S'entraîner avec un hijab

Les accessoires adaptés aux sportives musulmanes leur ouvrent... (PHOTO FOURNIE PAR NIKE, ARCHIVES REUTERS)

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Les accessoires adaptés aux sportives musulmanes leur ouvrent désormais la voie du dépassement physique.

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Elles aiment bouger, performer, elles pratiquent le taekwondo, jouent au soccer, joggent dans les parcs. Ce qui les distingue des autres accros à l'endorphine? Le hijab qui fait partie de leurs croyances et de leur mode de vie. Les accessoires et gymnases adaptés aux sportives musulmanes leur ouvrent désormais la voie du dépassement physique. Si bien que sport et modestie religieuse s'accommodent de mieux en mieux.

Sarah (nom fictif)*, jeune Lavalloise d'origine marocaine, est adepte de randonnée, de jogging, de camping et passe plusieurs heures par semaine dans un gym du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal. Pour s'adonner à ses sports préférés, cette musulmane, qui porte le voile depuis l'âge de 13 ans, déploie autant de débrouillardise que de créativité.

«La première fois, j'ai essayé de le nouer autour de mon cou, mais c'était encombrant et ça tombait. Ensuite, j'ai trouvé une sorte de chandail qui cache quand même le cou et j'ai fait une sorte de turban avec mon voile. Dans les boutiques de Montréal, je ne trouve pas de vêtements adaptés à mes besoins, ce que je trouve plate, mais j'imagine que c'est normal que les articles de sport ne soient pas adaptés pour nous», observe la jeune femme, une accro du sport depuis l'adolescence.

Mais Sarah a l'habitude de faire face à quelques écueils, pour concilier ses valeurs religieuses et son amour du sport.

«Quand je suis entrée au secondaire, j'aimais beaucoup le soccer. La position d'attaquante que j'occupais me donnait très chaud, avec mon voile. J'ai donc décidé de devenir gardienne de but, pour quand même assouvir mon envie de jouer au soccer.»

La jeune femme, ces jours-ci, fréquente la piscine pendant les heures réservées aux femmes et s'est récemment abonnée à Énergie Cardio pour Elles, un gymnase 100 % féminin. «Puisqu'on se retrouve entre femmes, personne ne porte le voile, donc on ne sait pas qui est musulmane et qui ne l'est pas. Ça répond à mes valeurs personnelles.»

Qu'en est-il des regards et réactions de ceux qui perçoivent d'un mauvais oeil le signe religieux qui lui couvre la tête? «Les gens passent souvent des commentaires étonnés. En excursion de kayak, l'été dernier, j'en ai entendu me dire: "Ah ouin? Tu fais ça, toi..." Je suis quand même humaine, je suis capable de prendre les commentaires. Cela dit, je préfère courir le soir ou tôt le matin, quand il y a moins de gens dehors.»

Le hijab sportif ResportOn est né d'un projet... (Photo fournie par Salam Sports) - image 2.0

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Le hijab sportif ResportOn est né d'un projet universitaire au cours duquel Elham Seyed a conçu 40 prototypes.

Photo fournie par Salam Sports

Le côté sportif du hijab

Esclandre autour du burkini sur les plages, fin de l'interdiction de porter le voile au sein de la FIFA, pétition qui a incité la Fédération internationale de basketball (FIBA) à autoriser le hijab... Si le voile islamique a décoiffé plusieurs de ses détracteurs dans les dernières années, lentement mais sûrement, il se fait une niche dans la sphère sportive.

Dans la foulée des derniers Jeux olympiques de Rio, où l'escrimeuse Ibtihaj Muhammad a été la première athlète musulmane voilée à faire compétition dans l'équipe américaine, il est permis d'envisager une normalisation, avant longtemps, du hijab porté en contexte sportif. «C'est toujours difficile de s'imaginer réaliser ses rêves et aspirations quand il n'existe pas de modèles qui excellent dans votre sport de prédilection», confiait au magazine Rolling Stones Ibtihab Muhammad, dans un reportage sur la montée des athlètes musulmanes, paru en mars dernier.

En créant le ResportOn, la designer et entrepreneure montréalaise d'origine iranienne Elham Seyed a été inspirée par ses années d'adolescence, époque où elle excellait comme joueuse de soccer. Elham ne porte pas le voile, mais soutient totalement le droit de choisir pour ses pairs qui avaient pris la voie de la modestie religieuse. «J'ai trouvé une grande estime de moi à travers le sport. Si bien que quand j'ai vu des filles exclues de certains clubs sportifs en raison de leur hijab, j'ai décidé d'en faire une cause personnelle», affirme Elham Seyed, en entrevue téléphonique.

Son fameux ResportOn, lancé en 2012, a attiré l'attention des médias du monde entier au moment où il a été adopté par la FIFA. Ce hijab sportif est né d'un projet universitaire au cours duquel Elham a conçu 40 prototypes pour finalement trouver l'accessoire le mieux adapté aux athlètes de la Fédération internationale de taekwondo, qui a aussi adopté l'accessoire.

Après avoir été approchée par plusieurs athlètes du monde entier, Elham Seyed a finalement lancé une production à Montréal pour distribuer son produit à l'international. Véritable pionnière, la jeune designer a multiplié les collaborations, créant notamment des hijabs colorés pour des jeunes skateuses afghanes et, bien sûr, habillant la marathonienne saoudienne Sarah Attar lors des Jeux olympiques de Londres en 2012.

Elham Seyed relate avec émotion le moment où Attar a franchi la ligne d'arrivée. «Quand la course a été finie, elle a continué à courir et tout le stade s'est levé. C'était remarquable, ce qu'elle accomplissait là.»

Le ResportOn, lancé en 2012, a attiré l'attention... (Photo fournie par Salam Sports) - image 3.0

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Le ResportOn, lancé en 2012, a attiré l'attention des médias du monde entier au moment où il a été adopté par la FIFA.

Photo fournie par Salam Sports

Nike et le renforcement positif

Ce n'est pas d'hier que des accessoires sont conçus pour les sportives musulmanes. En 2001, la designer hollandaise Cindy van den Bremen a fondé son entreprise Capster, avec une collection de hijabs pensée pour les besoins d'une jeune fille expulsée de sa classe de gym parce que son voile était considéré comme non sécuritaire. Depuis la naissance du ResportOn sur la planche à dessin d'Elham Seyed, le hijab sportif a fait son chemin jusqu'à se retrouver griffé du Swoosh de Nike qui, à l'hiver dernier, préparait le lancement pour le printemps 2018 (non sans controverse) de son Nike Pro Hijab.

Diffusée sur le canal YouTube de Nike Women, la campagne publicitaire «What Will They Say About You» déploie, dans un contexte d'adversité, les exploits sportifs d'athlètes féminines du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord qui courent, boxent ou pratiquent l'escrime.

En guise de conclusion à ce spot destiné à lancer ce voile sportif en polyester extensible, on voit les prouesses sur la glace de la patineuse émiratie Zahra Lari, qui annonce les couleurs de son hijab, pour sa participation aux prochains Jeux olympiques d'hiver de PyeongChang.

«Le hijab demeure un symbole religieux, mais quand même minimal», suggère Solange Lefebvre, théologienne et anthropologue à l'Université de Montréal, qui se réjouit de voir un géant comme Nike s'adapter aux changements sociaux et s'impliquer en faveur de la diversité. Parce que si les hijabs sportifs sont légion dans les étalages de boutiques sportives de Dubaï, les Québécoises musulmanes qui veulent s'en procurer doivent se tourner vers l'achat en ligne.

«Il est important de montrer des jeunes femmes portant le hijab dans des contextes qui ne sont pas associés à la soumission. Au Québec, nous sommes peut-être plus sensibles qu'ailleurs sur ces questions, et c'est bon de voir les grandes marques nous rappeler que le hijab est aussi un accessoire de mode. Oui, l'implication de Nike est habile, mais on n'en est pas aux premiers défis, pour l'affirmation féminine. Chaque fois qu'on modifie le rapport au corps, il y a des remous. Mais à un moment donné, tout ça finit par se normaliser.»

* Parce que les femmes musulmanes qui portent le hijab peuvent être sujettes à certaines formes de discrimination et de harcèlement, Sarah n'a accepté de témoigner que sous un nom d'emprunt.

Quatre athlètes qui portent le hijab

> Zahra Lari

Cette patineuse artistique émiratie de 22 ans est la toute première athlète de son sport à faire compétition en portant le hijab. Elle espère devenir la première athlète à représenter les Émirats arabes unis à des Jeux olympiques d'hiver, à PyeongChang en 2018.

> Sarah Attar

Première coureuse voilée à porter les couleurs de l'Arabie saoudite aux Jeux olympiques, lors des Jeux de Londres en 2012, Sarah Attar a aussi représenté son pays d'origine lors de l'épreuve du marathon des Jeux olympiques de Rio en 2016. La jeune coureuse et artiste réside désormais à Mammoth, en Californie, où elle continue à s'entraîner et se réoriente vers une carrière de designer.

> Ibtihaj Muhammad

«Je suis l'emblème du rêve américain - une enfant de l'école publique, avec des parents aimants qui m'ont dit qu'à force de travail et de persévérance, je pourrais aller où je voulais. [...] J'étais la première femme musulmane portant un hijab à représenter les États-Unis. J'ai eu la chance de remporter une médaille olympique en compagnie de mon équipe, aux Jeux de Rio», écrivait en mars dernier la sabreuse américaine Ibtihaj Muhammad, dans une lettre ouverte publiée dans le magazine Time, où elle dénonçait la politique du « Travel ban » du président Trump.

> Manal Rostom

Un petit détour par Instagram suffit pour constater que cette athlète égyptienne de 37 ans a un destin incroyable: première femme égyptienne à avoir terminé le Marathon de la Grande Muraille de Chine, cette porte-parole pour le Nike Pro Hijab se prépare à devenir la première femme égyptienne à toucher au sommet de l'Everest.




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