Allergies alimentaires: finis les interdits à la CSDM

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Compte tenu de la nouvelle directive émise en décembre, « il n'y aura pas de police de la boîte à lunch » dans les écoles de la CSDM, souligne son porte-parole Alain Perron.

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Finie l'époque où les arachides étaient bannies et les oeufs interdits, sans parler du lait, des fraises ou des kiwis. Sans tambour ni trompette, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a émis une directive aux écoles de son territoire en décembre clarifiant sa nouvelle ligne de conduite sur les aliments allergènes, un virage à 180 degrés par rapport à ce qui prévalait jusqu'ici.

«Il n'y aura pas de police de la boîte à lunch», a résumé en entrevue le porte-parole de la CSDM, Alain Perron.

Il faut savoir que jusqu'en décembre dernier, il n'y avait pas de politique «claire» sur la question à la CSDM. Les établissements définissaient à leur guise les aliments interdits, et il n'était pas rare que les élèves pris en défaut (pour un sandwich aux oeufs, une barre tendre aux noix ou une éventuelle présence de traces d'allergènes) se fassent confisquer leur lunch. «Il y avait beaucoup d'interrogations dans les services de garde, des interdictions, des confiscations, nous avons donc voulu réaffirmer ce qui doit se faire.»

Finies les libres interprétations, la nouvelle consigne est limpide et sans équivoque: «on ne peut pas garantir un milieu sans allergène», affirme le porte-parole. Par le fait même, «l'école ne peut interdire des aliments apportés de la maison» ni bannir les aliments «contenant des traces d'allergènes», indique aussi la CSDM dans une note interne envoyée à tous les établissements en décembre, ainsi qu'à tous les abonnés de son infolettre.

Miser sur la sensibilisation et l'éducation

De part et d'autre, les établissements ont donc modifié leurs règlements internes. Dans les règlements du service de garde d'une école du centre-ville de Montréal, on peut ainsi désormais lire que «les aliments contenant des allergènes ne sont pas interdits dans l'école, car cela crée un faux sentiment de sécurité auprès des enfants allergiques et de leurs familles». Résultat: on mise désormais sur l'éducation et la socialisation des enfants.

«Il faut apprendre à vivre avec les enfants allergiques», indique Pierre Chartrand, coordonnateur des services éducatifs et complémentaires à la CSDM.

Huit aliments sont responsables de 90 % des réactions... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Huit aliments sont responsables de 90 % des réactions allergiques: le lait de vache, les oeufs, le soya, le blé, les arachides, les noix, le poisson et les fruits de mer.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Dans les faits, on encourage toujours les familles à éviter les produits allergènes, mais on ne confisquera plus le lunch d'un enfant parce qu'il contient une poignée d'amandes, une salade de crevettes ou un oeuf à la coque, assure-t-on. On va plutôt miser sur la sensibilisation des familles et l'éducation des jeunes, en insistant sur l'importance de se laver les mains après avoir mangé et de ne jamais partager son dîner. «On va mettre en place tous les mécanismes qu'on connaît pour qu'il n'y ait pas de transfert d'allergènes», assure le responsable du dossier à la CSDM, Pierre Chartrand.

Et dans la pratique ? Non, les élèves qui souffrent d'allergies ne seront pas «isolés»: «Ils vont manger avec leurs amis, mais peut-être pas à côté [de ceux qui ont des aliments allergènes]», précise-t-il.

Selon Pierre Chartrand, avec la multiplication des allergènes qu'on connaît aujourd'hui, on n'a tout simplement «pas le choix de composer» avec la réalité: «le premier réflexe a été d'interdire. Mais quand les allergènes deviennent trop nombreux, on change de stratégie.»

Une nouvelle qui peut être «très insécurisante»

Dominique Seigneure est directrice des communications d'Allergies Québec et mère d'une fillette polyallergique. Elle reconnaît que cette «grosse nouvelle» peut être «très insécurisante» pour les familles d'enfants allergiques. «Mais nous, on leur dit qu'au lieu d'un sentiment de sécurité, mieux vaut savoir comment réagir!»

L'organisme ne milite d'ailleurs pas pour l'interdiction des allergènes - «Où on s'en va avec le retrait de tous les allergènes? Les allergènes ne font qu'augmenter et il y a toujours de plus en plus d'enfants touchés!» -, mais plutôt pour la mise en place d'un protocole uniformisé pour recevoir les personnes allergiques (identification des élèves, plan d'intervention individualisé, entreposage des médicaments, mesures d'urgence, etc.), un protocole qui n'existe toujours pas au Québec.

«Cette nouvelle implique beaucoup d'écoles, conclut-elle, la CSDM va-t-elle être un leader, quel sera l'impact à long terme? Moi, je continue de penser que ça va peut-être donner la chance aux écoles de mieux s'outiller face aux enfants allergiques.»

Et ailleurs?

Cette nouvelle orientation ne touche que les écoles de la CSDM, la plus grande commission scolaire de la province. Chaque commission scolaire est en effet autonome sur cette question. Mais à titre d'exemple, la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île (CSPI) a elle aussi emboîté le pas: «La CSPI ne peut pas garantir un milieu sans allergène», indique-t-on sur son site. Inversement, du côté de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, c'est tout le contraire. Sauf erreur, toutes les écoles primaires ont une politique alimentaire de tolérance zéro. «Chaque école peut interdire un aliment qui peut provoquer une réaction allergique, confirme la porte-parole Gina Guillemette. On peut penser que 100 % de nos écoles primaires interdisent aux enfants d'apporter des noix et des arachides dans leurs boîtes à lunch.» La CSMB n'était d'ailleurs pas au courant du virage de la CSDM.

Du nouveau du côté des arachides

On a longtemps conseillé de retarder l'introduction des arachides dans l'alimentation des nourrissons issus de familles à risque. En janvier, le National Institute of Allergy and Infectious Diseases a remis en question cette pratique, affirmant au contraire qu'une introduction précoce permettrait de réduire de 81 % le risque de développer une allergie à l'arachide. Dans la même veine, dans sa dernière édition de Mieux vivre avec votre enfant (la bible offerte aux nouveaux parents par l'Institut national de santé publique du Québec), on n'encourage plus les familles à retarder l'introduction des aliments susceptibles de causer des allergies. «Nous savons maintenant que retarder l'introduction de ces aliments ne prévient pas les allergies, même chez les enfants qui ont une histoire familiale de trouble allergique.»




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