adolescents ou les hommes aux prises avec une gynécomastie de type glandulaire peuvent ressentir une légère lourdeur et des picotements ou trouver que leurs seins sont anormalement sensibles. Ces sensations s'apparentent à celles que vivent les adolescentes et préadolescentes au moment où leurs seins poussent.

Traitement

Les interventions offertes pour corriger la gynécomastie sont l'extraction de la glande mammaire (par une petite incision faite au bas de l'aréole du sein) et la liposuccion. Le Dr Mario F. Bernier juge que la liposuccion par ultrasons constitue une bonne méthode d'intervention: les ultrasons liquéfient les tissus, qui sont ensuite aspirés. Les différents types d'interventions coûtent en général plus de 4000 $. Si le patient a moins de 18 ans, la facture est parfois remboursée par la Régie de l'assurance maladie du Québec.

Et le cancer du sein?

Un homme jeune ou âgé qui vit avec une glande mammaire surdéveloppée a-t-il plus de risques d'être atteint d'un cancer du sein ? Non, assurent les deux chirurgiens plasticiens consultés par La Presse. Le médecin va investiguer pour éliminer cette possibilité, en particulier si une gynécomastie se développe chez un homme dans la force de l'âge, mais 1 % seulement de tous les cancers du sein concernent les patients de sexe masculin.

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