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Propriétés non cancérigènes des produits: des promesses dures à tenir

Il existe sur le marché une petite variété... (Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Il existe sur le marché une petite variété de produits d'entretien ménagers et de soins corporels qui mettent de l'avant l'aspect santé et sécurité des consommateurs.

Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE

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Il existe sur le marché une petite variété de produits d'entretien ménagers et de soins corporels qui mettent de l'avant l'aspect santé et sécurité des consommateurs. Ils misent alors sur leurs propriétés non cancérigènes. Mais peut-on certifier qu'un produit ne contient aucun ingrédient cancérigène ? Est-ce à dire que les autres produits peuvent causer le cancer ? Pause fait le point.

Des produits sans cancérigènes, mais difficiles à certifier

« Des produits sécuritaires pour vous, votre famille et notre environnement. » « La santé et le bien-être, au coeur de notre démarche. » « S'il y a un risque qu'un ingrédient ne soit pas sécuritaire, nous ne le mettons pas. Point. »

En plus de miser sur le respect de l'environnement, un nombre grandissant d'entreprises de produits de soins corporels et d'entretien ménager mettent la santé au premier plan. Il y a Seventh Generation et Nature Clean, au Canada, Method, aux États-Unis, ou encore Ecover, en Belgique, pour en nommer quelques-uns.

Au Québec, l'entreprise Attitude, qui existe depuis 10 ans et qui est en pleine croissance, a une approche encore plus explicite : elle présente ses produits comme étant « sans cancérigènes ».

Une question surgit inévitablement : les produits conventionnels contiennent-ils vraiment des cancérigènes ?

« Si quelqu'un dit "sans ingrédients cancérigènes", en partant, ça peut paraître trompeur, parce que le gouvernement ne permet pas aux fabricants d'utiliser des ingrédients qui sont cancérigènes [dans les produits de consommation], convient d'emblée Hans Drouin, vice-président recherche et développement chez Attitude. Mais nous, ce qui nous motive et ce qui nous a fait démarrer cette aventure-là, c'est toute la portion des contaminants. Ce sont les ingrédients indirects. Et le gouvernement tolère la présence de contaminants cancérigènes dans un produit. »

Des résidus

Ces contaminants ne sont pas ajoutés de façon intentionnelle aux produits, mais on peut les trouver sous forme de résidu du processus de fabrication. « Même si le produit lui-même est sécuritaire, à moins que vous ne puissiez réellement surveiller la réaction pour vous assurer que le produit secondaire ne soit pas produit, il y a un risque élevé que le mélange obtenu au final soit cancérigène », explique Viviane Yargeau, professeur agrégée au département de génie chimique de l'Université McGill.

Dans les produits de soins corporels et d'entretien ménager, les contaminants cancérigènes ou probablement cancérigènes les plus cités sont le 1,4-dioxane, l'oxyde d'éthylène et les nitrosamines. Plusieurs produits de soins corporels contiennent également comme agents de conservation des « relâcheurs de formaldéhyde ». Largement utilisé dans les industries, le formaldéhyde est classé comme cancérigène pour les humains.

Attitude est avare de renseignement sur son site internet, mais en entrevue, Hans Drouin nous a dit que les articles de l'entreprise montréalaise ne contiennent aucun des quelque 900 produits chimiques listés à la proposition 65* de Californie. Ces produits sont soit associés au cancer, soit à des maladies congénitales. Attitude exige des lettres de garanties de ses fournisseurs et fait tester des produits dans des laboratoires externes pour confirmer l'absence de certains contaminants, explique Hans Drouin, ingénieur chimiste et titulaire d'un doctorat.

Les bases de données

L'entreprise se fie aussi aux bases de données des agences qui listent les cancérigènes possibles et probables, comme celle du Centre international de recherche sur le cancer et celle de l'Environmental Working Group, une organisation environnementale américaine.

Attitude doit s'ajuster à mesure que les connaissances évoluent. L'entreprise a notamment retiré les huiles essentielles de ses produits, il y a quatre ans, de peur que le procédé d'extraction laisse des produits secondaires indésirables. « On ne peut prédire l'avenir, mais on est proactif : par exemple, l'aloès commence à être sous enquête en raison de son enveloppe extérieure. Quand on l'a su, on a retiré l'aloès partout où il y en avait dans nos produits. »

Si, jusqu'à maintenant, le consommateur devait se fier aux dires de l'entreprise, les récentes gammes de produits Attitude et celles à venir ce printemps sont « EWG Verified », un sceau de l'Environmental Working Group qui certifie l'absence d'ingrédients préoccupants pour la santé. 

Les cancérigènes inconnus

Aux yeux de Viviane Yargeau et de son collègue Chris Metcalfe, professeur à l'École de l'environnement à l'Université Trent, il demeure toutefois difficile de certifier qu'un produit ne contient aucun cancérigène. Car en plus de la longue liste de produits chimiques qui sont suspectés d'être cancérigènes, disent-ils, il y a celle - fort probablement encore plus longue - des cancérigènes qu'on ne connaît pas encore.

« Comme disait Donald Rumsfeld [ancien secrétaire à la Défense du gouvernement américain] , il y a les connus connus, les connus inconnus et les inconnus inconnus », résume Chris Metcalf.

« Il y a des milliers de produits chimiques qui rentrent dans la composition des produits dont on se sert tous les jours et très peu ont été évalués », indique Louise Hénault-Ethier, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki.

N'empêche, tous saluent l'initiative des entreprises qui se donnent pour mission de créer des produits plus sûrs - une mission qui, soulignent-ils, a un coût financier. « L'intention est très bonne et nous avons besoin de plus d'entreprises comme ça », souligne Viviane Yargeau, selon qui ces entreprises doivent faire attention à la façon dont elles promeuvent leur mission pour gagner la confiance des consommateurs.

*En vertu de la proposition 65, adoptée en 1986, les entreprises qui font affaire en Californie doivent donner un avertissement « clair et raisonnable » aux consommateurs avant de les exposer à un produit chimique sur la liste. Par exemple, l'avertissement peut figurer sur l'emballage du produit.

Trois conseils

Comment limiter notre exposition aux substances chimiques ? Voici trois conseils de Louise Hénault-Ethier.

> On limite le nombre de produits dont on a besoin et on opte pour les plus simples, avec la liste d'ingrédients la moins longue.

> On diminue la quantité de produits dont on se sert à chaque utilisation. Pas besoin d'en mettre une tonne !

> On fabrique ses propres produits. On peut trouver différentes recettes sur l'internet. 

L'analyse des produits

TESTS EN LABORATOIRE

Les scientifiques obtiennent une bonne part des données en laboratoire, en testant le composé sur des cultures de cellules ou des microorganismes. Ils peuvent aussi avoir une idée du pouvoir cancérigène d'une substance en la comparant à une substance ayant une structure chimique semblable et ayant déjà été testée.

TESTS SUR LES ANIMAUX

Par la suite, on peut aussi tester la substance sur des animaux, à des doses beaucoup plus élevées que celles auxquelles les humains sont exposés. L'effet constaté sur les animaux ne serait peut-être pas le même sur les humains exposés à de faibles doses, mais pour des raisons de sécurité, on présume que la substance pourrait aussi causer le cancer chez l'humain.

ÉTUDES ÉPIDÉMIOLOGIQUES

Enfin, les études épidémiologiques permettent aussi de savoir quel facteur peut être lié au cancer en étudiant les populations humaines. Cela dit, les gens sont exposés à plusieurs substances à la fois et il peut être ardu de déterminer laquelle est en cause. Il faut souvent combiner ces données à celles des études en laboratoire pour y voir plus clair.

LISTE DE CANCÉRIGÈNES

Quand le niveau de preuve est jugé « concluant », la substance est étiquetée cancérigène. Si la preuve est « convaincante », mais non concluante, la substance est étiquetée comme un cancérigène probable. Des agences - dont le Centre international de recherche sur le cancer (de l'ONU) - tiennent à jour la liste des substances cancérigènes ou probablement cancérigènes.

Source : American Cancer Society

Six ingrédients à avoir à l'oeil

Ces produits contiennent une multitude de produits chimiques. En voici six.

DIÉTHANOLAMINE (DEA)

OÙ ? La diéthanolamine est autorisée dans les produits d'entretien ménager, dont le savon à vaisselle (notre photo) et les détergents liquides pour la lessive.

RISQUE : « La DEA et les composés similaires, comme la diisopropanolamine (DIPA), peuvent produire des nitrosamines dangereuses possiblement associées au cancer », écrit-on sur le site de Santé Canada.

RÉGLEMENTATION : Santé Canada en interdit l'utilisation dans les cosmétiques.

NIVEAU DE RISQUE SELON L'EWG : 10/10 (risque élevé)

PARFUM

OÙ ? Le terme « parfum » ou « fragrance » figure dans les ingrédients de toutes sortes de produits : savon, détergent à lessive, shampoings, bains moussants... Selon la Fondation David Suzuki, environ 3000 produits chimiques sont utilisés dans la fabrication de fragrances.

RISQUE : Les produits qui entrent dans cette catégorie ont surtout été associés aux allergies, mais « au cours d'essais en laboratoire, des ingrédients de fragrance particuliers ont été associés à des cancers », écrit-on sur le site de la Fondation David Suzuki, qui cite trois études à ce sujet.

RÉGLEMENTATION : « Santé Canada passe en revue les ingrédients de parfum de la même manière que tout autre ingrédient de cosmétique », est-il écrit sur le site.

NIVEAU DE RISQUE SELON L'EWG : 8/10 (risque élevé)

DMDM HYDANTOIN

OÙ ? Le DMDM Hydantoin est un agent de conservation largement utilisé dans les produits de soins corporels, comme les shampoings et les savons, les gels, etc.

RISQUE : À l'instar du diazolidinyl urea, de l'imidazolidinyl urea, du méthanamine et du Quarternium-15, le DMDM hydantoin a pour fonction de relâcher graduellement du formaldéhyde à titre d'agent de conservation. Le formaldéhyde est classé comme un agent cancérigène.

RÉGLEMENTATION : Santé Canada restreint l'usage du formaldéhyde dans les cosmétiques (0 % à 0,2 %). 

NIVEAU DE RISQUE SELON L'EWG : 7/10 (risque élevé)

LAURETH SULFATE DE SODIUM

OÙ ? Détergent et agent moussant répandu, le laureth sulfate de sodium se retrouve dans une foule de produits à rincer, comme les shampoings et les savons à lessive. Bien qu'il figure sur la liste des 12 ingrédients à éviter selon la Fondation David Suzuki, on le retrouve dans de nombreux produits « verts », dont ceux de l'entreprise belge Ecover, qui le juge suffisamment sécuritaire.

RISQUE : Le laureth sulfate de sodium est produit en ajoutant de l'oxyde d'éthylène au laurylsulfate de sodium pour le rendre moins irritant. Or, ce procédé peut laisser des contaminants : le 1,4-dioxane, classé comme un cancérigène probable, et des résidus d'oxyde éthylène, un cancérigène. 

RÉGLEMENTATION : Santé Canada n'impose aucune restriction par rapport au laureth sulfate de sodium. 

NIVEAU DE RISQUE SELON L'EWG : 3/10 (risque modéré)

PEG-40

OÙ ? Composé à base de pétrole, le polyéthylène glycols (PEG-40, PEG-7, PEG-8, etc.) cumule plusieurs fonctions : c'est un nettoyant, un épaississant, un solvant, un adoucissant ou encore un excipient d'humidité. On le retrouve à la base de nombreux produits cosmétiques, dont les savons liquides, les crèmes hydratantes et les shampoings.

RISQUE : Comme c'est le cas avec le laureth sulfate de sodium, le processus de fabrication du PEG peut provoquer des résidus de 1,4-dioxane et d'oxyde d'éthylène, des substances associées au cancer.

RÉGLEMENTATION : L'utilisation de composés PEG dans les cosmétiques ne fait l'objet d'aucune restriction ni interdiction au Canada, dans l'Union européenne ou aux États-Unis, indique Santé Canada.

NIVEAU DE RISQUE SELON L'EWG : 3/10 (risque modéré)

BÉTAÏNE DE COCAMIDOPROPYLE

OÙ ? La bétaïne de cocamidopropyle est un agent synthétique au pouvoir détersif utilisé dans de nombreux produits nettoyants, dont les gels douche, les shampoings et les revitalisants.

RISQUE : Le procédé de transformation de la bétaïne de cocamidopropyle peut causer la formation de nitrosamines, un composé probablement cancérigène.

RÉGLEMENTATION : Santé Canada en restreint la concentration à 3 % dans les produits destinés à être appliqués sur la peau (sans rinçage).  

NIVEAU DE RISQUE SELON L'EWG : 4/10 (risque modéré)

Oui, mais...

Les scientifiques à qui nous avons parlé en conviennent : le degré d'exposition aux substances cancérigènes par le biais des produits qu'on retrouve à la maison demeure faible, voire minime.

Prenons par exemple le formaldéhyde, une substance reliée au cancer de la cavité nasale chez les travailleurs industriels qui y sont régulièrement exposés. « Le risque de développer un cancer suite à l'exposition au formaldéhyde, aux concentrations décelées dans la plupart des maisons canadiennes, est pratiquement nul », écrit-on sur le site de Santé Canada. Selon la Société américaine du cancer, la quantité de formaldéhyde libérée par des produits de soins corporels ou les cosmétiques est « faible » et le risque sur la santé humaine, « incertain ».

Idem pour le 1,4-dioxane, un cancérigène qu'on trouve sous la forme résiduelle dans plusieurs produits de soins corporels (13 des 20 produits cosmétiques testés par la FDA aux États-Unis en 1996-1997 en contenaient). À l'instar de la FDA, Santé Canada conclut que le 1,4-dioxane « n'est pas préoccupant pour l'environnement ou la santé humaine aux taux d'exposition actuels ».

Sur son site internet, la Société américaine du cancer rappelle que « les cancérigènes ne causent pas le cancer tout le temps, sous toutes circonstances ». Par exemple, certaines substances peuvent être cancérigènes uniquement si une personne les avale. D'autres vont provoquer le cancer uniquement à la suite d'une longue et intense exposition, ou encore seulement chez les gens ayant une certaine prédisposition génétique.

Principe de précaution

Devrait-on tout de même fuir les produits de soins corporels ou d'entretien ménager susceptibles d'en contenir ? Après tout, nous sommes exposés quotidiennement à plusieurs substances cancérigènes, comme l'alcool, la pollution de l'air, la fumée de cigarette, les radiations solaires...

Selon Louise Hénault-Éthier, chef de projets scientifiques à la Fondation David Suzuki, la précaution est de mise. « Souvent, ce qu'on a bien évalué, c'est la toxicité aiguë à court terme de ces substances, mais à long terme, on comprend très mal leurs conséquences pour la santé », souligne-t-elle.

« Chaque exposition individuelle peut paraître négligeable, mais globalement, dans une journée, une semaine ou une vie, le corps est exposé à une somme importante de diverses sources, que nous serions tentés de considérer comme négligeables, mais qui, prises dans leur ensemble et en considérant les synergies potentielles, deviennent significatives », conclut Viviane Yargeau, professeure agrégée au département de génie chimique de l'Université McGill.

Réglementation

Adopté en 1977 et modifié plusieurs fois depuis, le Règlement sur les cosmétiques établit les exigences en matière de sécurité, d'étiquetage, de restriction, d'interdictions d'ingrédients et de déclaration pour les produits de soins corporels. « Santé Canada procède régulièrement à l'examen de ces ingrédients afin de s'assurer qu'ils sont sécuritaires, et il en interdit ou limite l'utilisation s'il détermine qu'ils présentent un risque pour la santé », écrit-on sur le site internet de Santé Canada, qui établit une liste de substances dont l'utilisation est interdite (environ 400) ou restreinte (82) dans les cosmétiques. Les produits d'entretien ménager, pour leur part, sont soumis au règlement sur les produits chimiques. La vente de produits jugés « très toxiques » est interdite. À l'heure actuelle, aucune obligation légale au Canada ne force les fabricants de produits nettoyants à fournir la liste complète de leurs ingrédients.

Source : Santé Canada




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