Marcheurs de grand chemin

Un marcheur sur les chemins du Québec.... (Photo fournie par Hélène Grenier)

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Un marcheur sur les chemins du Québec.

Photo fournie par Hélène Grenier

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Que faire quand on a parcouru le chemin de Compostelle et qu'on a pris goût aux longues marches contemplatives ? On se tourne du côté des chemins du Québec. Une nouvelle tendance s'installe : les marches pèlerines, avec ou sans aspect spirituel.

LES PÈLERINS DU QUÉBEC

Plusieurs personnes pratiquent la marche en montagne, d'autres, la marche en forêt. Mais de plus en plus de Québécois se tournent du côté de la marche de grand chemin.

On l'appelle marche de longue durée, ou marche pèlerine, même si certains n'aiment pas trop ce dernier terme en raison de sa connotation religieuse.

« Il y a des marcheurs qui marchent de façon libre, sans être religieux », rappelle Michelle Gaudet, créatrice du site internet Marcher autrement au Québec.

Elle-même ne voulait pas se dire pèlerine lorsqu'elle a commencé à faire de la marche de longue durée.

« Ça me fait plaisir de découvrir notre patrimoine, notre histoire, mais je ne vais pas entrer dans chaque église pour me mettre à prier », note-t-elle.

C'est le fameux chemin de Compostelle qui a inspiré plusieurs marches pèlerines au Québec. Dès le Moyen Âge, des pèlerins parcouraient à pied la France et l'Espagne, empruntant divers itinéraires, pour aller se recueillir à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Des milliers de Québécois ont suivi leurs traces. Certains ont voulu répéter l'expérience au Québec, ce qui a entraîné la mise en place de circuits comme le chemin des Sanctuaires (375 km), qui relie l'oratoire Saint-Joseph à la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, ou le chemin des Outaouais (240 km), qui débute à la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa pour se terminer à l'oratoire Saint-Joseph.

Ces marches ont évidemment un caractère religieux, mais le marcheur peut en faire abstraction s'il le désire. « On ne force personne à entrer dans les églises », indique Mme Gaudet en riant.

Certaines marches sont organisées à date fixe : il faut s'inscrire pour y participer. « Ce sont souvent des hébergements à prix modiques, dans des églises, des écoles, des cégeps, souligne Mme Gaudet. Ça ressemble assez à ce qui existe à Saint-Jacques : on te donne un matelas, t'arrives avec ton sac de couchage. »

D'autres circuits sont libres : on part quand on veut, mais il faut veiller à réserver son hébergement d'avance. « Ça demande plus de travail pour le marcheur et ça va coûter plus cher, selon ce qu'il y a comme hébergement sur le chemin : une auberge, un hôtel, un motel. »

Les raisons pour se mettre à la marche pèlerine sont diverses. Pour Richard Perron, ancien technicien en textiles de Notre-Dame-des-Pins, en Beauce, c'était un projet de retraite.

« Je voulais que le travail me sorte de la tête », écrit-il dans un courriel alors qu'il parcourt le Camino del Norte, un des itinéraires du chemin de Compostelle.

Cela fait maintenant quatre ans qu'il parcourt les grands chemins.

Pour sa part, Hélène Grenier, « adepte de la marche depuis toujours », voulait réaliser quelque chose pour elle, accomplir son propre exploit.

« C'était un grand besoin de trouver du temps pour moi, de ne plus être seulement mère et épouse mais de retrouver l'aventurière en moi, cette petite fille sans peur », explique-t-elle dans un courriel envoyé de l'Alsace.

Et puis, elle aime la solitude, la nature, la possibilité d'aller à son rythme. Historienne de formation, elle travaille à la conservation de l'église Sainte-Amélie de Baie-Comeau. C'est donc dire qu'elle aime l'histoire et l'architecture. La marche pèlerine répondait à tous ses intérêts.

« La découverte de cette activité fut donc un coup de foudre et cela me permettait de voyager à petit budget. »

Elle préfère les sentiers aux grandes routes, mais elle note que celles-ci sont parfois incontournables lorsqu'on veut faire de la marche pèlerine au Québec.

« Quelle ironie, chez toi mon beau Québec, pays de forêts et de terres agricoles, écrit-elle sur sa page Facebook "L'Appel du chemin". Le marcheur, s'il veut faire une centaine de kilomètres et plus, doit marcher sur la route ou encore sur la piste cyclable. »

LES DÉFIS DE L'AVENTURE

Il existe au Québec des randonnées de longue durée sur des sentiers en montagne ou en forêt, comme le sentier des Caps, mais il faut porter davantage d'équipement. « Je ne crois pas que mon dos y résisterait longtemps », déplore Hélène Grenier.

La marche pèlerine comporte quand même de nombreux défis. « La température n'est pas toujours de notre bord, rappelle-t-elle. Pluie, vent, froid peuvent se mettre de la partie. Il y a aussi les blessures, les gîtes inconfortables, les mauvais lits, les difficultés relationnelles dans les groupes, etc. »

L'ennemi numéro un, c'est probablement l'ampoule.

« C'est le seul problème que j'ai, indique Richard Perron. J'applique matin et soir une crème pour les pieds. »

Mais il y a aussi les problèmes de tendinite et la redoutée fasciite plantaire. Sur la page Facebook « Marcher autrement au Québec », on s'échange des trucs, on sympathise.

Heureusement, il y a des petits et grands bonheurs qui parsèment le chemin.

« En France ou au Québec, j'ai eu de nombreux coups de coeur pour des hospitaliers qui nous ouvrent leur maison, prennent soin de nous, nous apportent une petite gâterie, nous parlent de leur vie, relate Mme Grenier. J'ai rencontré des gens drôles, d'autres touchants. On m'a fait visiter des lieux étranges, comme des cimetières sous les églises. Parfois, un coup de coeur, c'est aussi un coucher de soleil, un moment de complicité fugitif, mais mémorable avec une marcheuse, un café ou une bière juste quand tu en rêvais. »

Pour Richard Perron, ce sont les soupers dans les auberges avec les autres pèlerins. « On se conte toutes sortes d'histoires ! »

L'aspect spirituel prend aussi sa place. « Les motivations pour faire les chemins de Compostelle en Europe ou les chemins du Québec sont toujours multiples : émotionnelles, sentimentales, historiques, sportives, mais il est quasi impossible qu'il n'y ait pas au moins une part de spiritualité, soutient Hélène Grenier. Pas toujours au début, parfois ça s'installe doucement en cours de route, mais je crois qu'on y vient tous. Pour les gens croyants, cette spiritualité se fera en relation avec Dieu, à l'intérieur ou non d'une religion. Pour les gens non croyants, elle fera son chemin aussi, mais autrement. Elle sera méditative, contemplative, questionnement, renoncement, reconnaissance. »

LA MULTIPLICATION DES CHEMINS

Pour les régions, la mise en place d'un circuit de marche pèlerine permet de mettre en valeur les attraits de l'endroit. Marie Beaupré, directrice générale de l'organisation à but non lucratif Action Memphré-Ouest, travaille présentement à la création du circuit de l'Abbaye, qui reliera notamment dès l'été prochain les municipalités de Saint-Benoît-du-Lac, Austin, Bolton-Est, Stukely-Sud, Eastman et Orford. La boucle de 155 kilomètres, qui s'effectuera de façon autonome, devrait nécessiter de 8 à 10 jours de marche.

Il a fallu trouver du financement (une subvention de la MRC de Memphrémagog a rendu le projet possible) et déterminer l'itinéraire, ce qui a été plus difficile que prévu.

« Il fallait faire passer les gens par le plus d'attraits possible, donner accès à de beaux points de vue, prévoir une distance raisonnable entre les hébergements et les ravitaillements, énumère Mme Beaupré. Ç'a été un beau casse-tête : on a eu cinq scénarios différents. Il a fallu à chaque fois retourner sur le terrain. »

Les concepteurs voulaient également favoriser les petits chemins de campagne peu utilisés, idéalement des chemins de terre.

« Parfois, ce n'était pas possible, il fallait passer par des routes plus passantes. Nous nous sommes organisés pour que ce ne soient que de petites sections de transition. »

Tout ce travail en vaut la peine. « Il y a déjà de l'engouement avant même que ce soit en place, s'enthousiasme Mme Beaupré. C'est une belle surprise. »

SE PRÉPARER À L'AVENTURE

Pratiquement tout le monde peut effectuer une marche de 20 kilomètres pendant une journée, affirme Michelle Gaudet, créatrice du site « Marcher autrement au Québec ».

« Le problème, c'est la durée, la répétition », déclare-t-elle. Il faut donc se préparer physiquement pour marcher une vingtaine de kilomètres, jour après jour, avec un sac à dos.

La course à pied permet de se mettre au niveau cardiaque, mais elle ne sollicite pas les mêmes muscles, note Hélène Grenier sur sa page Facebook « L'appel du chemin ». Le gymnase et les appareils de musculation permettent d'augmenter la masse musculaire, mais ils ne préparent pas à la vie réelle du marcheur : pluie, vent, froid, terrain accidenté, etc.

« Personnellement, je pense que le meilleur entraînement est de recréer peu à peu le quotidien de ce que vous vivrez sur le chemin, c'est-à-dire une marche de 20-25 kilomètres, plusieurs jours de suite, avec votre sac et dans les bonnes et mauvaises conditions météorologiques », écrit Mme Grenier.

Elle conseille d'augmenter peu à peu la durée des sorties, le nombre de sorties, la vitesse, les difficultés (en ajoutant des côtes et des escaliers) et le poids du sac à dos.

Michelle Gaudet recommande d'ailleurs de réduire le poids du sac pendant les marches de longue durée. « On ne part pas avec cinq t-shirts, mais avec deux », lance-t-elle.

Elle recommande une petite visite au magasin La Tienda, à Verdun, qui se spécialise dans les pèlerinages à Compostelle. Le site internet de La Tienda offre également de bons conseils au sujet de la composition du sac à dos.

Hélène Grenier rappelle cependant qu'il est possible de s'équiper dans toutes les bonnes boutiques de plein air, comme MEC, SAIL, La Cordée, Atmosphère ou Latulippe. « On peut y trouver aussi de l'excellent service compétent. »

Elle recommande aussi le site Bottes et vélo, un centre d'accompagnement du pèlerin qui offre également des guides pour la marche autonome.




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