Massothérapie: voir avec ses mains

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Kim Holdbrook, propriétaire du studio de massage Mains qui voient, est massothérapeute depuis 13 ans. Elle a travaillé pendant quatre ans au spa St. James.

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«Je ne touche pas juste la surface de la peau, dit Kim Holdbrook, massothérapeute. Je masse en profondeur. Je vois avec mes mains.»

À l'âge de 31 ans, Mme Holdbrook a perdu la vue. Problème de nerf optique. «On ne sait jamais ce qui nous attend», philosophe la dame. Après avoir travaillé au restaurant O'Noir, où les serveurs sont tous aveugles, elle est devenue massothérapeute.

Pas question, pour cette femme décidée, de s'arrêter là. «Je voulais être entrepreneure, alors mon projet était d'ouvrir mon propre spa», indique tout naturellement Mme Holdbrook. Le studio de massage Mains qui voient a ouvert ses portes en mars 2014, à Côte-Saint-Luc.

Sa particularité? Les six massothérapeutes qui y travaillent ont une déficience visuelle. Une formule idéale pour les gens qui craignent d'être vus nus, ou encore qui aiment les massages dans l'obscurité totale ou sous un fort éclairage.

«Massothérapeute, c'est un métier vieux comme la lune pour les aveugles, dit Pierre St-Onge, non-voyant et fondateur du Centre de massothérapie de Québec. C'est facile d'accès, comme on n'a pas besoin de voir pour toucher. Mais il faut être capable de faire un minimum de paperasse, de donner des reçus. Le métier ne se limite pas aux massages.»

Précieuses tablettes

La technologie vient, heureusement, en aide aux malvoyants. Au spa Mains qui voient, les clients remplissent leur bilan de santé sur un iPad. Les thérapeutes utilisent ensuite une application qui lit à voix haute les informations. La même voix robotisée (qui aurait bien besoin d'un massage pour se détendre...) aide à faire les factures des clients et à gérer les rendez-vous.

Dans les trois salles de massage de la clinique, joliment décorées, rien ne doit bouger. 

«Si on a besoin de serviettes ou de gel à massage, on sait où en trouver. Je vis aussi comme ça dans ma maison. On doit être organisés», explique Kim Holdbrook, massothérapeute.

Sinon, pour les clients, l'expérience est semblable à celle d'un massage traditionnel. «Il y a des massothérapeutes voyants et non voyants qui sont bons et d'autres qui sont moins bons, convient Mme Holdbrook. Il faut aimer faire ce métier, qui est physiquement demandant. Si j'ai ouvert ce spa, c'est parce qu'il est encore difficile d'être engagé quand on est non voyant, même si on fait de bons massages.»

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Beaucoup d'aveugles sans emploi

Plus de 750 000 adultes canadiens - soit 2,8 % de la population - ont une incapacité visuelle qui les limite dans leurs activités quotidiennes, selon une enquête de Statistique Canada datant de 2012. Leur taux d'emploi était alors de 37,6 %, «un pourcentage beaucoup plus faible que celui des adultes sans aucune incapacité (73,6 %)», souligne Statistique Canada.

Il est difficile de savoir combien de massothérapeutes ont un handicap visuel au Québec. «Parmi nos quelque 6800 membres, seulement 8 nous ont informés d'une déficience visuelle», indique Étienne Durant, coordonnateur web et marketing de l'Association professionnelle des massothérapeutes spécialisés du Québec. L'Association des massothérapeutes du Québec (AMQ) estime, quant à elle, que moins de 1 % de ses membres sont non voyants. Ces derniers ne sont toutefois «pas tenus de nous dire s'ils sont voyants ou non voyants lors de l'inscription», précise Sylvie Audet, secrétaire responsable du service aux membres de l'AMQ. De nombreuses autres associations regroupent des massothérapeutes dans la province.

Abattre les préjugés

«J'ai déjà eu un client choqué qu'on ne lui ait pas mentionné au téléphone que le massothérapeute était aveugle, se souvient M. St-Onge, qui a formé en massothérapie une quarantaine de handicapés visuels en 20 ans. Je lui ai répondu que la cécité n'est pas une maladie contagieuse à déclaration obligatoire. Il y a malheureusement des gens qui ont encore des préjugés.»

Le risque de se faire accrocher un sein par inadvertance au cours d'un massage est pourtant peu élevé. «On sait bien draper les gens, pour ne découvrir que la partie massée, assure Mme Holdbrook. Au début, on touche la personne pour voir si elle est grande ou petite. Après, nos mains ont de la mémoire.»

D'autres massothérapeutes ayant une déficience visuelle (liste non exhaustive) 

> Julie Mailhot, du Centre de massothérapie Julie Mailhot de Laval

> Yves Tougas, du Pro Gym de Montréal

> Pierre St-Onge, du Centre de massothérapie de Québec

> Nancy Dubé, à Québec




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