Menstruées et fières de l'être

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Qu'on se le dise, quand on est «dans sa semaine», on n'est ni honteuses, ni sales, ni souillées. Une chercheuse qui étudie les menstruations depuis 30 ans propose aux femmes d'en finir avec ces complexes et d'apprécier enfin leurs règles. Apprécier? Notamment parce qu'elles nous offrent une force dont nous aurions tort de nous priver. Discussion autour d'un tabou qui a fait son temps.

Règles 101

Alexandra Pope est à la tête d'un centre de recherche sur les menstruations. Établie en Angleterre, la Red School offre des ateliers, du coaching et même une formation en ligne. Objectif? Un éveil menstruel, rien de moins, pour en finir avec les euphémismes et apprécier enfin nos menstruations. Entretien en cinq temps avec une féministe «passionnée».

Le tabou

Depuis la nuit des temps, le sang menstruel est associé à quelque chose d'impur, à cacher à tout prix. Pas étonnant que toutes les langues du monde aient une expression codée pour parler des menstruations. «Quand il y a tabou, c'est signe qu'il y a quelque chose de puissant. On a affaire à quelque chose de significatif, analyse Alexandra Pope, en entrevue de ses bureaux de Birmingham, en Angleterre. Or, d'après ce que je sais sur tout le pouvoir associé aux menstruations, probablement qu'en démonisant les femmes menstruées, on a trouvé là un moyen de les contrôler. [...] Vous vous souvenez de ce commentaire de Donald Trump à une animatrice de télévision? En parlant du sang qui sortait de ses yeux [et d'ailleurs], il a essayé de saper sa crédibilité! Et cela, on voit ça depuis la naissance du patriarcat. Ça, c'est mon point de vue sur la question du tabou en tout cas», avance-t-elle.

Un nouveau paradigme

«Moi, je propose de voir les menstruations sous un nouveau paradigme, poursuit la chercheuse. Tous les cycles ont un sens: il y a le cycle de la vie, le cycle du jour et de la nuit [...] et le cycle le plus crucial de tous, celui qui est responsable de notre présence à tous ici sur Terre, c'est le cycle menstruel. Or, on fait comme si on pouvait s'en passer! Moi, je prétends le contraire. [...] Je pense que les menstruations font partie intégrante de la santé globale des femmes. [...] Et c'est en prenant pleine conscience de leur cycle menstruel que les femmes vont être non seulement plus heureuses, mais aussi plus en santé.» Comment cela? «Parce qu'elles vont pouvoir ainsi gérer leurs énergies et comprendre leurs émotions», dit-elle.

Lire son corps, littéralement

«Je propose aux femmes de lire leur corps. Comprendre le fonctionnement de leur corps, la physiologie de leur cycle hormonal, pour savoir quand elles ovulent, reconnaître certains signes physiques quand elles sont fertiles, etc. Tout cela, c'est une forme de lecture. Évidemment, si vous prenez la pilule, votre corps ne vous parle plus et c'est la pilule qui décide. Non, je ne suis pas une fan de la pilule contraceptive. Mais, par contre, je suis une fan de la contraception des femmes!»

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Pas un problème

«Dans le monde actuel, être menstruée, c'est un problème. Parce qu'on n'encourage pas les femmes à suivre leur rythme organique. Or, tout cela nuit à notre santé! Le cycle menstruel est très sensible au stress. [...] Or, il faut écouter ce que nous dit notre cycle parce qu'il nous donne une indication sur notre état de santé en général. Par exemple, si vous avez beaucoup de douleurs, ou pas de menstruations du tout, ce sont des signes que quelque chose ne fonctionne pas correctement dans votre corps.» Un signe qu'il faut ralentir, peut-être? «Absolument! Les femmes devraient écouter les impératifs de leur corps. Si leur corps leur dit qu'elles doivent prendre du recul, lâcher prise, se reposer, qu'elles le fassent! [...] Vous savez, cette idée qu'il faille être 100 % disponible en permanence a quelque chose de traumatisant.»

Un puissant outil pour prendre soin de soi

«Moi, je dis que les menstruations sont un outil d'autosoins, poursuit-elle. Parce qu'elles nous permettent de savoir quand nous avons le plus de force et d'énergie et quand nous sommes plus vulnérables. Nous pouvons donc miser sur nos forces et veiller à nos vulnérabilités.» Concrètement? « Je crois que les femmes devraient avoir une certaine flexibilité au travail, autour de leurs menstruations, conclut-elle. Je ne dis pas qu'il faudrait donner congé aux femmes menstruées, mais plutôt leur laisser une certaine souplesse dans la gestion de leur temps. [...] Parce que les femmes n'ont pas la même énergie tous les jours. Elles ont un corps fantastique et, si elles l'écoutent, elles seront nettement plus productives. Vous savez, au moment de l'ovulation, probablement que certaines pourraient faire la job pour dix! Mais pendant leurs règles, on a besoin de ralentir. [...] Et quand on sait cela, cela nous donne du coup un pouvoir très puissant!» Un conseil pour commencer? Ne prenez pas un rendez-vous important la veille de vos règles...

Des congés pour les femmes menstruées

Une boîte en Angleterre, coachée par Alexandra Pope, jongle avec l'idée d'offrir aux femmes menstruées de prendre congé ou de travailler de la maison. La nouvelle, relayée par la presse, a fait grand bruit, certaines féministes voyant ici une mesure pour stigmatiser les femmes, qui pourrait potentiellement les pénaliser professionnellement parlant, tout en perpétuant le stéréotype de la femme émotive, bref, moins productive, que son collègue masculin (par définition plus stable). «Au contraire, rétorque Alexandra Pope en entrevue, nous ne disons pas que les femmes sont faibles et ont besoin de prendre du temps pour elles. Ce que nous disons, c'est que les femmes travaillent à un rythme différent au cours du cycle. Ce corps est un système fantastique, et si les femmes travaillent en harmonie avec lui, elles seront beaucoup plus productives que si elles l'ignorent.»

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Le cycle en quatre saisons

Observez les saisons et notez tous les parallèles avec votre cycle, suggère Alexandra Pope. L'idée? Ne plus voir les règles qu'en termes de SPM, mais apprécier enfin toute la complexité et la force de votre corps. Parce que si vous ne le faites pas, personne ne le fera pour vous.

L'hiver: Les menstruations (jours 1 à 5 environ)

La chercheuse compare les menstruations à un «hiver interne». «C'est classique: on ne veut pas trop bouger, comme en hiver, alors que la nature se replie sur elle-même.» De manière générale, plusieurs femmes ressentent la même chose: une envie de ne rien faire, de se débrancher du monde et de fermer boutique. «C'est psychiquement nécessaire, fait-elle valoir. Tout le monde a besoin de ce repli!»

Le printemps: La phase préovulatoire (jours 6 à 12)

Après le repli, voici l'éveil. On se sent littéralement revenir à la vie. L'enthousiasme est au rendez-vous. Le courant passe, et l'énergie est palpable. C'est le moment de se lancer dans un nouveau projet, une nouvelle aventure. «La motivation est spontanée!»

L'été: La phase ovulatoire (jours 13 à 21)

Ici, vous êtes à l'antithèse de l'hiver. C'est la phase de la superwoman. Vous avez les hormones dans le tapis. «Vous aimez tout le monde, tout le monde vous aime, vous vous sentez au mieux, résume Alexandra Pope. Pendant cette phase, vous dites oui à toutes les invitations, vous êtes capables de faire la fête toute la nuit.» Vous l'avez compris, vous être à votre pic d'énergie, tant socialement que professionnellement, vous êtes capable de faire 20 choses à la fois. «Vous êtes invincible!»

L'automne: La phase prémenstruelle (jours 21 à 28)

Les vents ont tourné et tout à coup, les autres vous intéressent moins. «L'irritation prémenstruelle, c'est ça: c'est le besoin de prendre plus de temps pour soi. Si vous ne le reconnaissez pas, c'est là que vous en faites une pathologie. Pourtant, c'est sain!», fait valoir Alexandra Pope. C'est ici que vous mettez des limites, redéfinissez certaines règles, et vous vous concentrez sur l'essentiel. Plusieurs personnes ont une journée-clé: la journée 25! «C'est un moment où plusieurs femmes ont une énergie très forte qui leur permet de dire: ne m'embête pas aujourd'hui! C'est fantastique, quand on y pense!»

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