Quand les faucons chassent les grimpeurs

La FQME a accepté l'interdiction annuelle dans le... (PHOTO SIRA CHAYER, ARCHIVES LA PRESSE)

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La FQME a accepté l'interdiction annuelle dans le cadre d'une entente avec Conservation de la nature Canada, un organisme de préservation qui a acquis la réserve il y a quelques années.

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Depuis lundi, le silence règne aux falaises de glace de Prévost, dans la réserve naturelle Alfred-Kelly, dans les Laurentides. On n'entend plus le toc-toc des piolets ou les commandes passées du grimpeur à son assureur : « départ », « à sec », « descends-moi ».

Chaque année, le site d'escalade de glace de Prévost ferme au dernier jour de février pour protéger les faucons pèlerins. Les grimpeurs grommellent : c'est un des plus beaux endroits à proximité de Montréal, à seulement 60 km de la métropole québécoise. Mais généralement, ils se plient à l'interdiction.

« C'est très rare que quelqu'un ne la respecte pas, affirme Denis Bergeron, vice-président et secrétaire des Amis de la réserve naturelle Alfred-Kelly. Il s'agit alors de gens qui ne sont pas membres de la Fédération québécoise de la montagne et de l'escalade (FQME) et qui font leur petite sortie en solo. »

La FQME a accepté cette interdiction annuelle dans le cadre d'une entente avec Conservation de la nature Canada, un organisme de préservation qui a acquis la réserve il y a quelques années.

« Je pense que Conservation de la nature aurait voulu interdire totalement l'escalade, mais ça fait au-delà de 40 ans qu'il y a cette pratique sur ce site majeur de la région de Montréal. Il aurait été impossible d'empêcher les grimpeurs d'y aller», déclare André St-Jacques, directeur des opérations à la FQME

La FQME a accepté la date du 1er mars en se disant qu'avec la chaleur, les parois de glace commençaient à être dangereuses à partir de la mi-mars. Elles peuvent alors tomber à peu près n'importe quand.

« Il n'y a pas une grande différence entre le 1er et le 15 mars, note M. St-Jacques. Mais c'est sûr que l'an passé, il a fait froid et ça a duré plus longtemps. »

Alors que la plupart des oiseaux nichent en juin, le faucon pèlerin commence à nicher au mois de mars, indique Jean-Sébastien Guénette, directeur général du Regroupement Québec Oiseaux.

« Le couple adopte une paroi, raconte-t-il. Les deux faucons s'accouplent et commencent à construire le nid. La ponte se fait au début avril et les jeunes restent au nid jusqu'à la fin du mois d'août. »

Il s'agit d'oiseaux territoriaux : on ne trouve pas plus d'un couple par paroi. En fait, le couple le plus proche se trouve probablement à une distance de quelques kilomètres.

« Le faucon défend son territoire, indique M. Guénette. C'est une des raisons qui expliquent la fermeture de parois d'escalade. C'est pour ne pas déranger les oiseaux, mais c'est aussi pour des raisons de sécurité : l'oiseau peut être très agressif et ça peut être dangereux pour les grimpeurs. »

Jean-Sébastien Guénette note que la situation des faucons pèlerins s'est beaucoup améliorée au cours des dernières années.

« Dans les années 70, le faucon pèlerin était en danger en raison du DDT. Depuis, cet insecticide a été banni. Toutefois, le faucon peut être dérangé par les gens qui pratiquent l'escalade. »

Le faucon pèlerin est maintenant considéré comme une espèce « préoccupante », soit le niveau le plus bas de conservation. Il y a 30 ans, l'oiseau était sur la liste des espèces en voie de disparition.

« On dit que le faucon revient, on en voit de plus en plus partout, déclare André St-Jacques, de la FQME. Ça choque les grimpeurs, qui se demandent pourquoi ils ne peuvent plus aller à Prévost. »

Collaboration

La FQME a collaboré avec le Regroupement QuébecOiseaux pour établir des règles de cohabitation entre les grimpeurs et les faucons pèlerins.

« Ce que nous privilégions maintenant, ce sont des fermetures sectorielles. On ferme un secteur et on laisse le reste ouvert», mentionne André St-Jacques.

Il faut donc voir quelles corniches sont propices à la nidification des faucons pèlerins et quelles corniches ne le sont pas.

Ce sont des biologistes étudiants qui ont recensé les sites propices dans la réserve Alfred-Kelly, à partir du bas des parois.

Selon les grimpeurs, qui ont vu les falaises d'un autre angle, ce ne sont pas toutes ces corniches qui sont propices.

Certaines sont accessibles aux prédateurs : ils auraient tôt fait de manger les oeufs ou les oisillons, observe M. St-Jacques. D'autres corniches ont un angle assez prononcé, ce qui donnerait lieu à des nids plutôt instables. Enfin, certaines corniches se situent sous des saillies de glace.

« Je ne connais pas l'intelligence des faucons, je ne sais pas s'il va éviter de s'installer là parce qu'il ne veut pas que la glace lui tombe sur la tête », lance le directeur des opérations de la FQME.

Selon lui, il faudrait faire des études plus poussées à la réserve Alfred-Kelly de façon à laisser ouvertes les parois qui ne sont pas propices aux faucons pèlerins mais qui sont propices aux grimpeurs sur glace.

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