Passer Noël au soleil pour oublier

À l'approche de Noël, nombreux sont ceux qui tentent de se remettre d'une... (Photomontage La Presse)

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Anne Gagnaire

Collaboration spéciale

La Presse

À l'approche de Noël, nombreux sont ceux qui tentent de se remettre d'une rupture amoureuse en s'envolant vers le Sud. Le but? Échapper à la grisaille, aux fêtes de famille et à la solitude. Analyse et témoignages.

Éviter les situations douloureuses

Fuir la solitude pour oublier, est-ce une bonne ou une mauvaise idée? Entrevue avec François St-Père, psychologue spécialisé en thérapie conjugale.

Le temps des Fêtes est-il un moment plus difficile pour les personnes qui vivent une période délicate de leur vie, comme une séparation?

Oui, car ça fait toujours remonter les souvenirs familiaux, ceux de l'ancienne vie. Soit ce sont des souvenirs négatifs, soit la relation n'allait pas bien, soit parce que ça ramène à la séparation et ça déclenche de la peine, de la colère, voire une phase dépressive. Si on avait l'habitude d'aller passer Noël dans sa belle-famille et que, cette année, on n'est pas invité à la suite de la séparation, ou si on n'a pas ses enfants avec soi, ça peut être extrêmement douloureux. La première année est particulièrement délicate - et d'autant plus si la séparation n'était pas voulue -, car tous les souvenirs renvoient à la vie qu'on avait avant et qu'on n'a plus.

Faut-il anticiper cette période?

La première année [après la séparation], les Fêtes peuvent être un moment de grande souffrance. C'est donc un excellent réflexe d'anticiper ce moment, à condition, cependant, que ça ne paralyse pas les gens. Organiser sa vie, prendre des décisions concrètes, c'est constructif. On a l'impression de maîtriser sa vie et on se prouve qu'on peut contribuer à son propre bonheur sans l'autre. Il faut que l'appréhension se transforme en action et trouver des stratégies pour alléger sa peine et se sortir de soi-même: faire des activités stimulantes, s'entourer de gens bienveillants. Ne pas y penser, ne pas s'y préparer, ça serait pire : le jour J, la personne se retrouverait devant le fait accompli, prise par l'anxiété et le sentiment d'impuissance.

Est-ce que partir est une bonne solution ou est-ce une fuite qui ne fait que repousser les problèmes?

Fuir une situation dont on sait qu'elle va être douloureuse est plutôt une bonne stratégie. Après une séparation, on a l'impression d'être condamné au malheur pour le restant de sa vie. Parfois, on est tellement affecté que le réflexe est l'isolement, mais c'est un cercle vicieux, car aucune expérience positive ne vient contrecarrer la situation négative. Il faut parfois se faire violence.

Il faut se construire de nouveaux souvenirs positifs. Plus on a des interactions positives avec les gens, plus on fait des activités stimulantes, plus cela confirme qu'on peut avoir de bons moments dans sa nouvelle vie.

Partir est donc une option, mais il vaut mieux être à plusieurs, à moins d'être naturellement porté à aller facilement vers les autres, et donc socialiser sur place.

Est-ce bien pour les enfants de les emmener à l'étranger pour les Fêtes ou faut-il plutôt les laisser dans leur cadre habituel?

Le principe fondamental est de conserver le plus d'acquis possible, sinon ça fait beaucoup de deuils d'un coup. Si les enfants ont l'habitude d'être avec la famille élargie, avec leurs cousins et qu'ils aiment cela, partir dans le Sud avec un parent déprimé, ça peut être douloureux pour eux. Ils sont très influencés par l'attitude de leurs parents. Si l'un d'entre eux est triste, c'est douloureux pour eux et ils vont vouloir le protéger, voire le défendre.

En revanche, s'il ne se passe pas grand-chose habituellement pour les Fêtes, aller dans un club de vacances avec des activités pour eux est une bonne chose. Les enfants sont dans le jeu.

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Témoignages

Carole, 51 ans, 2 enfants: «Ça m'a permis de m'évader»

Noël est arrivé quelques mois après que Carole a vécu une séparation douloureuse, il y a trois ans. Quelques jours avant Noël, elle s'est envolée avec ses deux fils, alors âgés de 12 et 20 ans, pour Cuba.

Aller dans le Sud pour les Fêtes était déjà devenu une habitude de la famille depuis que les parents de Carole, trop âgés, ne venaient plus partager ce moment familial à Montréal.

Mais cette année-là, partir était un vrai besoin. «Je ne voulais pas passer Noël seule, dans la maison. J'aurais eu le bourdon. Je ne voulais pas non plus aller dans la famille, être l'attention de tout le monde, susciter la pitié, devoir expliquer la situation, etc.», raconte-t-elle.

«Je voulais être dans une atmosphère joyeuse, avec du monde.»

Par souci de stabilité aussi pour ses fils, habitués à partir pour les Fêtes, elle a rejoint un couple d'amis à Cuba. Les balades, les sorties, la plage, «ça m'a permis de m'évader, de ne pas rester centrée sur moi et ma douleur et ç'a enlevé une charge affective à la fête de Noël d'être sous les cocotiers et au soleil. C'est devenu plus une fête qu'une réunion familiale», raconte Carole, qui, depuis, continue de passer les Fêtes dans le Sud.

Pour autant, ça n'a pas été facile, cette première fois, de voir les familles prendre plaisir à être en vacances ensemble et festoyer. «Tu prends conscience que tu n'es plus dans ce modèle», se souvient Carole.

Cette semaine de vacances au soleil a néanmoins été bénéfique. Ce moment a permis à Carole et à ses garçons de se «ressouder», alors que l'aîné avait quitté le nid familial pour poursuivre ses études. «On s'est construit un noyau», raconte Carole. Quant à elle, ce séjour lui a «prouvé qu'[elle] pouvait encore avoir des moments de plaisir».

Julie, 35 ans: «Je suis revenue plus forte»

Il y a deux ans, Julie avait prévu de fêter Noël avec son amoureux. Sauf que quelques semaines à peine avant les Fêtes, ils se sont séparés.

«Cette période-là de l'année, il fait sombre et froid. À Noël, tout le monde est en famille. Si j'étais restée chez moi pour Noël, j'aurais eu un grand sentiment de solitude et d'échec, et je serais restée prostrée, enfermée dans ma douleur», se souvient Julie.

Avec sa meilleure amie, elles ont donc décidé de partir à Cuba. «Le fait d'être à l'étranger m'a permis de faire une transition neutre, de prendre du recul. Là-bas, personne ne connaît ton histoire», explique Julie, qui a apprécié aussi «la thérapie par le soleil» du Sud.

«Tu ne connais personne, donc tu n'as pas à expliquer ce qui s'est passé, alors qu'avec des amis, il aurait fallu replonger là-dedans tout le temps.»

Les premières journées ont été difficiles: beaucoup de pleurs entrecoupés de quelques séances à la plage les yeux cachés derrière les verres fumés. «Mais le fait d'être partie avec une amie m'a permis de sortir de ma torpeur, reconnaît la jeune femme. Elle m'a poussée à sortir de la chambre, à faire des activités et, finalement, on a rencontré beaucoup de monde.»

Le séjour lui a fait du bien. «Ça m'a permis de réaliser que ma vie ne s'était pas arrêtée avec cette rupture. Je suis revenue plus forte, en sachant ce que j'allais faire. J'avais accepté l'idée que ma relation avec mon ex était bel et bien finie. Je suis rentrée plus sereine.» Mais «ce n'est pas une solution miracle», prévient-elle.




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