Mise en forme: bouger sans payer

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Entraînement gratuit de Group U Training, par un beau jeudi soir de juillet au belvédère du mont Royal.

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Tous les jeudis soir, David Mackey dirige bénévolement un entraînement gratuit au belvédère du mont Royal. Des boutiques et des clubs offrent aussi aux gens de faire du sport sans payer. Parfait pour bouger même quand le budget manque de pep, et tester plusieurs activités afin d'en trouver une qui nous plaît vraiment.

Faire de l'exercice gratuitement au plus beau gym de Montréal

Peu avant 19h, par un beau jeudi soir de juillet, les touristes prennent la pose au belvédère Kondiaronk, devant le chalet du mont Royal. Sur l'esplanade, à côté d'un piano public, David Mackey distribue de petits tapis en mousse à une vingtaine de personnes, qui s'installent en cercle autour de lui.

«Je fournis les matelas, pour essayer d'enlever toutes les barrières qui peuvent empêcher les gens de venir», explique l'entraîneur bénévole et fondateur de Group U Training, une communauté axée sur l'adoption de saines habitudes de vie.

Au programme, tous les jeudis soir? Un entraînement d'une heure visant essentiellement à renforcer la zone centrale du corps, appelé en anglais core training.

«Selon moi, on n'est pas en forme si on n'a pas un tronc solide.»

La séance commence par des échauffements - sauts sur place, puis de droite à gauche, etc. - suivis d'un petit jogging autour du chalet. Une légère brise rafraîchit heureusement le groupe, qui reprend vite place autour de l'entraîneur.

Différents exercices (planches, pompes à la Spiderman avec un genou touchant un coude, abdominaux) s'enchaînent ensuite. Le tout, sans que les participants - qu'ils aient confirmé leur présence sur Facebook ou qu'ils soient venus spontanément - aient à payer un seul sou.

Près de 500 membres sur Facebook

C'est il y a plus de cinq ans que David Mackey, un Montréalais anglophone parlant un bon français, a créé Group U Training. À l'époque, il s'entraînait sur le mont Royal avec un ami, quand il a décidé d'ouvrir les séances à tous, en les affichant sur l'ancien réseau social d'activité physique Training Mobs. «Le premier jeudi, on était deux, mais ça a grandi assez vite», se rappelle David, qui a par ailleurs un «vrai» boulot.

Aujourd'hui, le groupe a sa page Facebook, ce qui permet à ses 480 membres de savoir quand auront lieu les prochains entraînements, pique-niques et barbecues. Voire de demander des références de bons physiothérapeutes ou médecins... «Mon objectif est d'amener des changements positifs dans le plus de vies possible, dit David. Je pense que la santé physique, émotive et mentale devrait être accessible à tous.»

«David a créé une communauté vouée à l'adoption de modes de vie sains et actifs», observe Olivier Roy-Baillargeon, stagiaire postdoctoral en urbanisme à l'Université de Waterloo et membre de Group U Training. Lui-même se joint régulièrement aux entraînements gratuits sur le mont Royal, une «idée double d'entraînement philanthropique en plein air et de dynamisation d'espaces publics emblématiques par la réalisation d'activités physiques collectives», indique-t-il.

Plus de motivation en groupe

Sara Issa, pharmacienne de profession, est membre du groupe quasiment depuis ses débuts. «On est devenus comme une petite famille, il y a beaucoup d'amitié entre nous, témoigne la jeune femme. Ça augmente notre motivation à venir nous entraîner.»

Michèle Aubé est aussi une participante assidue, depuis deux ans. Pourquoi être fidèle aux rendez-vous? «Parce que c'est gratuit et parce qu'on a le meilleur gym en ville: le mont Royal, répond-elle. On a vraiment un esprit de groupe, on covoiture, on fait des pique-niques ensemble.»

«L'entraînement physique, c'était la raison d'être de Group U Training au départ, note David. Mais aujourd'hui, ce sont les bénéfices d'une communauté qui sont réellement importants. Avec la technologie, on pense qu'on est connectés, mais non. On se sent seuls. Faire partie d'une vraie communauté, qu'elle soit axée sur le sport ou sur autre chose, ça permet de tisser des liens solides et nécessaires.»

«Le problème, c'est qu'on passe beaucoup trop de... (Photo fournie par Jean-Philippe Chaput) - image 2.0

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«Le problème, c'est qu'on passe beaucoup trop de temps à l'intérieur, comparé à il y a juste 15 ou 20 ans, dit Jean-Philippe Chaput, professeur-chercheur à l'Université d'Ottawa. Si on va dehors, on bouge plus par défaut.»

Photo fournie par Jean-Philippe Chaput

«Ça ne devrait pas coûter de l'argent, bouger»

Pas besoin de casser son petit cochon pour s'entraîner. La Presse a joint Jean-Philippe Chaput, professeur-chercheur à l'Université d'Ottawa, membre du Groupe de recherche sur les habitudes de vie et la prévention de l'obésité, pour parler de la démocratisation du sport.

Des entraînements gratuits sont offerts par des boutiques comme Lolë et le Coin des Coureurs, ou par des groupes qui s'organisent grâce aux réseaux sociaux. C'est une bonne chose?

Oui. Ça ne devrait pas coûter de l'argent, bouger. Je peux comprendre qu'il faut payer pour certains sports. Mais généralement, la plupart des activités devraient être gratuites. Pour la société, ça aurait du sens. Si on prend par exemple les cours de yoga, ça coûte vraiment cher. Ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre cette dépense. Je suis en faveur d'un accès plus facile.

À voir l'engouement pour la course à pied et le vélo, on peut penser que les adultes sont plus en forme qu'avant. C'est vrai?

Non. On publie annuellement un bulletin sur l'activité physique avec ParticipACTION. Depuis une dizaine d'années, les notes ne changent pas. Environ 15 % des adultes canadiens bougent assez, soit pendant 150 minutes par semaine, selon les normes canadiennes. Et seulement 10 % des enfants suivent les directives d'une heure active par jour.

La majorité des adultes, des ados et des enfants canadiens sont inactifs, ça n'a pas changé au fil des 10 dernières années.

Est-ce qu'offrir des cours gratuits peut les inciter à bouger?

Le fait que ce soit gratuit, c'est sûr que c'est un plus. Malheureusement, souvent, on va chercher des gens qui sont déjà actifs. D'un point de vue de santé publique, ce qui est bien, c'est d'amener ceux qui sont inactifs à bouger un peu. Quelqu'un qui ne bouge pas et qui se met à bouger juste 5 ou 10 minutes par jour, ça apporte beaucoup de bienfaits pour sa santé. Tandis que bouger 30, 45 minutes ou une heure par jour, ça a des bienfaits très similaires.

Est-ce que l'utilisation des réseaux sociaux, qui nous permettent de savoir que des amis sont allés courir et qu'un cours de pilates est offert le week-end prochain, a un impact?

Oui, les réseaux sociaux, ça aide. Lorsque nos pairs ou nos amis sont plus actifs, c'est démontré que ça nous influence à l'être aussi. En général, ça lance un bon message, ça peut inciter certaines personnes à bouger. Ça peut aussi être un cercle vicieux :  on sait que les gens obèses sont plus enclins à avoir des amis qui sont obèses.

On peut avoir l'impression qu'il faut des chaussures spécialisées et une montre avec moniteur cardiaque et GPS pour faire du sport.

C'est sûr que le marketing joue beaucoup, mais on n'a pas besoin de tous ces gadgets. Souvent, les gens qui sont les moins motivés à bouger vont tomber dans le piège d'acheter ces gadgets, en pensant qu'un meilleur équipement va les stimuler à faire du sport. Ils vont dépenser de l'argent, pratiquer une activité quelques mois, puis arrêter.

Il faut plutôt que l'habitude de bouger soit partie intégrante de notre vie, pour le reste de nos jours. Il ne faut pas se dire: «Je m'en vais en vacances pendant une semaine, je ne suis pas obligé de bouger.» Ça ne doit pas être vu comme une corvée.

Comment faire pour trouver une activité qu'on aimera?

Le mieux est d'essayer différentes choses, puisque ça dépend de chaque personne. Il faut trouver ce qu'on aime, que ce soit danser, marcher en plein air, faire du volley-ball, du géocaching, etc. L'aspect social va souvent aider. Plusieurs personnes seront plus contentes de revoir le groupe avec qui elles vont marcher que de faire l'activité comme telle.

«Il y a plus de gens dans les... (Photo Mélanie Crète de Blanches Bulles photographie, fournie par Vibe Pilates) - image 3.0

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«Il y a plus de gens dans les cours gratuits, dit Valérie Raby, de Vibe Pilates. Dans les cours payants, j'utilise des bandes élastiques et des accessoires. Pas dans les cours gratuits, car j'en ai seulement pour 12 personnes.»

Photo Mélanie Crète de Blanches Bulles photographie, fournie par Vibe Pilates

D'autres entraînements gratuits

Envie de faire du yoga, du pilates, du hula hoop ou de la course sans débourser un sou? L'offre de cours gratuits est grande.

Pilates avec Vibe Pilates

Suivre un cours de pilates - une méthode d'entraînement inventée par Joseph Pilates au début du XXe siècle - au parc La Fontaine, c'est joindre l'utile à l'agréable. Valérie Raby, de Vibe Pilates, offre régulièrement des cours de pilates gratuits. «Comme prof de pilates, l'avantage, c'est la visibilité, la notoriété et, plus que tout, la chance de partager ma passion avec le plus de gens possible», témoigne la souriante instructrice.

Club de course Coin des Coureurs

Tous les mercredis à 18 h ou 18 h 30 ainsi que tous les dimanches matin à 8 h 30, des sorties de jogging sont organisées gratuitement dans chacune des 12 boutiques Coin des Coureurs du Québec. «Le programme est offert à tout le monde, du débutant à l'ultramarathonien», assure Raphaël Amiot-Savard, gérant du Coin des Coureurs pour le Québec. Même ceux qui portent des chaussures achetées chez un compétiteur sont les bienvenus...

Club de course, yoga et Essentrics avec Les Pélicans

«On offre course à pied, yoga et Essentrics [NDLR: technique alliant étirements et renforcement musculaire en mouvement] comme cours gratuits, en plus du volet jeunesse en athlétisme», dit Éric Noël, fondateur du club Les Pélicans de Rosemont, à Montréal. M. Noël aspire «à rien de moins que faire des Pélicans le plus important club de course "gratis" de la planète», selon le site internet du groupe. Les objectifs des Pélicans? «Offrir gratuitement des activités physiques, créer un sentiment d'appartenance favorisant le développement et l'épanouissement de tous et sortir de l'isolement social en mettant en contact les citoyens de différents milieux.»

Yoga, hula hoop et étirements avec Lolë

Presque chaque jour, des «meet-ups», soit divers cours de yoga, d'étirements, de pilates, de hula hoop, etc., sont commandités par Lolë. «Faire bouger les femmes chaque jour est au coeur de notre mission», indique l'entreprise québécoise. Ce qu'il y a de mieux? Ces cours gratuits ont lieu un peu partout (Mont-Tremblant, Westmount, Montréal, Saint-Hyacinthe, Saint-Sauveur, etc.).

Yoga, Bootcamp et course avec Lululemon

Les boutiques Lululemon du Québec - à Montréal, Westmount, Pointe-Claire, Laval, Brossard, Québec - offrent aussi des entraînements gratuits. «Chaque semaine, on transforme nos magasins en studios de yoga en tassant nos produits et en déroulant des tapis», explique Esther, du service à la clientèle de l'entreprise fondée à Vancouver. Pas besoin de s'inscrire, c'est premier arrivé, premier servi. Certains magasins ont aussi des clubs de course, du Bootcamp, etc. Évidemment, Lululemon doit espérer qu'on en profite pour faire quelques achats...

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