Effet placebo: le pouvoir de l'autosuggestion

Le Dr Jean-François Chicoine... (photo Maxime Picard, archives Imacom)

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Le Dr Jean-François Chicoine

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Le passage du Pharmachien (Olivier Bernard) à Tout le monde en parle a relancé le débat sur l'efficacité des produits naturels et homéopathiques, mais aussi, par la bande, sur l'effet placebo, très important chez l'enfant. D'où la question: est-ce que les pédiatres tirent profit de cet «effet magique» pour soigner leurs jeunes patients?

Le fait de croire qu'un médicament va nous faire du bien, même s'il ne contient aucun ingrédient actif, fera en sorte qu'il sera efficace dans une proportion de 30 % à 60 %. C'est ce qu'on appelle l'effet placebo. Ce pouvoir d'autosuggestion vaut autant pour les enfants que pour les adultes, mais une étude récente conclut qu'il est deux fois plus important chez l'enfant.

Un produit homéopathique qui «soulage les troubles mineurs du sommeil» agirait ainsi efficacement auprès d'enfants sujets à l'insomnie et à l'anxiété, selon des parents aiguillés par leur pédiatre. La crédulité des enfants devrait-elle inciter les médecins à recourir à ces pratiques avant de prescrire de «vrais» médicaments? Devraient-ils exploiter cet «effet magique»?

La question ébranle le Dr Jean-François Chicoine, pédiatre au CHU Sainte-Justine. «Je crois que c'est totalement non éthique de la part d'un médecin de recommander des produits homéopathiques. Je ne prescrirai jamais quelque chose qui ne contient rien, je trouve ça profondément immoral. Ce n'est pas nécessaire de donner de l'argent à des multinationales homéopathiques. Je trouve que c'est même une intrusion dans la relation parent-enfant.»

Stimuler l'imagination

Selon le Dr Chicoine, on peut profiter pleinement de l'effet placebo en proposant des activités ludiques qui vont stimuler l'imagination de nos enfants.

«C'est l'une de leurs grandes forces jusqu'à l'âge de 8, 9 ans, cette imagination est quelque chose qui peut les sauver de tout ! Parce que leur pensée est concrète, elle n'est pas encore logique. Moi, ma mère me mettait du sucre de couleur sur des tranches de banane pour diminuer mes troubles de comportement. Quand j'étais trop agité, j'en prenais et ça marchait!»

Exactement l'approche du dermatologue Alain Dansereau, qui donne des seringues Harry Potter remplies d'eau à ses patients pour qu'ils guérissent leurs verrues, ou alors ils les «achètent» pour 25 cents la verrue! «Que ce soit des pelures de patate, de l'huile de saint Joseph ou un autre traitement maison, si on est convaincu que la verrue va partir, elle va partir dans environ 28 % des cas», avait-il confié à La Presse l'an dernier.

«Vous n'avez qu'à prendre des Smarties, des bonbons, inventer une potion magique, vous pouvez vous servir de l'imagination de vos enfants!»

«C'est formidable! applaudit le Dr Chicoine, on est dans le jeu, dans l'imagination, on respecte le développement de l'enfant. Quand un enfant a peur d'un monstre, on lui fait dessiner le monstre et on le fait disparaître avec une baguette magique, comme dans Harry Potter ! On ridiculise le monstre!»

Ce qui le fait sortir de ses gonds, c'est la «manipulation» d'un enfant qui accède à la «pensée logique» et qu'on berne avec des «médicaments» qui n'en sont pas. «C'est un mensonge! s'insurge-t-il. Pour moi, c'est un problème de valeurs. Si le Collège des médecins et le ministère de la Santé déclarent que le sirop d'érable va remplacer les antibiotiques, le Québec va faire des économies, mais vous allez introduire le mensonge et vous allez céder le contrôle à une autre entité.»

La relation d'aide

«Les traitements placebos ne sont ni recommandés ni utilisés en clinique, affirme pour sa part le Dr Martin Gignac, chef du département de pédopsychiatrie au CHU Sainte-Justine et professeur à l'Université de Montréal. L'effet placebo, on le retrouve plutôt dans la relation thérapeutique que le médecin entretient avec le patient. Dans la régularité des rencontres aussi. On ne prescrit pas une pilule de sucre aux patients qui viennent nous consulter.»

Il faut savoir que durant ces tests thérapeutiques - qui visent essentiellement à mesurer l'efficacité réelle d'un médicament par rapport au placebo -, le simple fait de dire au patient: «On va vous traiter» a un impact, évalue le Dr Gignac. «Peu importe ce qu'on vous donne, on observe un taux d'efficacité de 30 % en moyenne.»

«Le fait de m'intéresser à la condition d'un patient, de le voir une fois par semaine et de suivre l'évolution de ses symptômes, ces gestes-là ont un effet.»

À l'opposé, le geste de donner un médicament à quelqu'un qui a plutôt besoin d'une thérapie envoie un mauvais message, estime le Dr Gignac. «On veut que le patient s'approprie le trouble dont il souffre. Le fait d'offrir un traitement placebo viendrait interférer avec notre intervention. Prenez un enfant qui a mal à la tête parce qu'il est stressé à l'école. Si on prescrit un placebo pour traiter son mal de tête, on perd toute la notion qu'il y a un travail qui peut être fait sur sa compréhension des causes de ce mal de tête. Notre but devrait être d'aider l'enfant à trouver des stratégies pour gérer son stress à l'école.»

La perte d'humanité

«Là où on a failli, croit le Dr Chicoine, c'est que comme d'autres sociétés, on est devenus inhumains, pas intéressants pour nos patients, peu disponibles et peu ouverts. Si les gens se tournent vers d'autres solutions (produits naturels ou homéopathiques), c'est que les patients n'ont plus de relation avec leur médecin. Les gens ne savent pas quoi faire, alors ils achètent des artichauts parce que le vendeur d'artichauts, lui, les écoute.»

Le Dr Gignac convient lui aussi que la relation d'entraide et d'empathie - que ce soit entre l'enfant et ses parents ou entre l'enfant et son médecin - est plus importante que de «faire accroire» à l'enfant qu'on a une solution médicale (qui n'en est pas une). «Les effets placebos doivent nous servir dans la compréhension, mais ne doivent pas être utilisés dans l'intervention», juge-t-il.

«Dans plusieurs études, explique-t-il, les antidépresseurs n'étaient pas plus efficaces que les placebos chez les enfants et les adolescents. Ils devenaient plus efficaces lorsqu'ils étaient combinés à une psychothérapie. Ce qui fait qu'aujourd'hui, on recommande en première intention la psychothérapie simple. Si les symptômes sont plus sévères, alors on ajoute les antidépresseurs. L'effet placebo va nous aider à nous guider dans les approches thérapeutiques à mettre en place.»

Le terreau fertile des enfants

En 2008, une équipe de chercheurs des Hospices civils de Lyon, en France, a mené une trentaine d'essais thérapeutiques pour évaluer l'efficacité de nouveaux médicaments antiépileptiques sur des adultes et des enfants. Le Dr Philippe Ryvlin et son équipe ont noté que les enfants réagissaient favorablement deux fois plus que les adultes au médicament placebo. 

Au cours de ces essais, 20 % des enfants ont en effet constaté une diminution de 50 % de la fréquence de leurs crises d'épilepsie, contrairement à 10 % des adultes soumis aux tests. Ce qui a fait dire au Dr Ryvlin dans une entrevue accordée à l'AFP qu'il fallait «augmenter le nombre de personnes impliquées dans les essais thérapeutiques pour obtenir des résultats fiables». «Nous avons constaté que certains médicaments testés en sous-estimant l'effet placebo n'avaient pas pu faire la preuve de leur efficacité, qui pourtant était réelle», a-t-il également dit.




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