KDOG: le flair de chiens pour détecter le cancer du sein?

Isabelle Fromantin et Aurélie Thuleau dans leur bureau... (Photo Jean-Christophe Laurence, La Presse)

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Isabelle Fromantin et Aurélie Thuleau dans leur bureau à l'Institut Curie

Photo Jean-Christophe Laurence, La Presse

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(Paris) On connaissait les chiens qui reniflent la drogue. Ceux qui détectent les explosifs. Ou ceux qui se servent de leur pif pour chasser. Mais des chiens qui dépistent le cancer du sein avec leur odorat, ça, non.

À Paris, une branche de l'Institut Curie travaille pourtant - très sérieusement - sur cette question, avec un projet-pilote baptisé «KDOG». La recherche n'en est qu'au stade expérimental. Mais les résultats, s'ils s'avèrent probants, pourraient offrir une solution de rechange douce, simple et peu coûteuse à la mammographie.

Il faut savoir, au départ, que les tumeurs «crachent» des odeurs. C'est du moins ce qu'avancent depuis 2004 un nombre grandissant d'études scientifiques. Ces odeurs sont souvent imperceptibles pour les humains, mais beaucoup moins pour la race canine, qui possède le flair que l'on sait. D'où l'idée d'utiliser des chiens pour détecter les cancers du sein à un stade précoce.

Le principe est simple: la patiente dépose des lingettes sur ses seins pendant la nuit, lesquelles vont absorber les composés volatils odorants présents dans la sueur. L'odeur de la lingette est ensuite soumise, à travers un «cône», au chien dressé spécialement pour l'exercice, qui détectera l'odeur de la tumeur, parmi d'autres lingettes «saines».

«Les gens pensent que les chiens sont à l'hôpital pour aller sniffer les seins des gens, mais ce n'est pas le cas. Il faut stopper cette rumeur!», souligne à gros traits la chef de projet Aurélie Thuleau, bras droit d'Isabelle Fromantin, l'infirmière titulaire d'un doctorat spécialisée en plaies qui a créé KDOG avec le dresseur de chiens Jacky Experton, expert en cynophilie.

Ce ne sont pas les premières expériences en ce sens. Aux États-Unis, en Autriche, en Italie, des études similaires ont été menées sur les cancers du poumon et de la prostate. Dans ces deux cas, les odeurs émanaient de l'haleine ou de l'urine.

Pour le cancer du sein, l'odeur est moins directe et donc moins «évidente». D'où l'intérêt particulier de KDOG et l'enthousiasme que le projet suscite en France.

«On ne s'attendait pas à un tel engouement dans les médias», admet Aurélie Thuleau, chef de projet.

Cette attention n'est d'ailleurs pas pour leur déplaire: plus on en parle, plus les patientes sont disposées à servir de cobayes.

Elles sont une cinquantaine de femmes, jusqu'ici, à s'être prêtées à l'expérience. Les chiens, eux, sont au nombre de deux. Il y a Thor et Nykios, deux bergers malinois, race particulièrement réputée pour la finesse de son odorat. Dans son laboratoire en province, Jacky Experton leur apprend à reconnaître l'odeur tumorale du cancer du sein. Fait intéressant, ce dressage particulier est un héritage direct des méthodes de la Stasi. Pendant la guerre froide, la police est-allemande se servait des techniques cynophiles pour rechercher les opposants au régime. Les mêmes techniques qui servent aujourd'hui à dépister le cancer du sein...

Financé au départ sur la base du crowdfunding (financement citoyen), le projet est toujours dans sa phase «preuve de concept». On devrait dévoiler les premiers résultats officiels dans trois mois. Aucune marge d'erreur n'est permise. KDOG a suscité la méfiance dans le milieu médical, tant par son originalité que par sa surexposition médiatique. Sa fiabilité doit être «de 99 %», souligne Aurélie Thuleau.

Quant aux critiques, Isabelle Fromantin hausse les épaules. C'est un «faux débat», dit-elle, en ajoutant que les détracteurs sont «de moins en moins nombreux».

Il faut dire que KDOG a un énorme potentiel.

Pour les femmes des pays développés, le dépistage du cancer du sein par les chiens offre une solution de rechange douce à la mammographie, plus intrusive en raison de l'utilisation de rayons, et possiblement nocive si répétée trop souvent.

C'est dans le monde émergent, toutefois, qu'Isabelle Fromantin entrevoit les plus grands bénéfices pour sa recherche. La méthode KDOG permettrait à certains pays pauvres, mal équipés sur le plan médical, de détecter le cancer du sein de façon précoce, sans avoir à passer par des procédés coûteux et sophistiqués.

Mais il faudra pour cela que KDOG passe le premier test, avant de lancer des études cliniques approfondies, impliquant plus de patientes et des races de chiens variées. Il n'est pas exclu, par ailleurs, que l'équipe de KDOG transpose ses recherches au cancer des ovaires, un autre « crabe » pour lequel il n'existe pas de dépistage précoce efficace.

La nature, décidément, nous surprendra toujours.




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